AFFECTIONS PROFESSIONNELLES  DANS L'INDUSTRIE DU BÂTIMENT ET DES TRAVAUX PUBLICS

Institut Universitaire de Médecine du Travail de Rennes

mis à jour le 3 décembre 1997


1.- Présentation de la profession 
2.- Conditions de travail 
A).- L'exposition aux intempéries 
B).- Le travail en hauteur 
C).- La charge physique 
D).- Le déplacement 
E).- Instabilité de la main-d'țuvre 
F).- Polyvalence des emplois 
G).- Coactivité
3.- Les risques de la profession 
A).- Les Accidents du Travail 
B).- Les Maladies professionnelles dues aux poussières, aux nuisances physiques, aux infections
 
ABRÉVIATIONS


1.- PRÉSENTATION DE LA PROFESSION

Les industries du BTP tiennent une place importante dans le monde industriel. Les entreprises du BTP sont réparties sur l'ensemble du territoire jusque dans les endroits les plus isolés. En 1993, ce secteur comptait 1 146 294 salariés pour un total national de 14 402 705 salariés. Donc le secteur des BTP occupe 8 % de l'ensemble des salariés. En 30 ans, la part du BTP dans la population salariale est passée de 14 % à 8 %.

On entend par BTP., toutes les industries qui s'occupent de la construction de maisons, d'immeubles, de routes et d'ouvrages d'intérêt public (ponts, barrages...) Y sont rattachées des industries dites annexes ou connexes : carrières, fabriques et commerces de matériaux de construction.

Dans le bâtiment, on distingue :
- le Gros țuvre : ensemble des travaux réalisant la structure d'une construction.
( métiers de manțuvre, aide-maçon, maçon, coffreur, hancheur, ferrailleur, charpentier métallique, grutier...)
- le Second țuvre : corps d'états secondaires : ensemble des travaux complétant une construction.
( métiers d'électricien, de plombier, chauffagiste, zingueur, couvreur, serrurier, plâtrier, poseur de cloisons, peintre, menuisier, vitrier, storiste, carreleur, poseur de revêtement de sol )

Dans les Travaux Publics, on trouve différents métiers : terrassier, mineur TP, maçon TP, poseur de bordure, poseur de canalisation, tailleur de pierre, asphalteur, bitumeur, tireur d'enrobé, monteur de lignes aériennes, conducteur d'engins, chauffeur PL, tubiste, scaphandrier...

Dans le BTP, on trouve aussi :
- le personnel d'encadrement : chef de chantier, conducteur et directeur de travaux,
- le personnel de bureau d'étude : géomètre, métreur, dessinateur, architecte,
- le personnel administratif : secrétaire, comptable...

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2.- CONDITIONS DE TRAVAIL

Un chantier est complétement différent d'un bureau ou d'un atelier. Par nature, il est éphémère et évolutif. Il est engendré dans un bureau d'études, il naît sur un site donné, il s'édifie plus ou moins vite, il connaît de multiples intervenants et finit souvent dans la précipitation pour satisfaire le client et éviter les pénalités de retard. Les délais d'exécution sont de plus en plus courts en raison d'impératifs financiers. La plupart des chantiers connaissent des périodes de pointe qui ont de forts retentisements sur les cadences et les horaires de travail.
Parmi toutes les contraintes rencontrées dans le BTP, on peut citer :

Les hommes peuvent être exposés tour à tour au froid, à la chaleur, au vent, à la pluie. Sont concernés par ces intempéries, les ouvriers de T.P., du gros țuvre du bâtiment ainsi que certains ouvriers du second țuvre : peintres façonniers, électriciens ou monteurs en chauffage dont les canalisations passent sous le plancher et qui de ce fait interviennent peu de temps après les maçons.
Livré aux caprices du temps, le professionnel du BTP, qu'il soit manțuvre ou chef de chantier est particulièrement exposé aux "rhumatismes", aux inflammations ORL et aux bronchites. Malgré tout, certains préfèrent travailler au grand air plutôt qu'en usine, c'est ce risque accepté qui est un critère de la vocation bâtiment ; il ne convient qu'aux plus robustes et aux sujets aimant la liberté, l'indépendance et supportant mal les contraintes.

Dans les T.P. et le gros țuvre du bâtiment, on arrête les travaux en cas de gel, de chute de neige, de pluies abondantes, de vent. Il existait autrefois un système de rattrapage des heures perdues. Actuellement les intempéries sont considérées comme un risque géré par les caisses de congés payés du B.T.P. (55 jours par an soit 495 heures par an à 75 % du salaire).

Qu'il soit sur toiture, échafaudage, échelle, le salarié du BTP est souvent exposé au risque de chute de hauteur. Tout doit être mis en țuvre pour assurer une protection collective (filet, garde-corps, fermetures de baies, et de trémies). Mais dans de nombreux cas, la protection technique est impossible ou difficile à mettre en țuvre et on assiste à des prises de risque, plus importantes en cas d'incidents...

Les efforts physiques, les ports manuels de charges lourdes, les postures inconfortables sont plus souvent l'apanage de la main-d'țuvre non qualifiée. Il y a notamment souvent hypersollicitation de la colonne vertébrale et les lombalgies sont très fréquentes (30 % des handicapés du Batiment et TP le sont par lombalgies et ce pourcentage ne cesse d'augmenter).

