1 Mesure de la charge mentale
1.1 Pathologie engendrée
1.1.1 Troubles sensoriels
Ils sont essentiellement visuels dans la mesure où
le canal visuel est la principale voie de recueil des informations à
traiter. Les manifestations de fatigue visuelle peuvent être objectivées
par l'interrogatoire et par la mesure du punctum proximum.
1.1.2 Troubles posturaux
Les situations dans lesquelles la charge mentale est
importante ou prolongée entraînent le maintien des postures d'autant
plus rigides que la charge est intense. Ces postures sont responsables de douleurs
musculo-ligamentaires qu'il faut rechercher.
1.1.3 La fatigue
- Formes de fatigue
On peut distinguer plusieurs formes de fatigue :
- la fatigue musculaire n'a pas seulement
un effet sur le muscle en cause, mais elle peut entraîner à
la longue une intoxication générale par libération
dans l'organisme de substances toxiques tel l'acide lactique.
- la fatigue nerveuse se manifeste au
niveau des centres nerveux et du cerveau. Cette fatigue peut être
provoquée soit par une astreinte musculaire, soit par une sollicitation
des organes sensoriels, laquelle peut être due soit à l'environnement,
soit à une trop grande stimulation.
- Niveaux de fatigue
- La fatigue normale ou physiologique
entraîne une détérioration passagère d'une partie
de l'organisme entièrement réversible par le repos. Cette
fatigue est un signal d'alarme pour l'individu qui perçoit ainsi
ses limites et aboutit à la mise en route d'une fonction protectrice
autorégulatrice : l'arrêt de l'activité musculaire.
Le repos du cerveau par l'abandon de son rôle de commande de la pensée
et du comportement conscient et volontaire, le sujet tombe dans la rêverie
puis dans la somnolence.
- La fatigue chronique survient si on
maintient une activité malgré ses signaux. L'activité
ne peut être maintenue qu'au prix d'un effort accru de volonté.
- La fatigue pathologique ou surmenage
correspond à un dérèglement des fonctions régulatrices
et intégratrices de la région hypothalamique ce qui provoque
de graves perturbations organiques, psychiques ou psychosomatiques : asthénie
physique et mentale, modifications de l'humeur et du caractère, troubles
du sommeil, malaises organiques·
Il est pratiquement impossible de distinguer la fatigue physique de la fatigue
cérébrale.
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1.2 Méthodes d'évaluation
de la charge mentale
Un indicateur "idéal" doit être validé,
(c'est-à-dire variable avec la charge mentale), spécifique, (ne
pas être sensible à d'autres sources de variations que la charge
mentale), et acceptable, (il faut que la mesure soit acceptée par le
salarié).
1.2.1 Indices physiologiques
Les perturbations de l'EEG, en particulier du rythme
alpha (qui n'apparaît normalement que lors du premier sommeil), semblent
être un indicateur correct mais ne peut être interprété
que par des équipes spécialisées.
La fréquence cardiaque moyenne est un très
mauvais indice de charge mentale.
La mesure des potentiels évoqués,
visuels ou auditifs, paraît être bien relié avec le niveau
d'attention du sujet et indirectement avec le niveau de charge mentale mais
reste pour le moment du domaine expérimental.
Les catécholamines urinaires présentent
un intérêt réel en tant qu'indicateur de stress. Cependant
:
- la mesure ne fournit pas d'information sur
le(s) facteur(s) de stress,
- une élévation de l'adrénaline
urinaire peut provenir soit d'une surcharge de travail, soit d'une sous-charge
de travail, l'individu luttant contre une stimulation insuffisante pour
maintenir un niveau de vigilance minimal.
1.2.2 Indices psychologiques
Analyse des réponses d'un opérateur
au cours d'un travail :
- qualité et quantité des réponses
données,
- nombre des erreurs ou des omissions dans diverses
situations
Méthode de la double tâche basée
sur la théorie du canal unique. Cette théorie est basée
sur deux postulats :
- le système nerveux central fonctionne
comme un canal unique par lequel passent tous les divers types d'activité
cérébrale : identification, mémorisation, décision,
action ;
- la capacité de ce canal est limitée.
