Les électrisations
Institut Universitaire de Médecine du Travail
de Rennes
2, avenue du Pr. Léon Bernard, CS 34317,
35043 Rennes Cedex
mis à jour le 28 Mai 2001
L'électrisation regroupe les manifestations
physiologiques et physiopathologiques dues au passage du courant dans l'organisme.
L'électrocution conduit au décès
de la victime. Elle est le plus souvent accidentelle, domestique ou professionnelle.
Elle peut être criminelle ou recherchée lors d'exécutions
capitales.
- Un centaine de décès
par an par électrocution en France.
- 30 % des décès sur les lieux de travail sont dus à une
électrocution.
- 5 % des décès par accident de travail peuvent être rattachés
à une électrocution.
- 40 % des victimes sont des jeunes hommes de 12 à 18 ans le plus souvent
en apprentissage.
1 Définitions
de quelques données physiques
1.1 La loi d'Ohm
Le passage du courant dans le corps
humain est régi par cette loi : U (Volt) = R (Ohm) x I (Ampère).
1.2 La résistance
électrique
C'est la résistance électrique
de l'organisme qui détermine le degré de sévérité
des lésions organiques. Plus elle est élevée, moins les
dégâts sont grands. C'est principalement la résistance du
revêtement épithélial qui entre en ligne de compte. Celle-ci
varie notablement en fonction de paramètres tels que son degré
d'humidité, sa nature muqueuse (plus conductrice que la peau), l'âge
de la personne (plus l'âge est grand, plus la résistance augmente)
La surface de contact et la pression
de contact avec le conducteur influent notablement sur la résistance
cutanée. Plus elles augmentent, plus la résistance diminue.
La durée de contact avec
le conducteur détermine la quantité de courant traversant l'organisme.
1.3 L'intensité
L'intensité joue un rôle
important dans la gravité des électrisations :
- 0,02 mA induisent une fibrillation ventriculaire (FV) s'ils sont appliqués
directement sur le myocarde;
- 0,36 mA représentent le seuil de perception cutané du courant.
- 16 mA induisent une tétanisation musculaire.
- 20 mA sont responsables d'une paralysie diaphragmatique et asphyxie mécanique.
- 80 mA induisent une fibrillation ventriculaire.
- 200 mA sont responsables d'une asystolie.
- 80 mA appliqués sur le thorax pendant une seconde peuvent entraîner
le décès.
1.4 La fréquence
La fréquence doit être prise en considération.
Le courant domestique est sinusoïdal de fréquence 50 Hz. La fréquence
maximale de survenue de troubles du rythme cardiaque se situe entre 40 et
150 Hz. Le courant alternatif est plus dangereux que le continu. Il induit
une dépolarisation de la membrane cellulaire responsable d'une libération
d'acétyl-choline synaptique. Il en résulte une tétanie
musculaire prédominant sur les fléchisseurs et responsable du
"Cannot let go" des Anglo-saxons (maintien de la préhension du conducteur
par la victime).
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2 Mécanismes
lésionnels de l'électrisation en général
Pour créer des lésions
tissulaires, le courant électrique ou flux d'électrons, doit pénétrer
dans l'organisme par un point d'entrée et en ressortir par un point de
sortie. La nature du sol et des chaussures de la victime est déterminante
: un sol humide et des semelles conductrices en cuir mouillé sont des
conditions favorables à l'électrisation.
Une simple élévation de
potentiel n'endommage pas l'organisme.
Il existe (surtout pour des hautes tensions)
un dégagement d'énergie sous forme de chaleur au point d'entrée.
Ce dégagement est responsable d'une thermocoagulation des tissus ou d'une
carbonisation à haute tension.
Après franchissement de la peau,
le courant électrique emprunte des voies conductrices riches en électrolytes
et en eau telles que les vaisseaux ou des troncs nerveux.
