LÉGISLATION APPLICABLE AUX HANDICAPÉS

Institut Universitaire de Médecine du Travail de Rennes
mis à jour le 3 décembre 1997


1.- Mesures favorisant l'accès des personnes handicapées à une activité professionnelle
A).- Obligation d'emploi des personnes handicapées 
B).- Moyens de satisfaire à l'obligation d'emploi
C).- Interactions entre milieu ordinaire de production et milieu protégé
C1).- Atelier protégé et centre de distribution de travail à domicile
C2).- Centre d'aide par le travail (CAT)

2.- Organismes concourant à l'insertion professionnelle et au maintien dans l'emploi des personnes handicapées

A).- La COmmission Technique d'Orientation et de REclassement Professionnel.: COTOREP 
B).- Les Equipes de Préparation et de Suite du Reclassement : EPSR
 
C).- L'Agence Nationale Pour l'Emploi : ANPE
 
D).- L'Association de GEstion du Fonds pour l'Insertion des Personnes Handicapées : AGEFIPH 
E).- Les Groupements Interprofessionnels Régionaux pour la Promotion de l'Emploi des personnes  Handicapées : GIRPEH

3.- Rôles du médecin du travail et du médecin traitant 
A).- Handicap lors de la reprise de l'activité
B).- Intolérance à certaines conditions de travail
C).- Handicap à l'embauche



Tout médecin traitant a des handicapés dans sa clientèle. Ce problème concerne environ 1,5 millions de personnes en âge de travailler. La poitié travaille, un quart est apte mais sans emploi (400 000) personnes), un quart est considéré comme inapte au travail.

Voici deux définitions de la personne handicapée :
- Selon l'OMS (organisation mondiale de la santé) : "sujet dont l'intégrité physique ou mentale est passagérement ou définitivement diminuée soit congénitalement soit sous l'effet de l'âge, d'une maladie ou d'un accident, en sorte que son autonomie, son aptitude à fréquenter l'école ou à occuper un emploi s'en trouvent compromises."
- Selon le code du travail (loi du 30 juin 1975) : "est considéré comme travailleur handicapé (...)toute personne dont les possibilités d'obtenir ou de conserver un emploi sont effectivement réduites par suite d'une insuffisance ou d'une diminution de ses capacités physiques ou mentales.
La qualité de travailleur handicapé est reconnue par la commission technique d'orientation et de reclassement professionnel (COTOREP), prévue à l'art. L.323.11."


 

1.- MESURES FAVORISANT L'ACCÈS DES PERSONNES HANDICAPÉES À UNE ACTIVITÉ PROFESSIONNELLE

Ce sont les lois du 30 Juin 1975 et du 10 Juillet 1987 qui obligent l'employeur à occuper à temps plein ou à temps partiel des bénéficiaires de la loi dans une proportion de 6% de son effectif salarié. Sont concernées toutes les entreprises de plus de 20 salariés du secteur privé ou public. Pour les entreprises à établissements multiples, cette obligation s'applique établissement par établissement.

- les travailleurs reconnus handicapés par la COTOREP,
- les victimes d'accident du travail ou de maladie professionnelle ayant une IPP au moins égale à 10% et titulaires d'une rente au titre d'un régime de protection sociale obligatoire,
- les titulaires d'une pension d'invalidité à condition que cette incapacité réduise des 2/3 leur capacité de travail ou de gain,
- un certain nombre de victimes de faits de guerre et des membres de leur familles, etc.(article L 323-3 du code du travail).

retour

Mais deux possibilités peuvent être utilisées concurremment ou subsidiairement à l'emploi de bénéficiaires pour atteindre le niveau de l'obligation fixé par la loi :
ð conclusion de contrats de fournitures, de sous-traitance ou de prestations de service avec des établissements de travail protégé,
ð versement d'une contribution au Fonds de Développement pour l'Insertion Professionnelle des Handicapés. de branche ou un accord d'entreprise ou d'établissement relatif à l'emploi des travailleurs handicapés reconnus par la COTOREP. Ces organismes ne peuvent embaucher que des travailleurs dont la capacité de travail, appréciée par la COTOREP, est au moins égale à 1/3 de la capacité normale. Ces structures doivent en outre favoriser la promotion des travailleurs handicapés et leur accession à des emplois dans le milieu de travail ordinaire.
Ces établissements sont tenus d'assurer par leurs propres moyens l'équilibre financier de leur exploitation, c'est-à-dire qu'ils fonctionnent comme n'importe quelle entreprise soumise aux aléas du marché, soit en assurant leur propre production, soit en passant des contrats de sous-traitance. Ils peuvent cependant recevoir des subventions de fonctionnement.

