AFFECTIONS PROFESSIONNELLES RENCONTRÉES
CHEZ LE PERSONNEL DE SANTÉ
L'apparition des hôpitaux au Moyen-Age doit tout à
l'improvisation. Aussi malgré l'unification progressive qui a été
réalisée depuis, il n'est pas surprenant de découvrir des
différences notables dans l'organisation de ces établissements
: (regroupement des spécialités, principes architecturaux généraux·).
Le passé a aussi légué des bâtiments, parfois plusieurs
fois centenaires et qui sont encore partiellement utilisés après
aménagement. Les années 60 à 70 ont vu la disparition des
salles communes. Nous allons lentement vers la généralisation
des chambres individuelles avec salle de bain. L'hôpital est un chantier
permanent. Le médecin du travail doit être associé à
la définition des besoins et donne un avis sur la conception ergonomique
des locaux projetés.
L'évolution des métiers
de l'hôpital est constante
Ainsi les méthodes de soins ont beaucoup évolué pendant
les vingt dernières années et la durée de séjour
est aujourd'hui très brève, parfois quelques heures, même
pour des gestes chirurgicaux. La conséquence est la création des
hôpitaux de jours, aux horaires de travail plus réguliers. Le soucis
d'utiliser au mieux les fonds amène à la fermeture des salles
pendant les vacances ou les fins de semaine (les moments calmes de la vie des
équipes soignantes disparaissent).
Les titularisations sont souvent tardives et la précarisation que cette
pratique induit est dommageable à la santé des agents affectés
souvent à un "pool de remplacement" qui les déplace souvent d'un
poste à un autre. Les carrières s'allongent chez les infirmières
et les contraintes autrefois acceptées par de toutes jeunes femmes ou
des religieuses ne le sont plus par des femmes d'âge mûr ou vieillissantes.
Certaines activités sont confiées à des entreprises extérieures
(alimentation, déchets, nettoyage·). Dans le même temps, les hôpitaux
deviennent prestataires de services (blanchisserie, informatique·) pour d'autres
entités économiques. Les mentalités ont parfois du mal
à s'adapter.
Tous les métiers sont représentés
à l'hôpital
La plupart y sont exercés avec des contraintes particulières (blanchisserie,
cuisine, secrétariat, standard téléphonique, ateliers de
réparation des matériels). Sans doute certains métiers
n'en sont pas transformés (courrier, entretien des jardins, funerarium·),
mais le médecin du travail devra être attentif aux conditions exactes
d'exercice de toutes ces activités et ne pas s'en tenir à l'intitulé
parfois vague qui lui est communiqué. Ainsi les hospitalo-universitaires
sont par leurs activités extra-hospitalières exposés à
des risques inattendus comme ceux des animaleries.
Il faut évoquer les cabinets libéraux (infirmières, médecins, dentistes, masseurs-kinésithérapeutes·), les dispensaires, les infirmeries de prisons etc· La diversité des modes d'exercice avec leurs risques propres est donc grande.
Le personnel de soin est nombreux
: environ un million de personnes en France.
Infirmières : 322 000
Sages-femmes : 12 000
Agents de service et aides soignants : 301 000
Masseurs kinésithérapeutes : 42 000
Techniciens de laboratoires : 19 000
Médico-technique : 20 000
Autres : ass. sociales, psychologues, orthophonistes· : 31 000
Médecins : 159 000
Chirurgiens-dentistes : 39 500
Total = 948 500 (dont 718 300 salariés et 230 200 libéraux).
L'hôpital est parfois une entreprise énorme
- l'Assistance-Publique-Hôpitaux de Paris : 75 000 agents, 19 000 médecins
et internes, 51 500 paramédicaux, 59 médecins du travail, 43 hôpitaux.
- les Hospices civils de Lyon : 23 000 salariés, 1 500 personnes dans
les blocs opératoires, 111 salles d'opérations, 50 salles d'endoscopie.
- Le CHRU de Rennes emploie 6747 répartis en 90 métiers :
Personnel médical = 1031 : 451 praticiens hospitaliers et assistants
des höpitaux, 315 internes, 265 médecins attachés,
Personnel non médical = 5716 : 3814 soignants (IDE, aides-soignants,
agents de service hospitaliers, kinésithérapeutes...), 804
agents des services techniques et généraux (service de sécurité,
chauffeurs-livreurs, personnels de cuisines, électriciens, plombiers,
personnel de la lingerie...), 718 agents administratifs, 380 agents médico-techniques
(techniciens de laboratoire, manipulateurs-radio, techniciens EEG , préparateurs
en pharmacie et en matériel...).