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C'est une caractéristique essentielle de la profession liée à la mobilité et à la dispersion des chantiers. Ils sont quotidiens, plus ou moins longs pour aller du domicile ou du siège de l'entreprise au chantier. Ces déplacements ont une incidence sur les conditions de prises des repas (restaurant ou gamelle sur le chantier).
On observe aussi les déplacements à la semaine pour aller travailler dans une autre région, ce qui oblige à loger à l'hôtel, en foyer, ou en caravane en étant séparé de la famille, ce qui est plus ou moins bien vécu et peut conduire à une alcoolisation.
Signalons aussi les déplacements à l'étranger pour la durée de certains chantiers. Si les entreprises du BTP ont un noyau stable de main-d'țuvre, on assiste à des ajustements de moyens par utilisation d'une main-d'țuvre temporaire pour la durée du chantier : (contrat à durée déterminée pour la durée du chantier, travailleurs temporaires). Cette gestion pose des problèmes de collaboration. Elle ne favorise pas la sécurité. Plus que de poste de travail, dans le BTP, il faut parler de situation de travail évolutive dans le temps et dans l'espace. Il y a un écart important entre le métier déclaré et le travail réel effectué. Maçons, terrassiers, conducteurs d'engin, certains sujets doivent savoir tout faire ce qui pose problème pour la détermination de l'aptitude médicale et le suivi des risques professionnels.

C'est la présence en un même lieu d'équipes ou d'entreprises différentes, ce qui peut être source d'entraide ou de gêne notamment par l'exposition aux risques spécifiques des autres métiers.
Les caractéristiques du travail dans le BTP sont donc bien particulières : grande mobilité, conditions de travail souvent rudes, risques professionnels nombreux d'autant que tout change tout le temps. Du fait de ces contraintes, on assiste depuis 25 ans à un départ important des ouvriers de la profession. On constate, par ailleurs, le recours à la main-d'țuvre étrangère (Magrébins, Portugais, Italiens, Espagnols).
30 % des travailleurs du BTP sont des immigrés, se répartissant de manière inégale sur le territoire national avec prédominance dans les Régions Parisiennes,  PACA et Rhônes-Alpes.

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3.- LES RISQUES DE LA PROFESSION

La profession vient nettement en tête pour la fréquence et la gravité des accidents du Travail.
En 1992, on a comptabilisé 162 594 accidents du travail avec arrêt, soit 21,7 % de l'ensemble des accidents du Travail avec arrêt.
En 1992 toujours, le taux de fréquence (c'est-à-dire le nombre d'accidents avec arrêt par million d'heures travaillées était de 70,6 (moyenne du régime général 28,3) et le taux de gravité de 3,27 (moyenne du régime général : 1,06).

Les principales causes des accidents graves et mortels sont les chutes de hauteur, les effondrements de terrain, les chutes de hauteur à travers des matériaux fragiles, les accidents électriques, les accidents avec engins, les accidents avec manutentions...

Silice : on constate quelques cas de silicose dans le BTP : le risque existe dès qu'il a opération libérant des poussières contenant de la silice (poseurs de coffrets électriques qui font des ăsaignéesä dans les murs, maçons, ponceurs de béton, sableurs...).
Amiante : les situations de travail exposant au risque amiante sont moins fréquentes qu'auparavant, mais il faut tenir compte des expostions passées.
- plombier ou chauffagiste : plaques d'amiante pour la protection des murs contre la chaleur des chalumeaux,
- électriciens : intervention sur des armoires de raccordement autrefois floquées à l'amiante,
- charpentiers-couvreurs : tronçonnage de plaques ondulées de type amiante-ciment,
- démolisseurs : exposition de tout l'entourage urbain,
- et pour bientôt, opérations de traitement ou d'enlèvement de flocages à l'amiante, dont le danger n'est pas vraiment évalué.
Fer : Le risque existe lors de tronçonnage ou meulage de pièces métalliques comme pour les soudeurs ou les serruriers.
Bois : le risque d'affections ORL, d'allergie existent chez les menuisiers, ébenistes, charpentiers, poseurs de parquet, coffreurs, agents de magasins. Rayonnements ionisants : ce risque concerne les salariés intervenant sur les centrales pour des opérations d'entretien.
Air comprimé : y penser dans le cas de  creusement de tunnels, de construction de piles de ponts. (plongeurs professionnels ou tubistes)
Bruit : les sources de bruit sont nombreuses : gros engins de chantier, marteaux piqueurs, travaux de fondations spéciales par des pieux enfoncés dans le sol par des marteaux-pilons, nettoyage de planches...)  La coactivité expose au bruit des autres professions, d'où le problème des expositions occasionnelles qui sont sous estimées.
Vibrations : les outils vibrants les transmettent au système main bras.
Rayonnement thermique : affections cutanées et oculaires des soudeurs. Limitons-nous à l'exemple des travaux effectués dans les égouts ou dans les stations d'épuration : tétanos, leptospirose...).

Elles sont très variées car une infinité de substances sont utilisées : ciments, peintures, colles, vernis, résines, goudrons, matières plastiques, huiles, lubrifiants, conservateurs de bois...
Une partie peut être retrouvée dans les autres chapitres, dont celui qui traite des dermatoses professionnelles.


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