Hernie inguinale, hydrocèle et


kyste du cordon chez l'enfant

Benjamin Frémond et Olivier Azzis
Clinique Chirurgicale Infantile - CHU de Rennes


Hernie inguinale, hydrocèle et kyste du cordon sont des malformations fréquentes de l'enfant, liées à une anomalie de la fermeture du canal péritonéovaginal.

Anatomie      (Fig 1)

Le testicule se forme en région lombaire. Il traverse le canal inguinal au septième mois de grossesse pour atteindre la bourse. Il suit dans cette migration le canal péritonéovaginal (CPV), ce dernier s'oblitère ensuite pour former le ligament de Cloquet. Chez la fille, il existe un canal analogue, le canal de Nuck, qui s'oblitère également.

Parmi les reliquats du canal péritonéovaginal, on distingue :

Epidémiologie

La prévalance de la hernie inguinale est de 3 à 4%. Elle est plus fréquente chez le prématuré que chez le nouveau-né à terme, chez le garçon que chez la fille, du coté droit que du coté gauche. Elle est parfois bilatérale (10% des cas), surtout chez le prématuré (50%).

Clinique

Chez le garçon, la hernie inguinale réalise une tuméfaction intermittente, extériorisée lors des cris ou des efforts. Cette tuméfaction est impulsive, non transilluminable, et elle s'étend depuis l'orifice inguinal vers la racine de la bourse, devant le pubis (Fig 3). Dans la forme inguino-scrotale, fréquente chez le prématuré, les anses intestinales peuvent descendre jusque dans la bourse. La hernie est réductible, avec un gargouillement caractéristique. Il faut toujours vérifier l'autre coté (interrogatoire des parents), et examiner les testicules à la recherche d'une insuffisance de la migration testiculaire parfois associée.

Figure 3 : Hernie inguinale droite

Chez la fille avant l'âge de 3 mois, c'est fréquemment l'ovaire qui s'extériorise dans la hernie inguinale : on parle alors de "hernie de l'ovaire". Il s'agit d'une tuméfaction ovoïde, ferme, de 10 à 15 mm de grand axe, siégeant à la racine de la grande lèvre, devant le pubis ou devant l'orifice externe du canal inguinal. Cette tuméfaction est mobile et indolore, elle ne doit pas être prise pour une adénopathie, de localisation toujours plus externe. Il ne faut surtout pas tenter de réduire ces hernies en raison du risque important de léser l'ovaire.

Chez la fille plus grande, le contenu herniaire est toujours intestinal, et la sémiologie rejoint celle du garçon.

L'hydrocèle est une tuméfaction scrotale ovoïde permanente, englobant le testicule et laissant libre l'orifice inguinal superficiel (Fig 4 et 5). Elle peut donner une coloration un peu bleutée à la peau scrotale lorsqu'elle est volumineuse (Fig 6). Elle est transilluminable (Fig 7). Son volume est souvent variable dans le temps, ce qui prouve son caractère communicant. Il n'est pas toujours facile de palper le testicule au sein d'une hydrocèle dont la paroi est très tendue.

 

   

Figures 4 et 5 : Hydrocèle vaginale

   

   

Figures 6 et 7 : Volumineuse hydrocèle bilatérale. Noter la coloration bleutée du scrotum.
A droite, aspect en transillumination.

   

Le kyste du cordon réalise une tuméfaction inguinale ou de la partie haute de la bourse qui peut faire évoquer une hernie inguinale, mais cette tuméfaction est permanente, mobile, transilluminable, et elle laisse libre l'orifice inguinal superficiel (Fig 8 et 9). Il peut parfois y avoir une impression de pseudo-réduction du kyste lorsqu'on appuie dessus, mais en fait, il ne fait que s'engager superficiellement dans le canal inguinal, et ressort presque aussitôt. Cette tuméfaction n'englobe pas le testicule qui est toujours facilement palpable en dessous.

 

   

Figures 8 et 9 : Kyste du cordon, transillumination à droite

Le diagnostic différentiel repose uniquement sur la clinique. Il est parfois difficile d'être sûr du diagnostic lorsque seuls les parents ont vu la tuméfaction inguinale, d'où l'importance de l'interrogatoire. Chez l'enfant, il n'est pas possible par le seul examen physique d'affirmer ou d'infirmer l'existence d'une hernie inguinale lorsqu'elle n'est pas extériorisée. L'échographie n'est d'aucune aide, elle n'a pas indication dans la pathologie du canal péritonéovaginal de l'enfant.

La complication des hernies inguinales est l'étranglement. Il survient dans la majorité des cas dans les trois premiers mois de vie. La hernie devient douloureuse, tendue, dure, irréductible. Il y a fréquemment des vomissements si la situation dure quelques heures. Le diagnostic est facile lorsque la hernie était connue. Lorsque l'étranglement est révélateur, la négativité de la transillumination et l'engagement de la tuméfaction dans l'orifice inguinal superficiel permettent facilement d'éliminer une hydrocèle ou un kyste du cordon. Le risque de la hernie étranglée se situe à deux niveaux. L'incarcération de l'intestin entraîne une occlusion (Fig 10) et un risque de nécrose, et par ailleurs, il y a un risque majeur d'infarcissement du testicule.

Chez la grande fille, l'étranglement d'une hernie inguinale à contenu intestinal est exceptionnel, mais chez le nourrisson, l'ovaire extériorisé est à haut risque de torsion. La tuméfaction devient alors plus volumineuse, sensible ou douloureuse, et fixe.

 

   

Fig 10 : Radiographies d'abdomen sans préparation montrant des signes d'occlusion
du grêle chez un nourrisson ayant une hernie inguinale étranglée depuis 24 heures.
A gauche, ASP couché, à droite, ASP en position verticale.

  

Le traitement

• Les méthodes

• Les indications

Elles reposent sur quelques grands principes.

Dans la très grande majorité des cas, il n'y a pas d'indication à opérer une hydrocèle ou un kyste du cordon, sauf persistance après l'âge de 4 ou 5 ans, et s'ils sont volumineux et/ou gênants. Ces deux pathologies ne comportent pas de risque évolutif, et guérissent le plus souvent spontanément.