L'hôpital est souvent le principal employeur d'une commune voire d'une
région. La réforme en est rendue délicate. À côté
de l'hôpital public, que nous connaissons pour y avoir fait nos études,
il faut rappeler les statuts privés (à but lucratif et non lucratif),
les hôpitaux psychiatriques, les hôpitaux spécialisés
en gériatrie·
Ils ont des causes multiples.
- Pour les activités de soins, les piqûres et coupures par
matériel médical, par la verrerie de laboratoire sont les plus
fréquentes. Les électrisations par matériel de moniteur,
lors des chocs électriques externes, par électrodes manipulées
par les chirurgiens sont rares. Les incendies dans les hôpitaux ont souvent
de lourds bilans. La mise en conformité aux normes "incendies" et "électricité"
est très avancée maintenant. Les laboratoires doivent conserver
leurs réserves de solvants selon des règles fixées (pour
les principaux, se reporter aux fiches INRS).
- Hors secteur de soins, les accidents de circulation peuvent advenir
aux ambulanciers, aux chauffeurs du SAMU et au personnel transporté,
aux nombreux chauffeurs de camion d'un hôpital. Les accidents du travail
des jardiniers, garagistes, laveurs de vitres, agents des ateliers de réparation
sont sans particularité.
Elles sont largement prévues par les tableaux de maladies professionnelles. Les travaux de laboratoires sont toujours cités, les travaux en milieu de soins sont prévus par les tableaux 40, 76, 80.
| Amibiase 55 | Kératoconjontivite virale 80 | Rickettsioses aiguës 53 A |
| Brucellose 24 | Leptospiroses 19 A | Rouget de porc 88 |
| Charbon 18 | Meningococcies 76 F | Shigellose 76 H |
| Choléra 76 i | Mycoses du cuir chevelu 46 A | Staphylocoque 76 A |
| Dysenterie bacillaire 76 H | Mycoses cutanées 46 B | Streptocoque B hémol. 76 E |
| Entérobactéries 76 C | Ornithose-psittacose 87 | Streptococcus suis 92 |
| Fièvre de Lassa 76 J | Pasteurelloses 86 | Syphilis cutanée primaire 76 L |
| Fièvres typhoïdes et paratyph. 76 G | Pneumocoques 76 D | Tuberculoses 40 a, 40 b, 76 M |
| Fièvre Q 53 B | Poliomyèlite 54 | Tularémie 68 |
| Gonococcie cutanée 76 K | Pseudomonas aeroginosa 76 B | |
| Hépatite virale A, B , non A non B 45 | Rage 56 |
5.- MALADIES DUES AUX NUISANCES PHYSIQUES
Milieu hyperbare
Il concerne les médecins et infirmières qui accompagnent parfois
les patients dans les caissons soumis à 2 ou 3 atmosphères. Il
occasionne dans l'immédiat des douleurs digestives, de rares otites.
Rayonnements ionisants
Leur utilisation médicale se modifie. Les scopies sont devenues exceptionnelles.
Les radiographies systématiques sont abandonnées (poumons, crâne).
Les sources les plus dangereuses sont celles des chirurgiens-dentistes, lesquels
parfois, ne prennent pas les plus élémentaires précautions
pour protéger leurs mains. Les chirurgiens orthopédistes, eux
aussi, restent notablement exposés, surtout lors des réductions
de fractures sous scopie. Pour les autres catégories d'utilisateurs,
essentiellement médecins radiologues et manipulateurs-radio, le risque
est quasi nul (pour la pathologie : radiodermite, épithélioma,
hémopathies malignes, néoplasies et cataracte, se reporter aux
exposés faits par ailleurs). Le médecin du travail doit vérifier
l'utilisation des dosifilms, tenir un dossier médical spécial,
les fiches d'exposition où figurent les divers examens biologiques orientés
réalisés, les résultats des développements des dosifilms.
La visite d'aptitude a une périodicité de 6 mois. Le rôle
essentiel reste de rappeler les consignes de prudence aux personnels des catégories
insouciantes.
Les postures
Le brancardage improvisé des aides soignants à l'occasion d'une
admission ou de la réfection d'un lit est le grand pourvoyeur de douleurs
à type de sciatique. Les troubles musculo-squelettiques se retrouvent
avec certains travaux de ménage ou de cuisine.