Ils offrent "aux adolescents et aux adultes handicapés qui ne peuvent momentanément ou durablement travailler ni dans les entreprises ordinaires, ni dans un atelier protégé ou pour le compte d'un centre de distribution de travail à domicile, ni exercer une activité professionnelle indépendante, des possibilités d'activités diverses à caractère professionnel, un soutien médico-social et éducatif ainsi qu'un milieu de vie favorisant leur épanouissement personnel et leur intégration sociale."
Les bénéficiaires doivent être âgès d'au moins 20 ans et avoir une capacité de travail inférieure au 1/3 de la normale et néanmoins être reconnus aptes au travail.
Ces établissements relèvent du Code de la Famille et de l'Aide Sociale.

retour

2.- ORGANISMES CONCOURANT À L'INSERTION PROFESSIONNELLE ET AU MAINTIEN DANS L'EMPLOI DES PERSONNES HANDICAPÉES

C'est un organisme départemental qui a pour mission de favoriser la réinsertion socio-professionnelle des personnes handicapées. Il regroupe en un seul lieu les différents intervenants afin de :
 ð recevoir les demandes des personnes handicapées relatives à l'orientation professionnelle,
 ð apprécier le handicap d'une personne,
 ð proposer des solutions d'orientation,
 ð attribuer des aides financières.
Seule la COTOREP est habilitée à reconnaître la qualité de travailleur handicapé. Elle peut être saisie par le handicapé lui-même ou par toute autre personne qui en a la charge. Il faut avoir au moins 20 ans. Les décisions de la COTOREP doivent être motivées et sont révisées tous les 5 ou 10 ans.
La COTOREP est composée de 1 secrétaire et 2 sections : Elle se prononce sur la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (T.H.).
Elle juge le handicap par rapport à l'emploi et classe les T.H. en trois catégories :
 A :  handicap professionnel léger et temporaire,
 B : handicap professionnel modéré et durable,
 C : handicap professionnel grave et définitif.
Elle oriente les T.H. versle milieu ordinaire de travail, ou vers le milieu protégé, ou vers une formation professionnelle.
Elle attribue éventuellement une prime de reclassement professionnel.
Elle fixe le taux d'abattement de salaire du T.H. pouvant être opéré par l'employeur.
Elle détermine la subvention d'installation du T.H. s'orientant vers une profession indépendante.
Elle peut éventuellement prononcer une inaptitude au travail. Elle apprécie le taux d'invalidité.
Elle décide de l'attribution de la carte d'invalide.
Elle se prononce sur l'admission de la personne handicapée dans une structure spécialisée.
Elle détermine si la situation justifie l'attribution des allocations prévues (allocation adulte handicapé, allocation logement, allocation compensatrice).

En ce qui concerne l'intéressé, ni la reconnaissance de T.H., ni la catégorie définie ne peuvent être imposées, c'est-à-dire que la personne peut en faire usage ou non, s'en recommander ou la taire.
En ce qui concerne l'employeur, la COTOREP ne dispose pas de pouvoir pour faire appliquer les décisions de placement en milieu ordinaire. Donc le T.H. doit lui-même chercher un emploi comme n'importe quel autre travailleur.
En ce qui concerne les établissements spécialisés, les organismes de prise en charge financière des frais occasionnés par ces établissements et les organismes chargés du paiement des allocations, les décisions de la COTOREP s'imposent.

retour

Elles ont été créées en Décembre 1973. Ce sont des organismes à l'échelon départemental, publics ou privés.
Elles "apportent leur soutien aux personnes handicapées, à toutes les étapes du processus de leur réadaptation, en vue de faciliter, compte-tenu de leurs aspirations et de leurs aptitudes, leur accès à une vie professionnelle et sociale stable" ; l'objectif fixé étant d'assurer un emploi stable en milieu normal de travail.

Ces équipes ont une double mission :
ð En direction des handicapés :
    - aider les personnes handicapées à surmonter les difficultés personnelles et sociales susceptibles de faire obstacle à leur réadaptation,
    - donner en permanence à ces personnes toute information utile à leur reclassement et à les suivre dans leurs démarches.
ð En direction des employeurs :
    - rechercher les institutions spécialisées et les entreprises susceptibles de donner aux handicapés les moyens d'une insertion professionnelle,
    - informer ces institutions et entreprises des aptitudes des personnes handicapées à la recherche d'un emploi, conseiller les entreprises dans la détermination des postes de travail accessibles aux handicapés,
    - vérifier périodiquement les conditions dans lesquelles se réalise l'insertion des personnes qu'elles suivent.
Les EPSR sont saisies par la COTOREP ou par tout T.H. reconnu COTOREP et inscrit à l'ANPE.

Elle "apporte son concours à l'orientation et au placement des travailleurs handicapés". Elle coopére activement avec les COTOREP et les EPSR.

