Higginson et Muir ont affirmé en 1977 que 80 % des cancers humains seraient liés à des facteurs environnementaux. Cette notion tient compte de la pollution générale de l'air et de l'eau, des boissons et des aliments, des pollutions professionnelles, des auto-pollutions comme le tabac.
On peut classer les cancérogènes en fonction de leur mode d'action :
- Groupe 2A. L'agent est probablement cancérogène pour l'homme. On dispose d'indices limités d'une action cancérogène sur l'homme et d'indices suffisants de cancérogénicité chez l'animal. À titre exceptionnel on peut classer dans ce groupe des agents pour lesquels on a l'un ou l'autre. Par exemple l'acrylonitrile, l'aldéhyde formique, le béryllium et ses composés.
- Groupe 2B. L'agent pourrait être cancérogène pour l'homme. On dispose d'indices limités d'une cancérogénicité pour l'homme mais pas d'indices suffisants de cancérogénicité chez l'animal. On peut aussi trouver des agents avec des indices inadéquats d'action cancérogène pour l'homme ou absence de données pour l'homme et d'indices suffisants de cancérogénicité pour l'animal ; encore des indices inadéquats chez l'homme mais des indices limités chez l'animal. Dans cette catégorie on trouve par exemple les toluènes chlorés, l'acrylamide, le bromate de potassium, ainsi que les procédés de traitement des bois utilisés en charpenterie et en menuiserie.
Sur des milliers de produits, à peu près 700 ont été testés par le CIRC.
Chez l'homme, on peut estimer que les effets de chaque dose isolée s'ajoutent, sans aucune perte, pendant toute l'existence ; ce qui explique que le seuil de toxicité ne peut être déterminé avec précision. Pour certains auteurs, la dose totale nécessaire est d'autant plus faible que le facteur cancérogène est absorbé à petites doses, fractionnées dans le temps, c'est souvent le cas d'une exposition professionnelle.
Il n'y a pas de caractères médicaux spécifiques aux cancers professionnels :
On peut observer tous les types histologiques de tumeurs cutanées : les épithélioma baso-cellulaires et spino-cellulaires, les mélanomes et les sarcomes. On peut classer les agents responsables en :
Les radiations ultraviolettes
Elles sont responsables d'épithéliomas spino-cellulaires et
de mélanomes malins.
Les rayonnements électromagnétiques
Sont incriminés dans la survenue de mélanomes.
Les dérivés organiques
- Les hydrocarbures polycycliques aromatiques en particulier le benzo-3,4-pyrène
contenu notamment dans le brai de houille et les goudrons. Le plus souvent
ils sont à l'origine d'épithéliomas qui surviennent rarement
sur peau saine. Ils sont indemnisés au titre des maladies professionnelles
(tableau 16 bis du régime général et 35 bis du régime
agricole)
- Quelques cas d'épithéliomas spinocellulaires multiples ont
été observés chez des salariés manipulant des
résines époxydiques et qui présentaient des poussées
itératives d'eczéma.
Les hydrocarbures benzéniques
Quoiqu'ils soient classiquement présentés comme sans danger
de cancer, il faut douter de l'absence de benzène dans leur composition.
Voir les nuances de vocabulaire autour du mot "benzène", au chapitre
correspondant.
L'acrylonitrile peut être responsable de tumeurs du tissu hématopoïétique.
Au niveau des fosses nasales, la symptomatologie se résume à une obstruction nasale et des épistaxis. Le diagnostic est fait par un examen au spéculum et la rhinoscopie postérieure. Aux stades précoces, les examens endoscopiques peuvent être utiles. Les douleurs nasales, les céphalées et la perception d'une tuméfaction latéro-nasale sont des signes tardifs. À l'examen anatomo-pathologique, ce sont surtout des carcinomes épidermoïdes.
Au niveau des sinus, ce sont surtout les localisations maxillaires et ethmoïdales qui prédominent. La rhinorrhée est d'abord séreuse puis purulente, unilatérale, accompagnée d'épistaxis spontanée, d'abondance variable et associée à une obstruction nasale. Les signes oculo-orbitaires sont tardifs : ždème palpébral, larmoiement, exophtalmie, parfois douleur faciale atypique. À un stade évolué on peut voir la bilatéralisation des symptômes et des déformations faciales. Le diagnostic repose sur les rhinoscopies antérieure et postérieure, les radiographies de sinus (front-nez, nez-menton-plaque, profil, Hirtz) et le scanner. L'examen anatomopathologique montre en règle générale des adénocarcinomes.
Dérivés organiques
- Le travail du bois : l'action des tannins est vraisemblablement le principal
facteur responsable. Tous les bois peuvent être incriminés en
particulier les feuillus et les bois exotiques. Le maximum d'exposition se
fait lors de travaux de sciage et de ponçage. On observe l'apparition
d'adénocarcinomes de l'ethmoïde. Leur découverte se fait
le plus souvent entre 40 et 75 ans. Le délai entre l'apparition des
signes fonctionnels et le diagnostic du cancer est de 16 mois en moyenne (2
mois à 3 ans). Ce cancer est réparé au titre des maladies
professionnelles (tableau 47 ter du régime général, 36
du régime agricole).
