Inflammation virale

Pr. Le Gall

Département d'Anatomo-pathologie

CHU de Rennes, 2 rue Henri Le Guilloux, 35033 Rennes Cedex


mis à jour le 28 novembre 2001


1. Généralités
2. Lésions cytologiques et histologiques
2.1. Lésions cellulaires (ECP)
2.2. Lésions tissulaires
2.3. Mise en évidence d'une inflammation virale

3. Quelques exemples d'inflammation virale
3.1. Virus épidermotrophes
3.2. Virus hépatotrophes
3.3. Le SIDA


 

1. Généralités

Les maladies virales sont les plus fréquentes des maladies infectieuses. Les virus sont des microorganismes qui se reproduisent obligatoirement dans les cellules dont ils sont les "parasites obligatoires" et dont ils vont utiliser les mécanismes de synthèse pour se répliquer et former de nouveaux virions.

Les modes de pénétration du virus dans l'organisme sont nombreux : voie digestive (poliomyélite), respiratoire (grippe), épidermique (herpès), etc... Le placenta peut être franchi et le foetus contaminé dans la rubéole.

Les infections virales surviennent surtout lorsque les réactions de défense de l'organisme sont insuffisantes (enfants, sujets âgés, immunodéprimés par cancer ou chimiothérapie...).

L'infection comporte trois périodes :

- Période de latence, parfois très longue, seulement reconnue par la présence d'anticorps dans le sang.

- Période de stimulation pendant laquelle l'effet cytopathogène est visible histologiquement. Ces lésions patentes n'apparaissent que lorsque le virus se réplique dans ses cellules-hôtes. Le virion adhère à la surface de la cellule par l'intermédiaire des protéines de surface (antigène de surface CD4 des lymphocytes T pour le VIH) puis il pénètre cette cellule et le génome viral va fusionner avec les constituants de la cellule.

- Période de dégénérescence: la réplication et la libération des virions aboutissent à la destruction de la cellule. Les nouveaux virions sont libérés dans le milieu extracellulaire (sang, lymphatiques) et vont coloniser d'autres cellules.

2. Lésions cytologiques et histologiques

2.1. Lésions cellulaires (on parle d'effet cytopathogène)

L’effet cytopathogène correspond aux modifications morphologiques que le virus introduit dans la cellule.

inclusions intracellulaires: de taille variable, parfois très volumineuses, acidophiles, denses, entourées d'un halo clair. Elles sont intranucléaires et/ou intracytoplasmiques. Ces inclusions peuvent correspondre à des amas de virions (molluscum contagiosum) ou des amas de certaines protéines virales.

cvtomégalie: soit augmentation de taille d'une cellule isolée, soit réalisation de cellules géantes multinucléées (visibles sur cytoponction d'une bulle d'infection à herpès-virus).

• mort cellulaire: un nombre variable de cellules apparaissent nécrotiques, avec cytoplasme acidophile, rétracté et noyau pycnotique voire absent. Cette destruction cellulaire peut être le fait du virus mais aussi d'une réaction du système immunitaire contre cette cellule modifiée par le virus et donc reconnue comme étrangère. Ex: nécrose hépatocellulaire dans l'hépatite virale.

lésions cellulaires non visibles: elles sont purement fonctionnelles, non repérables au microscope optique. Ainsi, lors d'une hépatite virale, on peut obtenir une biopsie hépatique d'aspect microscopique normal malgré un bilan biologique perturbé.