L'éclairage
Il est souvent mauvais : plafonds trop élevés, tubes néons
qui clignotent, mauvais rendu des couleurs, lampes veilleuses pour la nuit,
tournées de nuit éclairées par la lampe de poche. Il peut
être excessif avec certains microscopes, scialytiques ou négatoscopes.
La nature même des locaux est souvent en cause : services enterrés,
salles de radiologie, coursives de blocs opératoires et salles de soins
aveugles. La fatigue visuelle en est la conséquence. Le port de lentilles
de correction visuelle est parfois inconfortable quand s'ajoutent le dérèglement
des systèmes de ventilation, la sécheresse de l'air et la surcharge
infectieuse.
Le confort thermique
Il est satisfaisant, du moins pour le personnel. Le contraste thermique est
souvent extrême pour les coursiers alternant séjours au froid extérieur
et à la forte chaleur des pavillons, en particulier de pédiatrie.
La ventilation mécanique contrôlée est souvent l'objet de
plaintes (air trop sec, trop froid). Les salles en flux laminaire, les scaphandres
ventilés de salles d'opération demandent une courte adaptation.
Le bruit
Il est incessant dans ces lieux de repos des malades, mais la surdité
n'y est pas à craindre. Notons quelques études pour de nouveaux
matériels tels les lithotripteurs. La fatigue nerveuse et les difficultés
de concentration, elles, sont bien présentes (sonnettes, bips, téléphones,
haut-parleurs, alarmes interrompent les tâches et rappellent ou annoncent
des difficultés à traiter en bouleversant l'ordre des priorités).
Les odeurs
Elles surprennent les visiteurs. Elles sont souvent puissantes, parfois associées
à des souvenirs ou sensations désagréables. On s'y accoutume,
on les transporte et l'entourage le signale. Le comportement de l'homme face
aux odeurs et ses moyens de défense sont encore peu étudiés.
Cytostatiques
Ils sont utilisés depuis 1942. Localement ils sont responsables, en cas
de contact, d'irritations, de nécroses locales. Lors d'utilisations fréquentes,
on redoute, mais actuellement sans preuve épidémiologique, un
risque accru de cancers. (Parmi les arguments avancés, on a noté
un pouvoir mutagène élevé des urines des infirmières
qui manipulent ces produit, même en tenant compte d'un éventuel
tabagisme). Le centre national d'information sur le médicament hospitalier
propose un indice de contact cytostatique :
|
R+A
|
||
|
ICC
|
=
|
|
|
H
|
Si ICC < 1, donc si l'activité
reste modérée (on préfère ne pas dépasser
10 manipulations par semaines et par agents) on pourra effectuer ce travail
dans les services eux-mêmes, mais avec des précautions particulières
: local réservé avec matériel de sécurité,
port de blouse imperméable, gants de latex, lunettes protectrices, masque.
On utilise un champ jetable dont la face imperméable sera sur la paillasse.
L'ajustement des doses, par rejet d'une partie du contenu de la seringue se
fera dans une compresse afin d'éviter les aérosols.
Si l'indice est supérieur à 1, il faudra, pour tout l'hôpital,
centraliser les préparations à réaliser dans un local spécial
muni d'une hotte à flux laminaire voire d'un local de laboratoire type
P2 (sas, sous pression·) où on travaillera sous hotte ou sous scaphandre
avec boite à gants.
Le rôle du médecin du travail sera d'inciter à l'achat de
produits déjà dilués, de flacons prêts à l'emploi.
Il devra informer sur les dangers, faire prévoir des protocoles de secours
ou de nettoyage en cas d'urgence (l'improvisation est ici redoutable). Il tentera
de déceler et d'imputer les allergies. Il conviendra aussi d'écarter
de ce risque les femmes enceintes ou allaitant, de tenir un registre des accidents
bénins, d'analyser les incidents pour en prévoir la répétition,
de vérifier l'existence du registre journalier des manipulations à
propos desquelles sont notés les produits, les doses et le nom des agents.
La surveillance pourra amener à faire pratiquer une numération
formule sanguine dont la périodicité dépendra de l'appréciation
du médecin, des dosages urinaires ou sanguins de cytostatiques manipulés.
Des techniques de surveillance biologique plus sophistiquées sont étudiées
pour l'avenir.