Il n'est pas possible d'effectuer plusieurs choix conscients simultanément
et le nombre maximum de choix conscients que le cerveau humain est capable
d'effectuer par minute est limité.
Lorsqu'il y a surcharge du système nerveux central,
il y a détérioration de la tâche qui est signe de saturation.
La méthode de la double tâche est d'associer à la tâche
principale, effectuée en priorité, une deuxième tâche
simple permettant de mesurer indirectement quelle est, par unité de temps,
la fraction de capacité mentale qui est inemployée par la tâche
principale. Plus la difficulté ou la rapidité de la tâche
principale augmente, plus les performances de la deuxième tâche
sont faibles. Lorsque la quantité des informations à l'entrée
du canal est supérieure à la capacité du canal, une partie
de cette information échappe à l'attention et conduit à
des erreurs.
La fatigue peut provenir non seulement d'une trop grande
quantité de signaux ou d'informations à traiter par le cerveau,
mais également d'une trop faible quantité ou d'une trop faible
variété d'informations. Le travailleur doit alors faire un effort
pour maintenir un bon niveau de vigilance. Par ailleurs, la non-utilisation
de certaines fonctions cérébrales entraîne une régression
de celles-ci et par conséquent un appauvrissement de l'intelligence.
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2 Théorie de l'intelligence
2.1 Les structures
de l'intelligence
Selon J. Piaget, on distingue 4 niveaux dans la formation
des structures mentales.
2.1.1 Structures concrètes
Structures sensori-motrices
Elles utilisent uniquement l'activité perceptive et motrice. L'intelligence
sensori-motrice vise au succès de l'action et non à la connaissance
en tant que telle.
Structures symboliques et intuitives
Elles permettent la représentation du réel par l'intermédiaire
de signifiants distincts des choses signifiées. C'est avant tout une
action exécutée en pensée sur des objets symboliques
mais il y a toujours un rapport immédiat entre le schéma d'action
intériorisé et la perception des objets.
Structures logico-arithmétiques
Elles rendent possible l'intervention simultanée et non plus successive,
des mouvements, des transformations. Elles sont capables d'établir
un ordre temporel, de constituer des opérations qualitatives susceptibles
de structurer l'espace. Mais ces opérations restent concrètes,
liées à l'action et à la réalité.
2.1.2 Structures formelles ou hypothético-déductives
ou pensée abstraite
Elles rendent possible le maniement des concepts, l'établissement
des raisonnements abstraits, sans s'appuyer sur l'action directe ou sur le réel.
Ainsi le sujet est capable de se décentrer non seulement par rapport
à la perception mais aussi par rapport à l'action.
2.2 Les exigences de la tâche
Selon les types de tâches, les structures mentales
sollicitées de façon privilégiée sont plus ou moins
élémentaires.
Dans la plupart des travaux industriels, simples
et répétitifs, il est fait appel de façon prépondérante
à l'intelligence concrète. Le travail répétitif
et parcellaire qui ne propose au travailleur que peu d'informations, toujours
identiques, limite rapidement la fonction de conceptualisation. De ce fait,
toutes les fluctuations imprévues auxquelles le travailleur doit faire
face, dans un temps le plus souvent limité, constituent des facteurs
aggravants de la charge mentale.
Le raisonnement est la combinaison d'expériences
antérieures en vue de résoudre un problème nouveau. Seule
l'expérience active et vécue est vraiment enrichissante et le
raisonnement pourra être d'autant plus riche que les expériences
antérieures ont été plus nombreuses et plus variées.
Lorsque le sujet n'a à faire qu'à des situations connues auxquelles
il peut répondre de façon habituelle et automatique, il n'a
pas l'occasion de mettre en jeu son raisonnement ; et ses capacités
ne pourront se développer, si on admet que l'expérience accroît
la capacité et la plasticité du cerveau.
De ce fait, l'intelligence peut être comprise comme
la capacité de s'adapter au milieu ce qui met en valeur l'importance
de l'apprentissage. L'analyse du travail démontre souvent qu'un facteur
important de la charge de travail réside dans l'absence ou l'insuffisance
de l'apprentissage.