Le trajet le plus communément
décrit va de la main droite au pied gauche. Sa dangerosité vient
du fait que le cþur se trouve sur le trajet des électrons. Le courant
suit le trajet le plus court et présentant le moins de résistance
pour rejoindre la terre.
3 Electrisation
par courant domestique (110 ou 220 V)
La fibrillation ventriculaire est la
conséquence médicale la plus sérieuse à redouter.
Le seuil de fibrillation ventriculaire
est donné par la formule suivante : I = K / t
Où : I est l'intensité en Ampères
K est une constante variant en fonction de la fréquence (K =110 pour
50 Hz)
t est le temps de passage du courant.
D'autres troubles du rythme peuvent être
rencontrés : extrasystoles ventriculaires ou auriculaires, arythmie complète
par fibrillation auriculaire, flutter. Ils sont le plus souvent transitoires,
ne durent que quelques heures.
Des angors secondaires sont apparus chez
des sujets antérieurement sains (angina pectoris electrica)
Des signes électriques d'ischémie
myocardique sont observables dans les jours suivant l'électrisation.
Quelques rares infarctus du myocarde
ont été rapportés. Ils sont en règle générale
asymptomatiques et ne s'accompagnent pas d'élévation enzymatique
(spasme coronarien, ischémie myocardique diffuse).
Les brûlures sont rares, superficielles
et peu étendues. Il n'y a pas d'atteinte neuromusculaire.
Au cours d'une grossesse, le risque d'avortement
spontané est grand au premier trimestre. On rapporte des taux de mortalité
de 50 % au troisième trimestre (intérêt de la surveillance
des mouvements fþtaux).
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4 Électrisation par courant de haut
voltage
4.1 Brûlures
et nécroses tissulaires
Ce sont les lésions principales.
Trois mécanismes sont évoqués :
- L'arc électrique qui s'établit
entre l'individu et un conducteur à haute tension lorsque la couche
d'air isolante n'est plus assez épaisse. Il enflamme les vêtements
et calcine la peau en profondeur.
- Le passage du courant à haute tension
qui suit le trajet des nerfs et vaisseaux. Il est responsable de lésions
de nécrose musculaire avec afflux massif de sang dans la zone lésée
et extravasation plasmatique dans un premier temps, suivi d'hypo-perfusion
avec ischémie locale au bout de 8 heures et de chute du débit
cardiaque.
4.2 Atteintes
osseuses
- Nécrose périostée plus
ou moins destruction de la trame osseuse.
- Fractures pendant la tétanisation musculaire.
4.3 Atteintes
du système nerveux
- Système nerveux central : avec ramollissements
cérébraux de forme conique à base périphérique
en regard du point d'entrée céphalique du courant. Des thromboses
vasculaires avec présence de foyers nécrotiques cavitaires
ont été décrites. Le tableau clinique comporte un état
stuporeux accompagné quelquefois de crises comitiales et / ou de
coma.
- Système nerveux périphérique
: à type de polyradiculonévrites, paraplégie, myélite
transverse, paralysie spinale progressive, atteintes médullaires
par rupture du mur postérieur pendant la tétanisation musculaire.
4.4 Cataractes
4.5 Atteintes digestives
Atteintes digestives à type d'ulcères
de stress, d'apparition retardée, sur tout le tube digestif, pouvant
se compliquer de perforations. Possibles pancréatites, perforations nécrotiques
de la vésicule biliaire, nécrose de la paroi abdominale. Cytolyse
hépatique. Augmentation de la gastrinémie et risque d'ulcère.
4.6 Atteintes pulmonaires
Elles peuvent conduire au SDRA (syndrome
de détresse respiratoire aiguë).
4.7 Anomalies biologiques
Variations de l'insulinémie (augmentée
pour des brûlures de moyenne étendue et diminuée pour des
brûlures plus grandes).
Augmentation de la sécrétion des catécholamines.
Baisse transitoire de l'immunité pendant 5 jours, avec risque de complications
infectieuses.