- L'industrie du cuir : les poussières du cuir sont responsables de
cancers de l'ethmoïde identiques à ceux observés dans les
expositions aux poussières de bois.
- Alcool éthylique et méthylique : un excès de cancers
des voies aéro-digestives supérieures a été constaté
dans des usines fabriquant ces alcools.
- Autres : Poussières de farine, poussières de charbon, poussières
de textile. Sont également évoqués les encres d'imprimeries
contenant des tannins, le travail dans les fonderies, laminoirs et forges
ainsi que dans l'industrie pétrolière.
Les dérivés inorganiques
- Le nickel carbonyle Ni(CO)4 est utilisé à petites doses lors
des opérations de purification du métal. La latence d'apparition
est de 10 à 40 ans. On observe surtout des épithéliomas
malpighiens de la courbure antérieure du cornet moyen. Ce cancer est
réparé au titre du tableau 37 ter des maladies professionnelles
(Régime général).
- Le chrome, en particulier ses dérivés hexavalents, est responsable
de localisations surtout sinusiennes.
DANS CES CANCERS, IL FAUT ABSOLUMENT PRENDRE EN COMPTE L'ACTION ASSOCIÉE DU TABAC ET DE L'ALCOOL.
Peu de preuves sont apportées sur une origine professionnelle de ces cancers hormis peut-être pour les nitrosamines liées à une consommation importante de poisson fumé.
C'est principalement le chlorure de vinyle (ou monochloro-éthylène) qui est incriminé. Cette substance sert à la fabrication du PVC ou polychlorure de vinyle, matière plastique bien connue. Il est à l'origine d'angiosarcomes : la tumeur est souvent multicentrique au sein d'un foie hypertrophié. La symptomatologie est d'évolution très lente : troubles dyspeptiques variés, douleurs abdominales atypiques. Puis apparaît une atteinte hépato-biliaire grave avec ictère, hépato-splénomégalie et tableau d'hypertension portale. L'évolution est habituellement loco-régionale, des métastases sont notées dans 30 % des cas (principalement au poumon, sur la plèvre, sur le péricarde, l'intestin grêle et aux ganglions). Le traitement repose sur la combinaison de chirurgie, radiothérapie et chimiothérapie. C'est cependant une tumeur rare : 28 cas reconnus en France pour 5 000 salariés exposés. Elle touche surtout les décroûteurs d'autoclave. Cette maladie est indemnisée au titre du tableau 52 des maladies professionnelles (régime général).
Le bromure de vinyle a une structure proche de chlorure de vinyle mais aucun cas de tumeur n'a été décrit chez l'homme. Le tétrachlorure de carbone a été responsable de quelques cas d'hépatomes.
Un grand nombre de substances ont été suspectées de créer des cancers du foie, du moins sur un plan expérimental, mais aucun cas humain n'a encore été formellement décrit.
Dérivés organiques
Les hydrocarbures polycycliques aromatiques notamment les goudrons de houille,
les goudrons-asphaltes, les huiles minérales, le gaz ypérite.
Agents physiques
Poussières et gaz radioactifs. Il s'agit le plus souvent de cancers
à petites cellules du lobe inférieur droit, d'évolution
très maligne.
Le cancer broncho-pulmonaire
Il survient principalement chez les fumeurs après 20 à 30 ans
d'exposition. Le risque de présenter un cancer dans une population
exposée à l'amiante et non fumeuse est multiplié par
5 par rapport à la population générale. Ce risque est
multiplié par 50 dans une population exposée et fumeuse.
Ces deux types de tumeurs sont indemnisés au titre des maladies professionnelles (tableau 30 bis du régime général, 47 du régime agricole).
Pour les cancers de la vessie, on a prouvé la responsabilité des amines aromatiques (utilisées comme colorants et dans les matières plastiques) et la N nitroso-dibutylamine. Le tableau 15 ter énumère ces substances. Il est prudent, pour les QCM de l'internat, d'en prendre connaissance (!). La latence de ces cancers est longue. Les tumeurs se révèlent par une dysurie plus ou moins douloureuse et surtout par une hématurie parfois isolée. L'envahissement local est rapide et douloureux. Un antécédent de bilharziose est un facteur prédisposant à ne pas négliger lors de l'affectation au poste.
Les fibres de verre, le formol, l'amiante, le monochlorure de vinyle, les nitrosamines, le travail du cuir semblent être à l'origine d'un excès de ces tumeurs.
On observe des tumeurs de la lèvre inférieure chez les agriculteurs et les pêcheurs qui ont l'habitude de tenir une aiguille goudronnée dans la bouche pour la réparation des filets. Cette tumeur est également attribuée au soleil, au vent et à l'exposition aux poussières.
Le chlorure de vinyle, le gaz moutarde, les dérivés n-nitrosés et l'industrie du caoutchouc ont été incriminés dans la survenue de cancers du système nerveux central.
Le chlorure de vinyle semble responsable de cancers des os. Les radiations ionisantes provoquent des sarcomes osseux.
