Affections liées au bruit

Institut Universitaire de Médecine du Travail de Rennes
2, avenue du Pr. Léon Bernard, CS 34317, 35043 Rennes Cedex

mis à jour le 19 mars 1999


1 Généralités et définitions
2 Risques individuels engendrés par le bruit
2.1 Effets geacute;néraux du bruit
2.2 Effet de masque
2.3 Traumatisme acoustique
2.4 Fatigue auditive
2.5 Surdité professionnelle due au bruit
3 Risques collectifs engendrés par le bruit
4 Prévention
5 Valeurs limites d'exposition - Réglementation


1 Généralités et définitions

Le son provient d'une vibration des molécules de l'air.
La propagation du son se fait à :

Hors les sons purs que produisent certains instruments de laboratoire, conçus dans ce but, nous ne connaissons ordinairement que les sons complexes c'est-à-dire qui peuvent être décomposés en un très grand nombre de sons purs.
Parmi les caractères physiques qui caractérisent un son, nous ne retenons ici que la fréquence, l'amplitude et la durée.

La fréquence correspond au nombre de cycles complets de vibrations en une seconde. Les sons graves ont une fréquence basse, par exemple entre 16 et 500 Hertz (Hz), les sons aigus ont une fréquence élevée, par exemple supérieure à 8 000 Hz. L'oreille humaine entend de 20 à 16 000 Hz : zone utile, car correspondant aux fréquences de la voix humaine et des sons familiers de nos activités : 500-3500 Hz.

L'amplitude de l'oscillation qui représente la vibration correspond à l'intensité : plus l'amplitude est grande, plus le son est "fort".

La durée permet de distinguer les sons impulsionnels (inférieurs à 300 millisecondes), les sons impulsifs (inférieurs à 1 seconde), les sons continus (supérieurs à 1 seconde). Parmi ces derniers on distingue aussi les sons stables, fluctuants, intermittents.

Le bruit est un son inopportun. Il est "une vibration acoustique erratique intermittente ou statistiquement aléatoire".
On propose aussi une autre définition : "Toute sensation auditive désagréable ou gênante".
Il peut être toléré de façon très différente selon les individus et selon les sociétés, les cultures, les civilisations.
On est davantage gêné par le bruit des autres que par le sien propre (qui surprend moins par ses impulsions).

Unités de mesure : À 1000 Hz, le seuil de perception est de 10-12 watts / m2 (ou 20 micro Pascals) et la douleur apparaît à 1 watt. L'échelle de mesure s'étend donc de 1 à 10-12.
Pour réduire cet écart incommode, on choisit une expression en Log décimal, ce qui ramène l'échelle de mesure à 0 à 12. L'unité est alors le Bel. Mais on utilise communément le décibel, d'où une échelle de 1 à 120. (donc les intensités exprimées en dB ne s'additionnent pas, deux sons de 90 dB émis en même temps donnent un son résultant de 93 dB et non de 180 dB.) Le décibel correspond de plus (heureux hasard), à la variation d'intensité que l'oreille peut détecter entre deux sons.
Exemple d'intensités :

Presbyacousie : les performances auditives baissent après 35 ans, plus chez les hommes que chez les femmes. Cela est dû au vieillissement de l'organe de Corti, dans lequel se trouvent les cellules qui transforment la vibration acoustique en influx nerveux qui, par le nerf auditif, rejoint le cerveau. Nous sommes inégaux devant cette affection qui est partiellement d'origine génétique, mais aussi liée au mode de vie. Elle est due conjointement à un déficit auditif pur et à la baisse des capacités intellectuelles du sujet appliquées à la discrimination des sons afin de les isoler puis de leur donner un sens. D'où l'intérêt d'appareiller assez tôt les patients, avant qu'ils ne perdent une partie de leurs capacités de traitement de l'information, d'autant que quand on agit trop tard le sujet accuse l'appareil d'amplifier tous les sons et de "l'assourdir". (Rappel étymologique : PRESBUS = "vieux" en grec ancien)

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2 Risques individuels engendrés par le bruit

2.1 Effets généraux du bruit

L'effet sur les performances intellectuelles est controversé mais on admet communément qu'un peu de bruit stimule, beaucoup de bruit perturbe le cours de la pensée, il crée agressivité, déplaisir, angoisse.
Augmentation momentanée de la pression artérielle, de la fréquence cardiaque, de la fréquence respiratoire,
Ralentissement du transit intestinal,
Hypertonie musculaire, modifications sudorales, glandulaires (le tout s'atténue par l'accoutumance),
À très forte intensité, picotements douloureux,
Au-delà de 130 dB : Troubles de l'équilibre, nystagmus (mouvements involontaires et saccadés des yeux).

