Alimentation et cancer

Dr. Raoul

Centre Eugène Marquis

CHU de Rennes, 2 rue Henri Le Guilloux, 35033 Rennes Cedex


mis à jour le 11 février 2002


1. Introduction
1.1. Cancer et environnement
1.2. Cancer et alimentation : méthodes d'étude
2. Alimentation et cancer
2.1. Cancer et apport calorique
2.2. Cancer et activité physique
2.3. Cancer et graisses

2.4. Cancer et fibres alimentaires
2.5. Cancer et micronutriments
2.6. Carcinogènes alimentaires
2.7. Mesures préventives
3. Le patient cancéreux
4. La nutrition peri-operatoire
5. Conclusion


 

1. Introduction

Le cancer est une pathologie très fréquente : on trouve 2 millions de cas en France avec 150000 nouveaux cas tous les ans.

1.1. Cancer et environnement

On peut affirmer aujourd'hui que 60 à 80 % des cancers sont liés à l'environnement. En effet, des études ont montré que des jumeaux qui ont le même patrimoine génétique présentent une prévalence pour le cancer différente s'ils adoptent un mode de vie différent. On a observé les mêmes fluctuations lors de l'étude des populations migrantes: ainsi, les japonais qui émigrent vers Hawaii puis vers les Etats Unis voient leur type de cancer évoluer en même temps que le changement de mode de vie : le cancer de l'estomac diminue pour laisser place à des cancers plus occidentaux comme le cancer du sein, du côlon... Il existe les mêmes variations pour les russes qui émigrent vers Israël.

Les facteurs de l'environnement prépondérants sont le tabac (quelqu'un qui fume a 8 ans d'espérance de vie en moins), l'alimentation : 1/3 des cancers sont évitables par précautions diététiques.

On peut résumer les différentes causes de cancers :

Causes

Proportions

Diminutions possibles par des campagnes d'intervension

Tabac

30 %

2/3

Alimentation et obésité

30 %

1/4

Agents infectieux

5-10 %

1/5

Alcool

3 %

1/3

Vie sédentaire

3 %

1/3

Pollution

2 %

1/4

Produits et procédés médicamenteux

1%

0

Gènes à forte pénétrance

2%

1/10

Pour montrer que le mode de vie a un rôle sur l'apparition de cancers, on peut comparer les pourcentages de cancers chez les adventistes (mormons par exemple) qui ont une hygiène de vie saine par rapport à la population américaine.

 

Homme

Femme

Poumon

13 %

103 %

ORL

12 %

16 %

Vessie

62 %

65 %

Sein

36 %

97 %

Pancréas

76 %

93 %

Côlon

79 %

90 %

Col utérin

 

40 %

Les valeurs représentent la proportion par rapport à la fréquence dans la population générale.

Ainsi, on voit que les adventistes développent moins de cancers ORL population américaine.

Si on étudie la mortalité par cancers à Berlin en 1900, 1935 et 1970, on voit que le profil est le même (courbes superposables) mais ce qui a changé est le pourcentage des différents cancers: ainsi, le cancer de l'estomac qui était prépondérant avant, s'est effondré et touche moins de 7000 cas par ans (contre 35000 au début du siècle). Par contre d'autres cancers ont un taux qui ne cesse d'augmenter.

1.2. Cancer et alimentation : méthodes d'étude

On peut utiliser différentes études pour étudier la corrélation entre cancer et alimentation :

- corrélations de données brutes: on compare l'incidence de cancer dans les différents pays suivant leur consommation en lipides par exemple :

- études cas/témoins : dans un hôpital on fait une enquête alimentaire sur plusieurs patients atteints d'une même maladie et en comparaison on fait une enquête alimentaire sur un groupe non malade mais avec des caractéristiques semblables.

- études de cohortes: on fait un bilan de santé à un groupe d'étudiants en médecine par exemple et on regarde l'évolution plusieurs années après.

- études d'intervention : c'est la méthode la plus fiable : on choisit 2 groupes de personnes, le premier groupe se nourrit normalement et donne des conseils alimentaires au deuxième groupe (fruits, légumes, gélules). On regarde l'évolution 5-10 ans plus tard.

2. Alimentation et cancer

2.1. Cancer et apport calorique

Le risque de cancer diminue si on diminue l'apport calorique. Des études ont montré que les animaux de faibles poids sont plus résistants aux radiations et aux carcinogènes chimiques. On sait que les animaux sont en stratégies reproductives quand ils ingèrent beaucoup de calories et qu'ils ont des carences quand ils sont en stratégie: endurance-longévité.

De plus, une alimentation trop riche entraîne une puberté précoce qui favorise le cancer du sein.

Enfin, l'obésité représente un sur-risque pour le cancer du côlon, de l'endomètre et de la vésicule.

2.2. Cancer et activité physique

Une activité physique diminue les risques de cancer du côlon et c'est sans doute vrai pour d'autres tumeurs. On ne sait pas si cette diminution est en rapport avec la réduction de la masse pondérale.

2.3. Cancer et graisses

Les modèles animaux ont montré un sur-risque de cancer lors d'un régime trop riche en graisses (surtout les graisses animales).

Les données brutes dans les différents pays montrent une relation évidente entre la consommation de graisses et les cancers du sein, de l'endomètre, du côlon et de la prostate. Ces cancers représentent les principaux cancers occidentaux non liés au tabac.

Lipides et cancer du sein : la fréquence des cancers du sein en Asie ou en Afrique ne représente que 20 % de ceux aux USA. Aux USA la fréquence augmente beaucoup depuis 1900 mais les résultats d'études de cohortes sont peu probants.

