Charge mentale

Institut Universitaire de Médecine du Travail de Rennes
2, avenue du Pr. Léon Bernard, CS 34317, 35043 Rennes Cedex

mis à jour le 11 octobre 1999


1 Mesure de la charge mentale
1.1 Pathologie engendrée
1.2 Méthodes d'évaluation de la charge mentale
2 Théorie de l'intelligence
2.1 Les structures de l'intelligence
2.2  Les exigences de la tâche
3 Indices de la charge mentale
3.1 La contrainte de temps
3.2 La complexité et la vitesse
3.3 L'attention
3.4 La minutie


1 Mesure de la charge mentale

1.1 Pathologie engendrée

1.1.1 Troubles sensoriels

Ils sont essentiellement visuels dans la mesure où le canal visuel est la principale voie de recueil des informations à traiter. Les manifestations de fatigue visuelle peuvent être objectivées par l'interrogatoire et par la mesure du punctum proximum.

1.1.2 Troubles posturaux

Les situations dans lesquelles la charge mentale est importante ou prolongée entraînent le maintien des postures d'autant plus rigides que la charge est intense. Ces postures sont responsables de douleurs musculo-ligamentaires qu'il faut rechercher.

1.1.3 La fatigue

- Formes de fatigue

On peut distinguer plusieurs formes de fatigue :

- Niveaux de fatigue

Il est pratiquement impossible de distinguer la fatigue physique de la fatigue cérébrale.

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1.2 Méthodes d'évaluation de la charge mentale

Un indicateur "idéal" doit être validé, (c'est-à-dire variable avec la charge mentale), spécifique, (ne pas être sensible à d'autres sources de variations que la charge mentale), et acceptable, (il faut que la mesure soit acceptée par le salarié).

1.2.1 Indices physiologiques

Les perturbations de l'EEG, en particulier du rythme alpha (qui n'apparaît normalement que lors du premier sommeil), semblent être un indicateur correct mais ne peut être interprété que par des équipes spécialisées.

La fréquence cardiaque moyenne est un très mauvais indice de charge mentale.

La mesure des potentiels évoqués, visuels ou auditifs, paraît être bien relié avec le niveau d'attention du sujet et indirectement avec le niveau de charge mentale mais reste pour le moment du domaine expérimental.

Les catécholamines urinaires présentent un intérêt réel en tant qu'indicateur de stress. Cependant :

1.2.2 Indices psychologiques

Analyse des réponses d'un opérateur au cours d'un travail : Méthode de la double tâche basée sur la théorie du canal unique. Cette théorie est basée sur deux postulats : Lorsqu'il y a surcharge du système nerveux central, il y a détérioration de la tâche qui est signe de saturation. La méthode de la double tâche est d'associer à la tâche principale, effectuée en priorité, une deuxième tâche simple permettant de mesurer indirectement quelle est, par unité de temps, la fraction de capacité mentale qui est inemployée par la tâche principale. Plus la difficulté ou la rapidité de la tâche principale augmente, plus les performances de la deuxième tâche sont faibles. Lorsque la quantité des informations à l'entrée du canal est supérieure à la capacité du canal, une partie de cette information échappe à l'attention et conduit à des erreurs.

La fatigue peut provenir non seulement d'une trop grande quantité de signaux ou d'informations à traiter par le cerveau, mais également d'une trop faible quantité ou d'une trop faible variété d'informations. Le travailleur doit alors faire un effort pour maintenir un bon niveau de vigilance. Par ailleurs, la non-utilisation de certaines fonctions cérébrales entraîne une régression de celles-ci et par conséquent un appauvrissement de l'intelligence.

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2 Théorie de l'intelligence

2.1  Les structures de l'intelligence

Selon J. Piaget, on distingue 4 niveaux dans la formation des structures mentales.

 2.1.1 Structures concrètes

Structures sensori-motrices
Elles utilisent uniquement l'activité perceptive et motrice. L'intelligence sensori-motrice vise au succès de l'action et non à la connaissance en tant que telle.

Structures symboliques et intuitives
Elles permettent la représentation du réel par l'intermédiaire de signifiants distincts des choses signifiées. C'est avant tout une action exécutée en pensée sur des objets symboliques mais il y a toujours un rapport immédiat entre le schéma d'action intériorisé et la perception des objets.