2.2 Effet de masque

Un son perturbe la perception parfaite d'un autre son. Si l'intensité de l'un est très supérieure à l'intensité de l'autre, celui-ci peut n'être pas entendu. Une partie de l'information sonore est perdue ou mal interprétée, d'où des risques d'accidents.

2.3 Traumatisme acoustique

En cas d'explosion, le tableau est variable selon la puissance. Il peut y avoir rupture du tympan (au-delà de 160 dB), luxation des osselets (dont la succession aide à transmettre la vibration du tympan vers l'oreille interne où se trouve le capteur définitif : la cochlée), otorragie, lésion cochléaire.
Symptomatologie : douleur, sifflement, sensation d'oreille "cotonneuse".
A l'audiogramme (voir plus bas) on décrit des pertes auditives aux fréquences 4 000 à 6 000 Hz le plus souvent.
Traitement : d'abord médical (antalgiques, vasodilatateurs, oxygénothérapie hyperbare...) éventuellement chirurgical.
Des séquelles sont possibles à type de surdité, d'acouphènes : bourdonnements, sifflements...) pouvant persister longtemps et gêner gravement la victime.
En cas de traumatisme sonore, surtout par des bruits intenses, impulsifs, brefs : atteinte cochléaire

2.4 Fatigue auditive

C'est un phénomène que nous avons tous ressenti au sortir d'un lieu très bruyant. Elle consiste en une augmentation du seuil de perception. Elle est temporaire, dure souvent plusieurs heures. Elle est régressive au début. Elle est maximale pour les sons de 4000 Hz. Elle varie selon les individus, les niveaux sonores, les durées d'exposition.

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2.5 Surdité professionnelle due au bruit

2.5.1 Caractères cliniques

Elle apparaît lorsque l'intensité dépasse 85 dB pour 8 heures de travail. Elle est donc fréquente.
L'expression clinique est assez pauvre au début : sifflements, sensation d'oreille ouatée.
L'évolution est rapide pendant les premières années, plus lente ensuite.
À la longue :

La gravité est variable d'un sujet à l'autre avec la même nuisance.
Deux caractères la distinguent nettement des autres grands types de surdité : elle ne s'améliore pas et ne s'aggrave pas quand la nuisance est interrompue, elle est bilatérale (sauf type d'exposition rencontré exceptionnellement).

2.5.2 L'audiogramme peut seul la détecter au début.

L'examen pratiqué est l'audiogramme de perte. Le sujet est installé dans une cabine insonorisée. Par l'intermédiaire d'un casque posé sur les oreilles, il reçoit des sons de fréquence et d'intensité réglées par l'examinateur. On cherche à connaître l'intensité minimale qui est entendue pour chaque fréquence. La comparaison de très nombreuses courbes a permis de déterminer les performances normales de l'oreille humaine. Ainsi, il est normal de percevoir un son de 70 dB à 30 Hz, un son de 5 dB à 1000 Hz, un son de 25 dB à 8000 Hz, etc. Si à une de ces fréquences, il faut une intensité plus forte, c'est donc que le seuil de perception de cette oreille est abaissé d'autant. Si le phénomène a quelque ampleur, on pourra parler de surdité. De nombreuses variantes opératoires existent.

Dans le cadre des fortes expositions aux bruits, on met en évidence un déficit de 20 à 30 dB à 4000 Hz qui s'étendra ensuite vers 8000 puis 16000 Hz. Ceci explique qu'au début il n'existe pas de gêne, car ces fréquences ne sont pas celles de la conversation. Puis le déficit s'étendra vers 2000 puis 1000 Hz. Le patient découvre alors sa surdité, trop tard.
Les bruits responsables appartiennent à une bande assez large, allant de 350 à 5000 Hz. Ils donnent un déficit une demi-octave à deux octaves au-dessus, assez souvent entre 3000 et 6000 Hz : le milieu de cette zone déficitaire et donc la fréquence la plus altérée, se trouvent à 4000 Hz. (Même raisonnement pour situer la fréquence supportant le maximum de fatigue auditive).