Les anesthésiques volatiles
Les atteintes organiques sont, pour le personnel médical, rares mais
certaines (hépatites dues à l'halothane, atteintes rénales
dues au méthoxyflurane, agranulocytoses dues à l'oxyde d'azote).
On remarque aussi une augmentation du nombre d'avortements spontanés
chez les femmes travaillant dans les blocs opératoires où ces
substances sont manipulées. Il est recommandé de ne pas dépasser
des concentrations de 25 ppm pour le N2O, de 2 ppm pour l'halothane
(TRG :89).
Une enquête récente rappelle que beaucoup d'installations ne permettent pas de les respecter. Les salles d'endoscopie y sont particulièrement mal notées. (Les gestes sont brefs, donc les inductions anesthésiques successives nombreuses). Les solutions techniques qu'appellent ces problèmes sont coûteuses car il faut adapter les systèmes de ventilation des blocs opératoires et transformer ou remplacer les respirateurs pour qu'ils fonctionnent en circuit fermé (réinsufflation des gaz expirés).
Le mercure
C'est un contaminant fréquent des cabinets dentaires mais la prévention
de cette pollution est possible en utilisant sols et murs lisses (pas de moquette
murale si fréquente il y a 10 ans), en récupérant les gouttelettes
perdues lors des manipulations, en ventilant suffisamment les locaux. Des mélanges
prédosés en gélules pour amalgames dentaires sont maintenant
proposés.
À l'hôpital, la précision du thermomètre à
mercure est inutile. Le thermomètre à alcool (ou les sondes thermiques
aujourd'hui proposées) devraient les remplacer. Chaque année les
établissements de santé achètent 5 millions de thermomètres
à mercure, leur durée de vie est estimée à 1 mois!
( B.E.H. n°47, 1995) Lorsque le tube est cassé, le métal se
volatilise lentement. Il faut à chaque bris récupérer le
mercure au fond d'un verre d'eau et l'adresser, avec les fragments de verre,
à la pharmacie (TRG 2).
L'oxyde d'éthylène
C'est un irritant puissant, allergisant, possible cancérogène.
Il devrait être moins utilisé dans l'avenir car beaucoup de machines
utilisent des fréons, de plus il est inefficaces sur les prions. On le
réservait au matériel thermo destructible. Il peut être
remplacé par les rayons gamma, ou parla méthode du gaz-plasma.
Le formol
C'est un puissant irritant de la peau et des muqueuses, allergisant responsable
d'asthme et d'eczéma. Il est, sans raison technologique, de plus en plus
employé. La VLE de 2 ppm est souvent dépassée lors de la
désinfection des chambres d'hôpital avant aération complète
(TRG :63).
Autres
Les réactifs de laboratoire sont innombrables : cyanures, colorants
azoïques et métalliques, acides et alcalins puissants· Les solvants
aussi doivent retenir l'attention du médecin du travail.
Les mutagènes et les isotopes (tritium, phosphore 32, soufre 35,
acrylamide, betamercaptoéthanol, bromure d'éthydium·) sont utilisés
en laboratoire de biologie moléculaire. Des procédures strictes
ont proposées avant leur emploi. Certains dérivés nitrosés
sont l'objet d'un tableau particulier (TRG 85).
Le méthacrylate de méthyle utilisé pour les résines
d'inclusions d'os au laboratoire d'histologie expose à des maladies respiratoires
et cutanées de nature allergique (TRG 82, 65).
Les enzymes (trypsine, papaïne) exposent aux dermites, aux ulcérations,
aux conjonctivites, aux rhinites, à l'asthme. (TRG 63).
Le sélénium utilisé pour des travaux de laboratoire
ou de phytopharmacie, est responsable de brûlures oculaires, d'irritations
cutanées, d'þdèmes aigus des poumons (TRG 75)
Les poussières sont particulièrement dangereuses pour les
prothésistes dentaires. Des pneumoconioses de divers types sont à
déplorer.(silicoses notamment).
Elles sont des affections fréquentes en milieu de soins. Elles touchent deux fois plus de sujets que dans la population générale. Seul le secteur du bâtiment et des travaux publics est autant affecté.