Structures logico-arithmétiques
Elles rendent possible l'intervention simultanée et non plus successive, des mouvements, des transformations. Elles sont capables d'établir un ordre temporel, de constituer des opérations qualitatives susceptibles de structurer l'espace. Mais ces opérations restent concrètes, liées à l'action et à la réalité.

2.1.2 Structures formelles ou hypothético-déductives ou pensée abstraite

Elles rendent possible le maniement des concepts, l'établissement des raisonnements abstraits, sans s'appuyer sur l'action directe ou sur le réel. Ainsi le sujet est capable de se décentrer non seulement par rapport à la perception mais aussi par rapport à l'action.

2.2 Les exigences de la tâche

Selon les types de tâches, les structures mentales sollicitées de façon privilégiée sont plus ou moins élémentaires.

Dans la plupart des travaux industriels, simples et répétitifs, il est fait appel de façon prépondérante à l'intelligence concrète. Le travail répétitif et parcellaire qui ne propose au travailleur que peu d'informations, toujours identiques, limite rapidement la fonction de conceptualisation. De ce fait, toutes les fluctuations imprévues auxquelles le travailleur doit faire face, dans un temps le plus souvent limité, constituent des facteurs aggravants de la charge mentale.

Le raisonnement est la combinaison d'expériences antérieures en vue de résoudre un problème nouveau. Seule l'expérience active et vécue est vraiment enrichissante et le raisonnement pourra être d'autant plus riche que les expériences antérieures ont été plus nombreuses et plus variées. Lorsque le sujet n'a à faire qu'à des situations connues auxquelles il peut répondre de façon habituelle et automatique, il n'a pas l'occasion de mettre en jeu son raisonnement ; et ses capacités ne pourront se développer, si on admet que l'expérience accroît la capacité et la plasticité du cerveau.

De ce fait, l'intelligence peut être comprise comme la capacité de s'adapter au milieu ce qui met en valeur l'importance de l'apprentissage. L'analyse du travail démontre souvent qu'un facteur important de la charge de travail réside dans l'absence ou l'insuffisance de l'apprentissage.

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3 Indices de la charge mentale

Il n'est pas possible de proposer des critères qui soient valables à la fois pour des tâches complexes où le travailleur peut utiliser les structures de la pensée logique, et pour des tâches peu complexes où il n'y a pas de sollicitation de ces structures supérieures de la pensée et où on peut donc considérer que l'activité mentale n'a que des aspects négatifs pour le travailleur. Les critères retenus ne sont valables que pour les travaux non ou peu complexes et peuvent être considérés comme des éléments reflétant un aspect péjoratif de l'activité mentale.

3.1 La contrainte de temps

Pour les travaux répétitifs, la contrainte de temps résulte le plus souvent de la nécessité pour le travailleur de suivre une cadence qui lui est imposée, les incitations et les contraintes étant pour cela plus ou moins fortes.

Pour les travaux non répétitifs, cette contrainte peut résulter de l'exigence de tenir un certain rendement ou de l'impossibilité d'arrêter la machine en cas d'incidents par exemple.

Les critères utilisés pour caractériser la contrainte de temps sont :

Ainsi à un certain niveau de "pression de temps", le travailleur sera contraint de supprimer certaines informations.

3.2  La complexité et la vitesse

Ces deux facteurs sont reliés pour évaluer le niveau de charge mentale. Il y a deux facteurs de complexité : Ainsi, selon les postes de travail, la charge peut provenir : C'est la fréquence et la durée de telles périodes qui va caractériser la difficulté d'un travail du point de vue de l'activité mentale de l'opérateur. Ainsi le plus petit événement survenant est susceptible de provoquer une "rupture" et d'autre part le fait d'être contraint de fonctionner à un niveau d'activité mentale pendant 8 heures de travail peut entraîner des perturbations de la vie hors travail.

3.3 L'attention

Elle peut être caractérisée par l'effort nécessaire pour canaliser son état de conscience. Cet effort peut être caractérisé par les critères suivants : En plus pour les travaux non répétitifs :

3.4 La minutie

Elle est en fait une forme particulière de l'attention que l'on rencontre dans les tâches où le travailleur doit manipuler des objets très petits ou observer des détails très fins, ce qui demande une mobilisation intense de la conscience.


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