2.5.3 Traitement : Aucun.

Ce type de surdité n'est pas appareillable. D'où l'intérêt majeur du dépistage par audiogrammes répétés si l'ambiance sonore des lieux de travail n'est pas satisfaisante.

2.5.4 Réparation de la surdité

Tableau 42 des Maladies Professionnelles. On exige au moins une perte de 35 dB en moyenne sur l'oreille la moins atteinte. Les grilles d'indemnisations tiennent compte du déficit auditif calculé selon la formule suivante :

Déficit = (déf. à 500 Hz) x 2 + (déf. à 1000 Hz) x 4 + (déf. à 2000 Hz) x 3 + déf. à 4000 Hz   
              10

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3 Risques collectifs engendrés par le bruit

Les risques collectifs engendrés par le bruit sont dus essentiellement à l'effet de masque. Les conversations deviennent impossibles, malgré le forçage vocal et ses conséquences (douleurs, dysphonie). Les signaux d'alarme et de sécurité ne sont plus audibles, d'où des risques accrus d'accidents du travail.

 

4 Prévention

Il convient de procéder à une mesure acoustique prévisionnelle, en surveillant le niveau sonore avec un sonomètre. Les résultats sont exprimés, non en dB, mais en dB(A). Cette modification, appelée pondération, correspond à une approximation mathématique destinée à rapprocher les indications données par le capteur physique (le sonomètre) des capacités réelles du capteur biologique (l'oreille humaine qui est peu sensible aux fréquences extrêmes - 16 et 16 000 Hz). On a aussi défini mathématiquement les dB(B), les dB(C), les dB(D), selon l'intensité des sons auxquels sont soumis les travailleurs. Ces dernières pondérations sont moins utilisées. Les mesures peuvent être effectuées selon différents rythmes selon que l'on veut tenir compte des sons impulsionnels ou de l'ambiance sonore générale. On devine à ces nombreuses variantes que l'analyse sonométrique nécessite une formation théorique afin de choisir le ou les procédés de mesure adéquats.

- Prévention collective :

- Prévention individuelle : on la met en place en cas d'insuffisance de la prévention collective. On a alors recours aux casques, bouchons d'oreilles (les produits proposés sont variés et parfois très sophistiqués).
Les tests prédictifs sont peu sûrs ou peu employés. (par exemple le "test de travail" : quelle est la perte du seuil d'audition à la fréquence 4000 Hz après 8 heures d'exposition au bruit du milieu de travail ? Régresse-t-elle en 24 heures ?)

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5 Valeurs limites d'exposition-réglementation

La réglementation est abondante.
Lorsque l'exposition sonore quotidienne (pour 8 heures) subie par un travailleur dépasse le niveau de 85 dB(A) ou lorsque la pression acoustique de crête dépasse le niveau de 135 dB, des protecteurs individuels doivent être mis à sa disposition. Il faut alors adapter les signaux sonores de danger en fonction de ces protecteurs.
Lorsque l'exposition sonore quotidienne (pour 8 heures) subie par un travailleur dépasse le niveau de 90 dB(A) ou lorsque la pression acoustique de crête dépasse le niveau de 140 dB, l'employeur prend toutes dispositions pour que les protecteurs individuels soient utilisés (affichage, règlement intérieur,...). Il doit aussi mettre en oeuvre une prévention collective.

Sons continus : (*)
 
Niveau de pression acoustique
continu équivalent en dB(A)
85 dB(A)
91 dB(A)
100 dB(A)
112 dB(A)
Durée journalière d'exposition
équivalente à une exposition de 85 dB
8 heures
2 heures
15 minutes
1 minute


Sons impulsionnels : (*)
 
Niveau de pression acoustique de crête (en dB) 135 dB 115 dB 95 dB 90 dB
Nombre limite d'impulsions ou de chocs pour 8 heures 1 100 10 000 30 000

 

 
 
 

Champ auditif normal : graphique de Wegel

 

 
 
 
Courbe A = surdité professionnelle débutante
Courbe B = surdité professionnelle évoluée

 Audiogramme de perte

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