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3 Indices de la charge mentale
Il n'est pas possible de proposer des critères
qui soient valables à la fois pour des tâches complexes où
le travailleur peut utiliser les structures de la pensée logique, et
pour des tâches peu complexes où il n'y a pas de sollicitation
de ces structures supérieures de la pensée et où on peut
donc considérer que l'activité mentale n'a que des aspects négatifs
pour le travailleur. Les critères retenus ne sont valables que pour les
travaux non ou peu complexes et peuvent être considérés
comme des éléments reflétant un aspect péjoratif
de l'activité mentale.
3.1 La contrainte de temps
Pour les travaux répétitifs, la contrainte
de temps résulte le plus souvent de la nécessité pour le
travailleur de suivre une cadence qui lui est imposée, les incitations
et les contraintes étant pour cela plus ou moins fortes.
Pour les travaux non répétitifs, cette
contrainte peut résulter de l'exigence de tenir un certain rendement
ou de l'impossibilité d'arrêter la machine en cas d'incidents
par exemple.
Les critères utilisés pour caractériser
la contrainte de temps sont :
- le mode de rémunération,
- le temps de montée en cadence, plus
celui-ci est long plus la contrainte et l'effort sont importants,
- le fait de travailler sur une chaîne
ou non. Le travail à la chaîne est un facteur de dépendance
important pour le travailleur. Il faut savoir comment le retard pris doit
être rattrapé : pendant le cours normal de la chaîne
(accélération de la cadence) ou sur les temps de pause (diminution
de celui-ci et accroissement de la charge),
- l'existence de pauses,
- le fait d'avoir
la possibilité, si besoin est, d'arrêter la chaîne ou
la machine,
- la possibilité
de s'absenter en dehors des pauses et de devoir ou non se faire remplacer.
Ainsi à un certain niveau de "pression de temps",
le travailleur sera contraint de supprimer certaines informations.
3.2 La complexité
et la vitesse
Ces deux facteurs sont reliés pour évaluer
le niveau de charge mentale. Il y a deux facteurs de complexité :
- un concernant le nombre de choix routiniers
à effectuer. Au cours de l'apprentissage, le programme est enregistré
dans la mémoire et son déroulement donne naissance ensuite
à des choix routiniers puisque les opérations se succèdent
toujours dans le même ordre. Bien que routiniers ces choix supposent
un effort de mémorisation d'autant plus grand que les opérations
sont nombreuses et différentes.
- un autre concerne
les choix conscients à effectuer avant de déclencher le programme
correspondant.
Ainsi, selon les postes de travail, la charge peut
provenir :
- de la rapidité d'exécution des
opérations,
- de l'effort de mémorisation,
- des choix conscients à effectuer.
C'est la fréquence et la durée de telles
périodes qui va caractériser la difficulté d'un travail
du point de vue de l'activité mentale de l'opérateur. Ainsi le
plus petit événement survenant est susceptible de provoquer une
"rupture" et d'autre part le fait d'être contraint de fonctionner à
un niveau d'activité mentale pendant 8 heures de travail peut entraîner
des perturbations de la vie hors travail.
3.3 L'attention
Elle peut être caractérisée par
l'effort nécessaire pour canaliser son état de conscience. Cet
effort peut être caractérisé par les critères suivants
:
- le niveau d'attention perceptive,
- la durée
pendant laquelle l'attention est requise,
- la possibilité
de quitter des yeux son travail,
- la possibilité de parler pendant son
travail, ces deux indicateurs étant des indicateurs de faible niveau
d'attention ou d'une attention qui n'est pas soutenue en permanence,
- les risques d'accidents corporels,
- les risques de détériorations
du produit ou du matériels. Ces risques étant des facteurs
anxiogènes.
En plus pour les travaux non répétitifs :
- le nombre de machines à surveiller,
- le nombre moyen de signaux par machine et
par heure,
- la durée des interventions par heure,
- le nombre d'interventions différentes
à effectuer.
3.4 La minutie
Elle est en fait une forme particulière de
l'attention que l'on rencontre dans les tâches où le travailleur
doit manipuler des objets très petits ou observer des détails
très fins, ce qui demande une mobilisation intense de la conscience.
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