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5 Prise en charge
et grandes lignes du traitement
5.1 Lors de la
découverte
Couper le courant électrique
avant tout contact avec la victime (électrisations en chaîne des
sauveteurs).
En cas d'arrêt cardio-respiratoire
pratique d'un ébranlement thoracique suivi, si besoin, d'un massage cardiaque
avec ventilation par bouche à bouche ou au masque.
5.2 Premiers secours
médicaux sur les lieux de l'accident (SAMU)
Intuber et ventiler en PEEP avec une
Fi O2 à 100 % si besoin.
En cas de fibrillation ventriculaire diagnostiquée au scope, pratiquer
un choc électrique externe de 2 à 4 joules par kilo chez l'adulte.
Alcaliniser par perfusion de NaHCO3 (400 à 600 mEq pendant 4 à
6 h).
Perfuser des macromolécules à la dose de 7 ml / kg / % de surface
brûlée.
Rééquilibration hydro-électrolytique luttant contre l'insuffisance
rénale de façon à maintenir une diurèse de 100 ml/h.
5.3 À l'hôpital
E.C.G., ionogramme, créatininémie,
transaminases, CPK, CPK-MB, Gaz du sang.
Sérothérapie antitétanique.
Héparinothérapie préventive (risque de C.I.V.D.) après
scanner cérébral.
Antibiothérapie dirigée contre les anaérobies (Pénicilline
G).
Traitement anti-acide digestif.
Insulinothérapie en fonction des glycémies.
Réaliser des aponévrotomies de décharge.
Soins infirmiers intensifs et surveillance.
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6 A propos de la
foudre (à titre indicatif)
Entre les cumulonimbus chargé
positivement à leur face inférieure et le champ électrique
terrestre de plusieurs centaines de volts par m2, il peut se produire
un arc électrique : un canal ionisé lie le sol au nuage et conduit
l'électricité. Les chiffres sont impressionnants : 200 000 Ampères,
30 000°c, plusieurs millions de Volts, mais un dixième
de seconde seulement. L'air, si violemment chauffé se détend brutalement,
c'est le tonnerre.
Ce phénomène naturel qui
fait peur aux hommes et aux animaux depuis la nuit des temps, se produit 2 000
000 de fois par an en France. Il est responsable de 20 à 40 morts d'hommes,
de la perte de 20 000 animaux domestiques, de la destruction de 50 000 compteurs
électriques, de 15 000 incendies.
On décrit des brûlures avec
traces en arborescence, en forme d'éclair, qui disparaîtront en
quelques jours, des brûlures profondes électrothermiques, des états
de mort apparente qu'il faudra, comme les précédentes, tenter
à tout prix de réanimer.
7 Prévention
Elle comporte des mesures simples mais
aussi des mesures technique parfois complexes ;
- Affichage de la réglementation sur la sécurité électrique,
éducation du public adulte et enfantin,
- formation professionnelle au geste prudent et formation à la sécurité
en milieu de travail, particulièrement dans les professions exposées
au courant électrique (monteurs EDF, artisans électriciens, divers
métiers du bâtiment, réparateurs d'appareils électroménagers,
etc)
- exiger des installations adaptées (nombre de prise suffisant, limiter
le nombre de raccords dont les fils traînent au sol, interdire les "bricolages
de fortune" réunissant de nombreux appareils à une même
source, ·)
- adapter l'appareillage au travail. Pour cela, on peut influer sur les divers
paramètres fondamentaux :
- Intensité : installer des disjoncteurs
différentiels à haute sensibilité
- Voltage : préférer les appareils
fonctionnant en très basse tension
- Résistance : respecter l'isolation
fondamentale de base
- Classe 0 :zones métalliques accessibles
et non reliées à la terre (à bannir)
Classe I : mise à la terre et disjoncteur différentiel
Classe II : deuxième barrière isolante
Classe III : appareils fonctionnant en 12 ou 14 volts (outils portatifs, de
plus en plus fréquents)
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