1 Définition
Les dermatoses professionnelles sont des affections
cutanées dont l'apparition ou le développement est lié
au travail professionnel.
Ces affections supposent un double diagnostic : celui de
la nature de la lésion cutanée et celui de la relation avec
le travail du sujet. Elles posent un problème de stress lié
à la répétition des poussées et une grande inquiétude
pour l'avenir : le maintien au même emploi sera-t-il possible et durable
?
2 Fréquence
La fréquence des dermatoses est élevée,
de l'ordre de 55 à 80 % des affections professionnelles. Les dermatoses
professionnelles représentent environ 10 % de la pathologie cutanée
générale.
Ces dermatoses affecteraient plus de 1 % de la masse des
travailleurs et représentent autour de 10 % des maladies professionnelles
indemnisées dans le Régime Général de Sécurité
Sociale.
3 Examen d'un sujet atteint
d'une dermatose professionnelle
3.1 Le diagnostic dermatologique
Il doit être posé en fonction de l'aspect
et de la localisation des lésions.
3.2 L'interrogatoire
Il porte sur :
- les antécédents atopiques familiaux
et personnels,
- l'ancienneté de l'affection,
- l'évolution dans le temps : nombre
de poussées, périodicité par rapport au travail et
au repos.
Il comporte un inventaire des risques liés aux
conditions de travail :
- risques infectieux,
- exposition à des agents physiques traumatisants,
- manipulation de produits chimiques.
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3.3 Les examens complémentaires
praticables
- Prélèvements bactériens et
mycologiques, analyse sanguine.
- Pratique des tests :
- intradermiques : microbiens, mycosiques, exploration
d'une urticaire (Prick-test)
- épicutanés : ces tests sont
pratiqués avec les produits manipulés, dans les conditions
de leur manipulation.
Trois types de réponse sont possibles :
- test négatif : le produit testé
ne joue vraisemblablement pas de rôle dans la dermatose,
- réponse caustique : le produit
testé est sûrement en cause, au moins par son agressivité
sur l'épiderme,
- réponse
allergique. Si on veut préciser le seuil de réactivité,
on complétera en diluant le produit de façon croissante.
Certains tests pour allergènes sont fabriqués
industriellement.
3.4 Analyses techniques sur
les lieux de travail
Elles sont effectuées le plus souvent par le
médecin du travail lors de son tiers temps :
- prélèvements bactériens,
parasitologiques ou mycologiques,
- mesures physiques,
- études des produits chimiques : étiquetage,
fiches de données de sécurité, composition...
3.5 Surveillance de l'évolution
- La suppression des causes doit entraîner la
disparition de la dermatose sous réserve d'éviter les erreurs
thérapeutiques et les erreurs de prévention.
- La cause de la dermatose professionnelle peut
être retrouvée en dehors du travail et être responsable
d'une persistance des lésions.
- L'absence de guérison est souvent due à l'insuffisance
d'éducation sanitaire du patient ou à l'impossibilité
matérielle d'éviter les contacts avec l'allergène ou
les lésions mécaniques de la peau (abrasion, microtraumatismes,
coupures, ...).
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4 Classification des dermatoses
professionnelles
Le concept de Sézary opposait deux types de
dermatoses :
- les dermatoses
orthoergiques, observées de façon identique chez tous les
sujets exposés dans les mêmes conditions aux mêmes agents,
- les dermatoses allergiques, dépendant
d'une réaction individuelle.
Le concept de dermatose orthoergique est actuellement
abandonné en raison des multiples variations individuelles observées
pour des agressions professionnelles apparemment identiques.
Actuellement, on classe les dermatoses selon les
facteurs étiologiques :
- dermatoses infectieuses dues à des agents bactériens, viraux,
mycosiques ou parasitaires (intertrigo, onyxis, folliculites suppuratives,
herpes circiné·)
- dermatoses dues à des agents physiques (vibrations, UV, rayonnements
ionisants, traumatismes répétés,...)
- dermatoses dues à des agents chimiques (brûlures, dermites
d'irritation, dermites d'usure, pigeonneaux·).
5 Exemple de dermatoses professionnelles
allergiques
5.1 Chez les coiffeurs
L'application quotidienne et répétée,
sans gants, de teintures, permanentes et shampooings, est à l'origine
de dermatoses professionnelles graves conduisant à de nombreux abandons
du métier.
5.1.1 Les produits responsables sont les suivants
:
- shampooings : agents nettoyants tensioactifs + adjuvants
provoquant des dermites d'irritation des espaces interdigitaux, surtout chez
les apprentis qui font la plupart des shampooings.
- décoloration capillaire : persulfates alcalins
entraînant des eczémas de contact mais aussi des troubles respiratoires
(rhinite, asthme) quand ils sont inhalés sous forme de poudre.
- permanentes : solution réductrice qui rompt
les ponts disulfures de la kératine. Le cheveu est alors mis en forme,
rincé et les ponts sont reconstitués par application d'une solution
oxydante.
On observe des irritations cutanées surtout sur la partie distale des
doigts (index, majeur).
- nickel : l'utilisation trop fréquente d'objets métalliques
(ciseaux, rasoirs) dont les manches et poignées ne sont pas enrobés
de plastique, déclenche des allergies à ce métal. De
plus, les liquides de permanentes favorisent le passage du nickel sous l'épiderme
et donc les allergies.
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5.1.2 Conduite à tenir
Elle nécessite de :
- Reconnaître le type de dermatose :
- irritation
: lésions érythémateuses, sèches, rugueuses
et fissuraires, sur les faces dorsales et palmaires des mains et surtout
sur la pulpe des doigts.
