AFFECTIONS PROFESSIONNELLES ET RÉPARATIONS AUTOMOBILES
Institut
Universitaire de Médecine du Travail de Rennes
mis à jour le 3 décembre
1997
| 1.- Les accidents du travail
2.- Particularités des conditions de travail |
3.- Postes présentant
des particularités 4.- La prévention |
Les accidents du travail sont fréquents dans les garages
(taux de fréquence : 10%). Les statistiques rapportent qu'un tiers des
accidents sont liés à la manutention, 12% des accidents avec arrêt
de travail sont dus à l'outillage, 8% succèdent à un effort
musculaire.
Les chutes sont expliquées par des sols huileux, glissants, par
les objets mal rangés, par l'existence des fosses de visites, par l'abondance
des déchets comme les tôles, les pneus, les bidons de stockage
des liquides de vidange qui encombrent les ateliers, par les fils électriques
qui traînent au sol, par le mauvais éclairage et la couleur noire
du sol et des objets salis qui se confondent.
Les écrasements sont peu fréquents mais toujours très
graves : on a décrit des ruptures de cric, des glissements inattendus
de véhicules sur cales, des pannes et effondrements de ponts élévateurs,
des basculements de carcasses lors du retrait du bloc moteur.
Les coupures par tôle, les plaies oculaires lors du soudage
ou du meulage sont fréquentes.
Les électrocutions viennent des chargeurs de batteries, des fils
d'outillage dénudés, des appareils de soudage. Les coups d'arcs
ont les mêmes causes.
Le risque d'explosion découle de l'utilisation de carburants,
de solvants, de la charge des batteries, des appareils pneumatiques, des éclatements
de pneus.
2.- PARTICULARITÉS DES CONDITIONS DE TRAVAIL
Le bruit est continu. Il provient de l'appareillage comme les pistolets de peinture, les compresseurs, le ronronnement des moteurs. Les impulsions proviennent des activités de la tôlerie, du martelage de certaines pièces de métal.
L'éclairage est souvent de mauvaise qualité. Les pièces sont profondément cachées dans la carrosserie. Il faut recourir à des lampes baladeuses, qui délivrent sur place une lumière crue, voire éblouissante.
Le confort thermique est parfois mauvais car les ateliers sont difficilement chauffés l'hiver et encore plus difficilement refroidis l'été. Le chauffage par brasero alimenté par les huiles usagées est la pire des techniques. La ventilation par les portes est la cause principale des écarts thermiques.
Les postures sont une contrainte
lourde dans ces métiers. On y travaille debout avec les conséquences
veineuses du piétinement continu. On y travaille penché, en déséquilibre,
à genoux, allongé sous le véhicule. Les lombalgies graves
touchent environ 5% des travailleurs.
Les affections tendineuses et articulaires viennentt des gestes extrêmes,
faits en force pour actionner les boulons, marteler des tôles. Les appareils
vibrants (boulonneuse, ponceuse, perceuse) ajoutent leur risque micro-vasculaire
propre.
Le risque chimique est dominé par l'oxyde de
carbone, le benzène, les solvants. Les céphalées, les nausées
en sont les premières conséquences. Mais les maladies retardées
peuvent être de type cancéreux avec le benzène ou le benzopyrène
des gaz d'échappement.
Les dermatoses allergiques et orthoergiques touchent un travailleur sur dix
environ. Les solvants, les savons, les antigels, les peintures, les carburants,
les acides de batteries appliqués successivement sur des mains lavées
seulement en fin de poste suffisent largement à expliquer les affections
variées qui sont rencontrées
Les boutons d'huile, sur la face antéro-interne des cuisses, viennent
d'une hygiène insuffisante et de changements trop espacés de bleus
de travail qui s'imprègnent de lubrifiant.
Indépendamment des atteintes que nous avons citées, certaines
activités particulières ajoutent leurs propres dangers.
3.- POSTES PRÉSENTANT DES PARTICULARITÉS
Le nettoyage des véhicules
: Il utilise beaucoup d'eau froide ou chaude qui provoque des macérations.
Les jets à très fortes pressions sont une cause d'effraction cutanée
minime mais accompagnées de délabrements profonds et un avis chirurgical
s'impose à chaque accident de ce type.
Les savons et les solvants anti-goudrons exposent aux dermatoses. Les rénovateurs
pour skaï et plastiques peuvent contenir des substances théoriquement
interdites pour ces usages comme la diméthyl formamide ou le tétrachlorure
de carbone (responsables de cytolyses hépatiques et d'insuffisances rénales
aiguës).
La charge des accumulateurs : Cette activité expose aux brûlures par l'acide phosphorique ou chlorhydrique lors de l'ajustement du niveau des compartiments de la batterie. La charge provoque une électrolyse relative et le dégagement d'hydrogène et d'oxygène, qu'il convient de laisser s'échapper sinon des explosions peuvent survenir dans les locaux parfois confinés et mal ventilés où ce travail est effectué. Il faut donc enseigner les bons gestes et informer les apprentis auxquels ce travail simple est le plus souvent confié.
La peinture automobile : C'est
une spécialité en elle-même. Outre les pigments métalliques
dont certains, comme le plomb (chromate de plomb, chromomolybdate de plomb)
apportent leur propre risque toxique, il faut prendre en considération
les résines et les solvants.