Une augmentation du taux des cancers de la thyroïde a été notée chez les survivants de Nagasaki et Hiroshima ainsi que dans la population des îles Marshall (où ont eu lieu des explosions expérimentales). Ce sont surtout les femmes qui sont atteintes.
Les champs électromagnétiques ont été suspectés dans la survenue de cancer du cerveau et de tumeurs du sein chez l'homme.
Seul un petit nombre de cancers et de localisations est reconnu comme maladies professionnelles indemnisables. (Cf. tableau donné ci-dessous)
CANCERS RECONNUS COMME MALADIES PROFESSIONNELLES INDEMNISABLES
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| 4 | 19 | Benzène | Leucémies Syndromes myéloprolifératifs |
| 6 | 20 | Radiations ionisantes | Leucémies Sarcomes osseux Bronches, poumons |
| 10 ter | Chromates | Bronches, poumons | |
| 15 ter | Amines aromatiques | Vessie | |
| 16 Bis | 35 Bis | Dérivés de la houille | Peau Bronches, poumons |
| 16 Bis | Dérivés de la houille | Vessie | |
| 20 | 10 | Arsenic | Peau Angiosarcome du foie |
| 20 Bis | 10 | Arsenic | Bronches, poumons |
| 30 Bis | 47 | Amiante | Plèvre, péritoine, péricarde Bronches, poumons |
| 36 Bis | 25 Bis | Dérivés du pétrole | Peau |
| 37 Ter | Nickel | Sinus de la face Bronches |
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| 44 Bis | Oxyde de fer | Bronches, poumons | |
| 47 | 36 | Bois | Ethmoïde, sinus de la face |
| 52 | Chlorure de vinyle | Angiosarcome du foie | |
| 81 | Bis-ChloroMéthyl-Ether | Bronches | |
| 85 | Produits nitrosés | Glioblastome |
- Le risque de cancer résultant d'expositions professionnelles reste particulièrement préoccupant selon le rapport de l'Organisation mondiale de la santé d'avril 1995, qui recense près de 350 facteurs cancérogènes.
- Le décret du 4 janvier 1995 (article 7) a étendu le champ d'application de la surveillance à tous les agents cancérogènes figurant dans les tableaux de maladies professionnelles visées à l'article L 461-2 du Code de la Sécurité Sociale.
- L'arrêté du 14 avril 1995 (J.O. du 29) porte création du Conseil National du Cancer. Ce conseil doit coordonner les actions de prévention, de dépistage, de soins et de recherche en la matière.
- L'employeur est tenu de réduire l'utilisation d'un agent cancérogène et d'évaluer périodiquement les niveaux d'exposition collectifs et individuels pour les salariés exerçant une activité les exposant à un risque chimique. Les moyens de protection collective sont vérifiés régulièrement. Les mesures vérifiant le respect des valeurs limites indicatives ou réglementaires doivent être effectuées par des organismes agréés.
- Le médecin du travail a également une action de toxicovigilance en déclarant systématiquement les maladies à caractère professionnel. Il peut participer à des travaux de recherche.
- Les visites périodiques peuvent être demandées par le salarié ou par l'employeur. En cas d'anomalie, tout le personnel concerné doit bénéficier d'un examen médical.
- Le dossier médical doit stipuler la nature du travail effectué, la durée des périodes d'exposition et les résultats des examens médicaux. Ces informations seront retranscrites dans l'attestation d'exposition (voir plus bas : suivi post-professionnel).
- Conservation du dossier médical 40 ans après la cessation de l'exposition.
Pour chaque agent ou procédé faisant l'objet de tableaux de maladies professionnelles, un examen médical clinique est pris en charge tous les 2 ans, ainsi que des examens médicaux effectués conformément aux spécifications du tableau suivant.
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AGENT
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N° tableau
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EXAMENS À PRATIQUER
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| AMIANTE | 30 Bis | Radio thoracique + (EFR éventuellement) |
| AMINES AROMATIQUES | 15 | Recherche hématurie + cytologie urinaire |
| ARSENIC et DÉRIVÉS | 20 bis | Si exposition à des composés minéraux
=> consultation dermatologique + échographie abdominale Si exposition à des poussières ou vapeurs => Radio Pulmonaire |
| BENZÈNE | 4 | NFS + plaquettes |
| BIS CHLORO MÉTHYL ÉTHER | 81 | Radio pulmonaire |
| CHLORURE DE VINYLE MONOMÈRE | 52 | Transaminases + échographie abdominale |
| CHROME | 10 ter | Examen radiologique pulmonaire |
| HUILES MINÉRALES DÉRIVÉES DU PÉTROLE | 36 bis | Consultation dermatologique. |
| OXYDE DE FER dans les mines | 44 bis | Radiographie pulmonaire |
| NICKEL | 37 ter | Examen ORL + Radio pulmonaire et des sinus ( + scanner) |
| NITROSOGUANIDINES | 85 | Consultation de neurologie |
| POUSSIÈRES DE BOIS | 47 | Examen ORL + Radio pulmonaire et des sinus ( + scanner) |
| RAYONNEMENTS IONISANTS | 6 | Examen hématologique et/ou Radio pulmonaire (si inhalation de radon notamment) et/ou radiographies osseuses |