- eczéma : érythème, vésicules,
suintement, croûtes précédées d'un prurit, surtout
sur la face dorsale des mains.
Les deux lésions coexistent souvent. Les surinfections sont rares.
- Établir le lien avec l'activité professionnelle
:
- absence d'antécédent dermatologique
avant l'apprentissage,
- apparition des lésions au cours du
travail,
- amélioration pendant les périodes
de repos,
- réapparition à la reprise du
travail.
- Déterminer les produits responsables par :
- l'interrogatoire,
- l'aspect clinique,
- les patchs-tests cutanés (de la responsabilité
du spécialiste, effectués avec de faibles concentrations de
produits suspects).
5.1.3 L'évolution
Les dermites d'irritation touchent surtout les apprentis
et diminuent après leurs années de formation (moindre nombre de
shampooings). Malheureusement, l'eczéma allergique de contact tend à
s'aggraver et nécessite souvent le changement de profession.
5.1.4 La prévention
- médicale : doit débuter dès
l'apprentissage théorique par :
- l'information et la formation aux risques
professionnels,
- l'enseignement des " bonnes pratiques " :
ne pas se laver les mains avec le shampooing par exemple, mais avec un savon
doux,
- le port de gants de protection pour les activités
de nettoyage et les shampooings (mais les clientes n'aiment pas beaucoup
et donc les employeurs n'y sont pas favorables). (Veiller à leur
propreté intérieure des gants),
- crèmes protectrices avant le travail
et régénératrices après celui-ci.
- technique
- Préférer des produits moins
allergisants,
- Permettre une hygiène de travail correcte
lors de la conception des instruments, mise à disposition de serviettes
en papier que l'on tamponne sur les mains pour les sécher (ne pas
frotter, car cela irrite rapidement l'épiderme),
- varier les activités afin de ne pas
cantonner les agents à une spécialité (coupe, permanente,
coloration ·).
5.1.5 Prise en charge au titre des maladies professionnelles : tableaux
15 et 65
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5.2 Chez les maçons
(coffreurs)
Les utilisateurs de ciment (maçons, coffreurs,
utilisateurs de vibreuses à béton, ouvriers du gros þuvre et second
þuvre dont les électriciens et les plombiers-chauffagistes) représentent
un groupe professionnel pour lequel on déplore de nombreux problèmes
dermatologiques.
5.2.1 Le matériel utilisé :
Le ciment, mélange de pierre, mortier et chaux,
réalise un liant hydraulique sous forme de poudre fine.
Les ciments sont naturels ou artificiels et contiennent en quantité variable
3 types d'allergènes principaux :
- chrome (bichromate de potassium),
- nickel,
- cobalt.
5.2.2 Les dermatoses observées sont les
suivantes :
- brûlures caustiques à type d'ulcérations
arrondies de la pulpe des doigts lors de la manipulation des ciments à
prise rapide (10 secondes de séchage). L'alcalinité des ciments
à prise accélérée (pH 11-13) se révèle
lors de l'humidification soit par addition d'eau, soit au contact d'une peau
humide.
- dermites d'usure ou d'irritation dues à
l'association des traumatismes physiques (manipulation de parpaings, effets
du froid, sudation sous les gants) et des agressions chimiques (alcalinité
du ciment, utilisation de détergents, huiles de décoffrage·).
- dermite d'usure : il s'agit d'une dermite
sèche avec un aspect luisant des téguments et apparition de
quelques fissures.
- dermite d'irritation : elle comporte en plus
une participation dermique avec érythème, þdème, suintement
pouvant ressembler à un eczéma de contact allergique.
- dyshidroses : elles se caractérisent par des
vésicules interdigitales.
- d'origine infectieuse (mycosiques, bactériennes),
- dues à la transpiration sous les gants
en caoutchouc,
- professionnelles secondairement apparues et
liées à une allergie au chrome par exemple.
- mycoses des orteils réalisant des intertrigos
ou "pieds d'athlètes" par macération dans les bottes en caoutchouc.
- dermatoses allergiques par sensibilisation au
chrome (chromate hexavalent ou trivalent). Elles apparaissent tardivement
et sont les plus préoccupantes. Ces lésions érythémato-þdémato-vésiculeuses
atteignent souvent l'avant-bras, prennent un caractère érythémateux
étendu et récidivent à la moindre exposition au ciment.
- élaïoconiose ou eczéma par
utilisation d'huiles usagées de décoffrage ou de démoulage.
Ces dermites sont aéroportées si ces huiles sont pulvérisées.
5.2.3 L'évolution :
Le reclassement est difficile en cas de dermites des
cimentiers car le salarié est déjà âgé et
présente dans 10-15 % des cas une dermite résiduelle après
l'arrêt du contact avec le ciment.
5.2.4 La prévention
- Les dermites d'irritation sont plus faciles à
prévenir que les dermites allergiques.
- Il faut éviter la macération
sous les gants et les bottes en les entretenant et en les portant de façon
limitée dans le temps.
- Une éducation sanitaire constante et efficace
(hygiène cutanée au cours et après le travail) est indispensable.
- Les mesures de prévention à suivre
:
- éviter le contact avec le ciment
- ne pas s'agenouiller sur le ciment fraîchement
étalé ou le ciment liquide
- utiliser des gants, bottes et tabliers
- en cas de contact avec le ciment, laver immédiatement
au savon
- lire les étiquettes sur les sacs avertissant
du danger d'un contact prolongé avec le ciment et mettre le conseil
en application
5.2.5 La réparation : tableau 8 des MPI.
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