L'âge précoce de la puberté représente un facteur de risque pour le cancer du sein : 1213 ans aux USA et 17 ans pour la Chine rurale.

Lipides et cancer du côlon : au Japon, ce cancer est récent (changement de régime alimentaire). On suspecte un rôle des acides biliaires dans l'apparition du cancer: l'augmentation de la consommation de graisse entraîne une augmentation de l'excrétion d'acides biliaires. La consommation de viande rouge aurait aussi un rôle.

Lipides et cancer de la prostate : il existe une corrélation entre cancer de la prostate et consommation de graisses animales: surtout les viandes rouges qui entraînent des cancers agressifs de prostate (c'est à dire qui surviennent chez des patients de 50 - 60 ans).

2.4. Cancer et fibres alimentaires

Les fruits et les légumes possèdent beaucoup de fibres, d'où l'importance d'en manger beaucoup.

Fibres et cancer du côlon : les fibres jouent un rôle protecteur, elles augmentent le volume fécal et diluent le carcinogène: elles ralentissent le contact entre matières fécales et paroi colique. En Afrique, on voit des cancers coliques droits (alimentation africaine riche en f_bres) alors qu'en Europe, on voit 3/4 de cancers coliques droits et i/. gauches.

Fibres et cancer du sein : les fibres auraient aussi un effet protecteur.

2.5. Cancer et micronutriments

Les macronutriments sont les lipides, les fibres, alors que les micronutriments sont les vitamines (A, E, folates, B), les minéraux (Ca, Selenium, Zn, Molybdène). Il existe aussi des substances non nutriments qui ont un rôle bénéfique comme le monoterpène (agrumes), le ditholethione (crucifères qui sont les choux), l'allique(ail) ou le polyphénol.

Ces substances modifient le métabolisme des carcinogènes, ont un rôle antioxydant (fer, vitamine E), un rôle immunologique (vitamines, calcium, fer qui stimulent les défenses immunitaires) et un rôle de différenciation et croissance cellulaire.

La vitamine A : b carotène et caroténoïdes ont été l'objet d'études qui se sont avérées discordantes et décevantes : on n'a pas prouvé leur rôle dans la prévention des récidives de cancer cutanés, les résultats sont mauvais ou même pires en ce qui concerne les gros fumeurs et les cancers des bronches. De plus, on s'interroge encore sur leur rôle sur les lésions prémalignes de la sphère ORL.

Il faut noter l'intérêt des lycopènes qui sont les caroténoïdes des tomates.

La supplémentation en vitamines fortes doses lors d'études chinoises a été un échec.

On se questionne sur les crucifères (choux de Bruxelles), de l'ail et du cumin qui auraient peut être un rôle.

Enfin, les résultats sur les anti-oxydants sont décevants: il y a quand même une relation entre vitamine E et cancer de la prostate et il existe une région en Espagne riche en selenium où il y a peu de cancer.

2.6. Carcinogènes alimentaires

Il existe d'innombrables carcinogènes alimentaires naturels :

- les produits photochimiques créés par les plantes : ce sont des pesticides naturels et ils sont mutagènes.
- les mycotoxines: ce sont des toxines produites par des champignons (aflatoxine dans les cacahouètes qui entraîne le cancer du foie en Afrique, fusosimines dans le maïs qui donne le cancer de l'œsophage). Ce sont des grands pourvoyeurs de cancers dans le tiers monde.
- les additifs traditionnels trouvés dans les salaisons : poissons salés et décomposés qui entraînent le cancer du nasopharynx et la conservation salée qui donne des cancers de l'estomac; les poissons et viandes fumées donnent des cancers ORL, de l'estomac et de la vessie.
- Les additifs plus récents comme les colorants (jaune de beurre dans la margarine), les édulcorants (pour les édulcorants, il n'y a plus de problème) et les émulsifiants semblent avoir un rôle.

La préparation des repas joue aussi son rôle, ainsi la cuisson à haute température qui produit une amine aromatique hétérocyclique, la cuisson flamme nue, qui produit des hydrocarbures polycycliques aromatiques, et la friture semblent être dangereux.

2.7. Mesures préventives

Les mesures indispensables sont:

- Diminution de l'apport calorique
- Lutte contre l'obésité
- Augmentation de l'apport en fruits et en légumes (au moins 5 fois par jour)
- Supplémentation vitaminique (discutable)
- Alimentation méditerranéenne
- Eviter certains modes de cuisson
- Bonne conservation

3. Le patient cancéreux

Le patient a une cachexie due au cancer: perte de poids, d'appétit et fatigue. Les causes sont le cancer lui même qui provoque une augmentation du turn over protéique, qui consomme beaucoup de glutamine et qui libère beaucoup de cytokines : TNF qui est la cachectine et interleukine 1.

4. La nutrition péri-opératoire

Cette nutrition présente un intérêt chez les patients dénutris, chez ceux devant recevoir une chirurgie lourde.

Elle doit être de durée assez brève, idéalement entérale continue et à doses modérées.

Nutrition artificielle et radiochimiothérapie : une bonne alimentation améliore les tolérances et donc l'efficacité du traitement. Les études actuelles ont de mauvais résultats qui sont même parfois pires mais ces études sont de qualité médiocre : on privilégie la voie entérale et parfois la voie parentérale chez certains. Les perspectives sont donc futures (supplémentation en glutamine qui est le principal carburant des cancers).

5. Conclusion

Il faut éviter le tabac, l'alcool et l'obésité, avoir un régime alimentaire varié en privilégiant les légumes et les fruits.

En ce qui concerne les additifs, il faut peser le pour et le contre.

La nutrition chez le patient cancéreux en traitement a sûrement un intérêt très probable mais il reste des questions.

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