Les solvants tout d'abord, qu'ils soient des homologues ou dérivés
du benzène, ou qu'ils appartiennent à la famille des solvants
halogénés, exposent à des troubles nombreux (cutanés,
cérébraux, hématologiques).
Les résines époxydiques et leurs durcisseurs (amines aromatiques,
aliphatiques et acycliques) provoquent des eczémas et des dermites. Les
isocyanates, aussi utilisés comme durcisseurs, exposent en plus à
des asthmes professionnels (fréquents).
Une étude réalisée dans la région parisienne a montré
qu'il arrive souvent aux peintres de travailler hors cabine spéciale
et que certains n'utilisent pas de masque. Mais il faut rappeler que la préparation
des mélanges, le nettoyage des pistolets après le travail, la
récupération des chiffons et des papiers ayant servi de cache
ou de pochoir, comportent le même risque médical.
Le montage et le démontage des freins : Le matériau des garnitures est riche en fibres d'amiante. Le dépoussiérage par un jet d'air comprimé est dangereux sauf dans une enceinte particulière reliée à un aspirateur et que l'on adapte au moyeu à entretenir. Il faut préférer l'aspirateur ou le pinceau. Des systèmes avec pulvérisation d'eau sont plus efficaces. Le meulage, le détalonnage qui vont adapter les plaquettes et les garnitures à leurs logements libèrent aussi des fibres dangereuses.
Le démontage des carburateurs
: Lors de cette opération, il faut vider l'excès d'essence contenu
dans la pièce. L'habitude des mécaniciens est d'utiliser un chiffon
pour éponger puis de sécher le restant par un jet d'air comprimé.
Le carburant, et donc le benzène qu'il contient parfois, pourra pénétrer
par voie pulmonaire et surtout cutanée. L'exposition est alors très
importante. Beaucoup d'autres gestes amènent au contact cutané
avec les carburants : le nettoyage des pièces avec un pinceau ou dans
un bac, le siphonage des durits ou des réservoirs, et bien-sûr
le nettoyage des mains en fin de poste.
L'exposition varie aussi avec la qualité de la ventilation des locaux,
et donc des saisons, les portes étant largement ouvertes en été,
closes en saison froide.
Chez ces travailleurs, divers travaux montrent des phénoluries dépassant
parfois de beaucoup le plafond de valeur admise (3 mg/g de créatinine).
La sanction de ces mauvaises pratiques semble être un taux de leucémies
plus fort chez le personnel des garages.
Les pompistes : Ils sont exposés aux vapeurs de carburants, lesquelles contiennent du benzène comme il a été précédemment rappelé. Une étude a montré que 1 sur 6 était exposé en moyenne à plus de 1ppm.
Les radiateuristes : Après avoir démonté le radiateur, il faut le décaper avec une série de solutions caustiques puis le plonger dans un bain d'étain et de plomb en fusion. Il faudra ensuite réassembler les pièces par soudage. Ces manşuvres exposent aux brûlures chimiques, mais surtout au saturnisme et des publications récentes des Archives des Maladies Professionnelles rappellent la réalité et l'actualité des risques, même si ces pièces sont de plus en plus jetées et non réparées et si elles devraient être constituées de plastique dans l'avenir.
Le réglage des moteurs : Cette activité expose à de fortes concentrations d'oxyde de carbone, dont la production est plus forte avec les moteurs tournant au ralenti. L'oxyde et le dioxyde d'azote apportent aussi leurs dangers (irritation pulmonaire et oculaire, bronchiolites). Le déplacement des véhicules à l'intérieur du garage expose au même risque. Des pics à 200 ppm sont souvent enregistrés. Cette nuisance est un danger pour toutes les personnes présentes, y compris dans les bureaux, étant donné la grande diffusibilité du toxique. L'efficacité des systèmes de ventilation ou d'extraction doit être testée car ils ne sont pas toujours efficaces et devront être adaptés ou réglés.
Elle nécessiterait de très longs développements. Elle doit être adaptée au type précis d'activité pratiquée dans l'établissement ; les solutions techniques existent presque toujours pour réduire au tolérable les nuisances de ces métiers. Mais le coût peut être élevé. Parmi les améliorations les plus simples, nous retenons quelques unes qui sont élémentaires :
La protection individuelle par des chaussures renforcées, le port de masque pour les peintres, ou de lunettes lors du meulage et du soudage, la mise à disposition de pommades-écran, de savons spéciaux pour les salissures de garage, le changement très régulier des vêtements de travail, la récupération rapide des chiffons et des déchets dans des conteneurs fermés sont autant d'éléments simples mais porteurs de grands bénéfices.
Prévention technique : le rangement des outils, le dégagement du sol sont indispensables même si la discipline imposée à tous est mal admise au début. Le nettoyage du sol, le traitement immédiat des tâches d'huile s'imposent absolument. La protection par barrière des fosses de visite est indispensable. Le levage des véhicules doit s'accompagner d'un calage par des chandelles, de telle sorte que la faiblesse des crics n'aboutisse pas à l'écrasement du travailleur installé au sol.
L'I.N.R.S. édite plusieurs plaquettes (dont ED 755) sur les métiers de la mécanique automobile. Les conseils pertinents, les illustrations explicatives guideront le médecin du travail, l'aideront dans son rôle de préventeur mais aussi dans son rôle d'éducateur pour la santé.
I.N.R.S.: Institut National de Recherche et de Sécurité, 30 rue Olivier-Noyer, 75680, Paris Cedex 14