2.2. Lésions tissulaires

lésions vasculaires: elles peuvent être intenses, réalisant à l'extrême un syndrome hémorragique diffus dans un organe-cible (poumon).

infiltrat inflammatoire: I'infiltrat est souvent mononucléé (histiocytes, plasmocytes et lymphocytes T). Les polynucléaires ne deviennent nombreux que lorsqu'existe une nécrose cellulaire importante. Les histiocytes jouent en outre souvent un rôle de cellule-hôte. Les polynucléaires n’apparaissent que dans le cas de surinfections bactériennes ou de nécroses cellulaires importantes.

nécrose viscérale: due à la nécrose brutale et simultanée de toutes les cellules d'un organe (hépatite virale fulminante). Lors d’une hépatite virale fulminante, il faut procéder à une greffe hépatique de toute urgence.

prolifération cellulaire: certains virus peuvent induire l'apparition de tumeurs bénignes comme les verrues cutanées (papillomavirus) et les molluscum contagiosum (poxvirus). Il peut aussi s'agir de tumeurs malignes, touchant le tissu lymphoïde (lymphomes malins) ou les tissus épithéliaux (hépatocarcinome dans le cadre des hépatites B et C). De même, le virus d'Epstein-Barr (EBV) peut induire le lymphome de Burkitt et le carcinome du nasopharynx. La survenue de ces tumeurs malignes demande un long temps de latence.

2.3. Mise en évidence d'une inflammation virale

Colorations spéciales: peu d'intérêt (bleu Victoria dans l'hépatite B)

Microscopie électronique: mise en évidence des particules virales

Immunohistochimie: mise en évidence des protéines constitutives des virions (cytomégalovirus dans les cellules des vaisseaux, virus herpès dans les kératinocytes de l'épiderme)

Hybridation in situ: mise en évidence d'une partie du génome viral par une sonde spécifique, c'est à dire un petit fragment de matériel génétique qui ne peut s'apparier qu'avec l'ADN ou l'ARN du virus recherché. Intérêt de cette mise en évidence surtout au cours de la période de latence. Exemple: mise en évidence du papillomavirus dans les condylomes du col utérin.

3. Quelques exemples d'inflammation virale

3.1. Virus épidermotropes

- Les vésicules peuvent être dues, entre autres aux virus herpès de type I ou II. La lésion histologique est une cavité située dans le corps muqueux; cette cavité est la conséquence de la "dégénérescence ballonnisante" des cellules épithéliales; les cellules sont volumineuses, ont un cytoplasme clair, homogénéisé, éosinophile, et un noyau monstrueux, irrégulier. Les cellules épidermiques ballonisées contiennent des inclusions intranucléaires ou peuvent devenir plurinucléées (muriformes).

- Les condvlomes sont liés aux papillomavirus dont il existe une soixantaine de types connus. La lésion histologique est une hyperplasie épidermique portant sur le corps muqueux au sein duquel sont souvent présentes des cellules binucléées et des cellules dyskératosiques. Dans les couches superficielles sont souvent visibles des koïlocytes qui sont des cellules à cytoplasme clair avec renforcement périphérique de la colorabilité et à noyau volumineux, à contour irrégulier. Certains types de papillomavirus peuvent induire une dvsplasie qui peut évoluer à terme vers un carcinome.

- Le Molluscum contagiosum est une lésion épidermique cratériforme avec une hvperplasie du corps muqueux de Malpighi au centre duquel la majorité des cellules se nécrose avec augmentation de taille du cytoplasme qui prend une coloration rougeâtre, et une disparition progressive du noyau. Le Molluscum contagiosum est à l’origine d’infections très contagieuses surtout chez l’enfant. Il donne des lésions blanchâtres et en relief.

- Dans la verrue vulgaire, il existe une hvperplasie épiderrnique à limites nettes qui associe une hyperacanthose et une hyperkératose; l'altération fondamentale qui distingue la verrue des autres papillomes est la présence de remaniements cellulaires dans le corps muqueux: les cellules perdent leurs ponts d'union et apparaissent volumineuses, avec cytoplasme vacuolaire et noyau foncé, pycnotique.

3.2. Virus hépatotropes

Il existe plusieurs types actuellement connus d'hépatite virale dus à plusieurs types de virus: A, B, C, D (delta), E. Tous peuvent induire une hépatite virale aiguë; seuls les virus B, D et C, dont le mode de contamination est parentéral, peuvent induire une hépatite chronique.