Il existe un prospecteur placier spécialisé qui :
ð guide, sur le plan technique, l'action de l'ensemble des prospecteurs placiers et celle des responsables de sections départementales ou d'agences locales notamment en collectant les informations juridiques, administratives et techniques relatives à l'insertion des T.H. et en les transmettant aux agents de l'ANPE,
ð participe aux activités de l'équipe technique de la 1ère section de la COTOREP,
ð assure le suivi opérationnel des décisions de placements prises par la COTOREP,
ð visite les entreprises ayant pris des initiatives intéressantes pour faciliter l'adaptation des postes de travail aux T.H. ou les renseigner sur les mesures prises par les pouvoirs publics susceptibles de favoriser l'embauche des T.H.

retour

C'est l'ensemble des agents opérationnels des agences locales et antennes qui doivent contribuer à l'insertion des personnes handicapées et pas seulement un prospecteur placier "relais" ou "correspondant".
Leur mission est double :
ð envers les personnes handicapées
    - les accueillir comme tout autre demandeur d'emploi,
    - les orienter, avec l'accord formel de l'intéressé, vers la COTOREP,
    - les renseigner sur leurs droits, le fonctionnement des institutions spécialisées, les structures de reclassement professionnel et le rôle de l'ANPE,
    - prendre les initiatives nécessaires découlant de la décision de la COTOREP.
ð envers les employeurs
    - les informer, avec l'aide du prospecteur placier spécialisé, de leurs obligations dans ce domaine et des aides accordées par l'Etat.

Elle met des moyens techniques et financiers à disposition des personnes handicapées elles-mêmes, des entreprises, des organisations professionnelles et syndicales, des associations et organismes chargés des problèmes d'emploi et d'insertion. Le but est de :
 ð préparer l'environnement à l'insertion de la personne handicapée,
 ð préparer l'insertion,
 ð assurer l'accueil et le maintien dans l'emploi.
 

Ils ont un rôle surtout économique en suscitant l'intérêt des entreprises pour les personnes handicapées :
- Ils aident les entreprises à la réinsertion et à la gestion des personnes handicapées,
- Ils aident les personnes handicapées à élaborer un projet professionnel,
- Ils favorisent les interactions entre les entreprises et le secteur du travail protégé.

retour

3.- RÔLES DU MÉDECIN DU TRAVAIL ET DU MÉDECIN TRAITANT

De manière schématique on peut distinguer trois situations :
ð le problème du handicap se pose après un arrêt de travail dû à une quelconque cause médicale , à la reprise de l'activité,
ð il existe une intolérance à certaines conditions de travail,
ð le problème du handicap se pose à l'embauche car le sujet est porteur d'une affection limitant ses possibilités professionnelles.

Le problème doit être évoqué aussitôt que possible par le médecin traitant dès qu'un doute apparaît sur la possibilité de reprise de l'ancienne activité. Dans ce cadre, la visite de pré-reprise prend toute son utilité.
La visite de pré-reprise permet au médecin du travail de prendre connaissance de la situation, dans le calme, et d'envisager un aménagement de poste voire un reclassement dans l'entreprise. Elle est l'occasion de conseiller le salarié (demande de reconnaissance T.H. à la COTOREP), de demander des avis complémentaires (consultation au centre de pathologie professionnelle au CHR), de faire des demandes financières pour aider à aménager le poste, en particulier auprès de l'AGEPIPH. Ici, le travailleur est en poste, mais il dit ne plus pouvoir assurer physiquement ou psychologiquement, la totalité de la charge de travail. Cela débouche souvent sur des demandes de certificats médicaux. Le médecin traitant doit se faire une idée assez nette de la validité de la demande formulée par le patient. Pour cela il doit se mettre en rapport avec le médecin du travail de l'entreprise pour complêter son information sur les conditions de travail réelles.
En remettant le certificat au salarié, le médecin traitant doit bien lui préciser de ne remettre ce document qu'à un autre médecin, c'est la seule garantie de conserver le secret médical.
Puis le salarié a recours à la visite spontannée auprès du médecin du travail qui parfois demande une consultation au centre de pathologie professionnelle du CHR. La visite d'embauche a lieu pendant la période d'essai. C'est au médecin du travail d'apprécier l'éventuelle inadéquation entre l'affection dont souffre le sujet et le poste à occuper. Le médecin du travail peut entreprendre un aménagement de poste, recourir à demander des aides financières à l'AGEPIPH, conseiller le patient dans la démarche de reconnaissance de T.H. auprès de la COTOREP. Mais bien souvent le problème de santé est tu par le salarié par crainte de ne pas être embauché. Les contacts avec le médecin traitant sont bien sûr utiles pour juger de l'état pathologique et de son évolution possible.

Mais bien sûr, dans le contexte actuel de chomage massif, le médecin traitant et le médecin scolaire ont un rôle important dans l'orientation professionnelle des sujets malades.

 

retour