Les activités de ménages, mains constamment humides, avec des substances irritantes favorisent les sensibilisations. (hypochlorites alcalins TRG 65, détergents cationiques TRG 65, formol TRG 43, glutaraldéhyde·)
Les fréquents lavages des mains favorisent aussi les dermatoses. Ils sont souvent mal effectués : temps de rinçage insuffisant et séchage par frottement avec des serviettes de papier au lieu de tamponnement. Si les conseils donnés par les comités de lutte contre les infections nosocomiales (CLIN) étaient strictement appliqués, on arriverait dans certains secteurs à 60 lavages par jour (au lieu des 25 à 30 de moyenne actuelle). On créerait alors deux risques : risque infectieux car après 25 lavages le risque de portage infectieux réaugmente, risque de dermatoses car après 20 lavages, 73% des soignants se plaignent de dermatoses d'irritation. Les services où les plaintes sont les plus fortes : maternité, pédiatrie, les plus faibles gériatrie (moins de lavage de mains) chirurgie (port de gants). L'allergie au latex est en pleine expansion. L'organisation du travail doit être revue. (TRG 95 créé en 1997).
Les médicaments sont moins qu'autrefois, responsables de dermatoses : les nouvelles présentations évitent les manipulations et préparations et donc l'exposition. ( amygdalosides TRG 31, chlorpromazine TRG 38, béta lactamines TRG 41, phénothiazines TRG 65, baume du Pérou TRG 65, arnica TRG 65, novocaïne : anesthésique des dentistes).
8.- DIFFICULTÉS PSYCHOLOGIQUES DANS LES MÉTIERS DE SOINS
Elles sont d'abord liées au
métier lui-même
La rencontre fréquente du handicap, de l'agonie, de la mort (toilette
mortuaire, annonce à la famille, formalités administratives),
des autopsies (et de leurs risques septiques : tuberculose, maladies à
prions pour celles qui font l'actualité) peut être difficile à
tolérer à certaines étapes de la vie ou dans certains types
de service (pédiatrie, gériatrie, long séjour, cancérologie,
hématologie). Par ailleurs, une pensée rationnelle concernant
sa propre santé est difficile. Aussi les rumeurs ébranlent assez
vite les agents de niveaux de formation variés, parfois médiocres,
mais surinformés et de façon incomplète. L'angoisse en
est la conséquence.
Elles sont aussi liées aux
conditions d'exercice
La fatigue est une plainte fréquente. Tout y concoure : le travail posté
(troubles du sommeil), les gardes et astreintes (dettes de sommeil), la station
debout quasi permanente, les couloirs interminables, les activités hachées
en petites séquences par les appels téléphoniques, les
soins plus urgents, les demandes des médecins, des malades, des familles.
Les temps morts disparaissent (cf.: généralités) mais l'activité
reste irrégulière. La charge mentale est donc très forte.
Le progrès technique apporte malgré tout quelques soulagements
avec les téléphones sans fil qui limitent le nombre de déplacements
vers un téléphone fixe, les fax qui enregistrent les résultats
de laboratoire sans déplacer le personnel, les haut-parleurs qui évitent
de chercher de médecin de chambre en chambre·Pour les médecins
il faut être attentif à l'apparition d'une éventuelle dépression
d'épuisement.
Les relations humaines peuvent être
difficiles
Mettons de côté les agressions par les malades ou leurs familles
(elles touchent la moitié des psychiatres et par ailleurs les jeunes,
les débutants, les femmes). Il reste que l'hôpital est un milieu
de travail assez dépersonnalisé (temps de séjour des patients
de plus en plus court, technicité de plus en plus forte, mettant à
distance soignants (pressés par le temps, qui pensent prioritairement
à décider en toute rigueur et à agir en contrôlant
leurs gestes) et soignés (dont les exigences de confort, d'information,
de succès ont légitimement crû). La composition des équipes
d'infirmière ou d'aides-soignants se renouvelle plus vite qu'autrefois.
On connaît moins ses collègues. Les liens amicaux deviennent plus
rares.
La rivalité des services, de disciplines, de métiers s'expriment
souvent avec vigueur. Les difficultés relationnelles prennent des expressions
très excessives. Les équipes sont constituées au fil du
temps selon les opportunités et non selon les affinités. Les enjeux
de carrières les perturbent souvent. La hiérarchie est stricte,
complexe, opaque, avec ses comités, ses commissions ad-hoc.
Le retentissement est difficilement quantifiable
Les indicateurs habituels très contestables séparément,
(alcoolisme, tabagisme, prise de psychotropes, absentéisme, nombre d'arrêts
de travail) sont rarement publiés. Notons des particularités :
taux de suicide supérieurs chez les psychiatres et les anesthésistes
par rapport au reste des médecins, toxicomanie aux médicaments
(halothane, morphiniques).