Les lésions de l'hépatite virale aiguë comportent des altérations des hépatocytes avec des lésions dégénératives (vacuolaires avec clarification des cytoplasmes; granulaires, avec aspect très dense et éosinophile des cytoplasmes) rapidement suivies par la nécrose. La nécrose avec ballonnisation réalise des cellules volumineuses dont le cytoplasme est pâle, spumeux et le noyau pycnotique. La nécrose acidophile réalise des cellules dont la taille diminue, dont le cytoplasme devient foncé et dont le noyau disparaît (corps acidophile de Councilman). Il existe de la bile plus ou moins abondante, dans les hépatocytes ou dans les canalicules biliaires. Ces altérations sont groupées en foyers de nécrose intra-lobulaire. Elles induisent une réaction inflammatoire cellulaire comportant des polynucléaires et surtout des cellules mononucléées, présentes dans les espaces porte, les régions périportales et les zones de nécrose.

Dans les hépatites virales chroniques, il existe un infiltrat inflammatoire mononucléé des espaces portes avec grignotage plus ou moins important des lames bordantes de ces espaces portes (nécrose parcellaire). On observe également des signes d'atteinte lobulaire plus ou moins marquée (corps de Councilman, polynucléaires parmi les hépatocytes). On doit également juger du degré de fıbrose des espaces portes. L'histologie des biopsies permet d'apprécier l'activité et la réversibilité des lésions hépatiques. L'activité est appréciée par semi- quantification de l' infiltration portale, de la nécrose parcellaire ( isolement des hépatocytes périportaux par des cellules inflammatoires), et de l'infiltrat lobulaire. La réversibilité dépend essentiellement de l'intensité de la fıbrose (périportale, puis inter-portale, puis cirrhose). Cette quantification peut être exprimée sous forme d'un score. Dans les hépatites virales chroniques, le score établi par l’anapath permet au clinicien de mettre en route un traitement adapté.

Certaines lésions sont plus fréquemment observées au cours de l'infection par le virus B (hépatocytes en verre dépoli, hépatocytes multinucléés) ou au cours de l'infection par le virus C (nodules lymphoïdes portaux, stéatose macrovacuolaire, altération des canaux biliaires inter-lobulaires). L'immunohistochimie peut permettre d'identifier le virus.

3.3. Le SIDA

3.3.1. Généralités

La maladie est due à un rétrovirus, le VIH (Virus de l'Immunodéficience Humaine). Le virus atteint essentiellement les lymphocytes T-CD4 car il se fixe spécifiquement sur la molécule CD4 située à la surface de ces lymphocytes. La dépression en lymphocytes CD4 entraîne à son tour une baisse des autres lymphocytes T et B, avec diminution de la production d'anticorps. Cet état d'immunodéficience sera responsable de l'apparition des multiples manifestations infectieuses, dites "opportunistes", mais aussi de tumeurs.

=> L’analyse du taux de lymphocytes T-CD4 permet d’évaluer l’état du patient.

3.3.2. Manifestations infectieuses

* Infections bactériennes

* Infections mycosiques

* Infections virales: CMV réalisant des ulcérations buccales, herpès, papillomavirus...

A retenir: la leucoplasie chevelue: due à une infection par l'EBV quand le taux de CD4 est bas. Elle réalise des stries blanchâtres de la langue. A l'examen microscopique, l'épithélium est épaissi avec présence de kératinocytes clarifiés, soit isolés soit en grappes; le chorion sous-jacent est dépourvu de réaction inflammatoire.

3.3.3. Manifestations tumorales

- Sarcome de Kaposi
Il réalise des lésion nodulaires, rouge violacées; au bout d’un certain temps, apparaissent des dépots ferriques caractéristiques.
Histologie: ce sont des lésions mal limitées, infiltrantes, constituées de cellules fusiformes, plus ou moins fasciculées; entre ces cellules existent des ébauches de fentes vasculaires pouvant contenir des hématies. Certaines fentes sont tapissées par des cellules endothéliales volumineuses. Les mitoses sont peu fréquentes.

-Lymphomes malin

-Carcinomes malpighiens, d'aspect microscopique banal mais survenant chez des sujets jeunes.

Retour en haut de page