L'homme, comme les animaux, supporte mal les vibrations du sol (peur panique
lors des tremblements de terre avant même que l'esprit puisse mettre
un mot sur le phénomène, nervosité des animaux qui perçoivent,
semble-t-il avant nous, les premiers frémissements du sol, sensation
désagréable lorsque les bâtiments élevés
oscillent les jours de grand vent, etc...) Le labyrinthe de l'homme n'est
peut-être pas le plus perfectionné du monde animal !
De nombreux signes neurovégétatifs
(gastriques, urinaires, tensionnels, ECG,...) sont attribués aux vibrations.
Mais des arguments épidémiologiques ou physiologiques définitifs
manquent pour signer l'origine de ces plaintes. De plus, la mesure des vibrations
complexes, celles auxquelles sont exposés les machinistes, est difficile
et décevante actuellement.
Les effets pathologiques dépendent
de la fréquence et de l'amplitude dominante (car il y a superposition
des différents mouvements). Rappelons aussi, qu'un travailleur peut
utiliser différents types d'outils vibrants à des fréquences
différentes et que le délai d'apparition des lésions
est long : donc le lien direct de telle affection avec tel type d'outil est
parfois illusoire.
1 Maladies dues
aux transports
Les mouvements incessants sont responsables
de dorsalgies, de lombalgies, d'arthroses d'installation plus rapide, débutant
dès 30-40 ans (pour les camionneurs, conducteurs d'engins, agriculteurs,
dockers).
- Vibrations < 2 Hz : Elles provoquent
la cinétose ou mal des transports (type mal de mer·) avec nausées,
vomissements, céphalées, note dépressive (gênant
les travailleurs affectés à des postes de sécurité).
Les mouvements imposés au corps sont très variés, dans
toutes les directions ; les mouvements verticaux, irréguliers, brusques
et la vision d'objets proches se déplaçant aussi, aggravent
les symptômes.
- Vibrations de 5 Hz : baisse de l'acuité
visuelle par résonance des vibrations et trouble de la coordination
žil-vestibule.
- Vibrations de 5 à 15 Hz :
les muscles respiratoires tendent à se synchroniser avec la vibration
d'où des gênes respiratoires.
- Vibrations
de 10 à 30 Hz : c'est l'žil qui entre en résonance (à
18 Hz, celles des hélicoptères, on décrit des problèmes
de lecture des cadrans).
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2 Effets des vibrations
2.1 Fréquences
inférieures à 40 Hz
Ce sont celles des marteaux piqueurs,
des brise-béton. Elles sont responsables de :
- Arthrose hyperostosante du coude, plus rarement
de l'épaule ou du poignet (50 % des sujets exposés en sont
atteints, et cette étiologie représente 62 % des arthroses
du coude avec ostéophytose).;
- Maladie de Kienböch ou nécrose
aseptique du semi-lunaire ou lunatum (1 % des sujets exposés
en sont atteints). Elle se manifeste par une douleur du poignet, une limitation
des mouvements d'extension, une douleur à la palpation de la fossette
dorsale du carpe.
- Maladie de Köhler ou nécrose
aseptique du scaphoïde. Cette atteinte survient surtout s'il y a
traumatismes répétés de l'éminence thénar
(1 % des sujets exposés en sont atteints). La symptomatologie est
assez voisine de celle de la maladie de Kienböch mais avec douleur
à la palpation de la tabatière anatomique.
- Epicondylites et épitrochléites
- Rhumatismes de rythme inflammatoire
- Syndromes du canal carpien
- Troubles angioneurotiques (cf. lignes suivantes)
(peu fréquents)
2.2 Fréquences
comprises entre 40 et 300 Hz
Elles se traduisent par des déplacements
de 0,5 à 5 mm. Elles sont produites par les machines tournantes du
type meuleuses ou polisseuses mais aussi burineuses.
- Troubles angioneurotiques : le phénomène
de Raynaud.
Il s'agit d'une ischémie distale induite par les vibrations, se traduisant
par des modifications de coloration des doigts associées à
des hypoesthésies ou des sensations de doigts morts. Les doigts deviennent
blancs (phase syncopale), puis bleus (phase cyanique) puis rouges (phase
de dilatation réactionnelle). Le froid est le principal facteur déclenchant
des crises. Ces troubles peuvent toucher les deux mains, épargnant
le pouce. Il faut plusieurs mois d'exposition au risque pour que les lésions
atteignent le stade de l'expression clinique. L'évolution peut se
faire vers une aggravation fonctionnelle avec augmentation de la fréquence
des crises ou du nombre de doigts touchés. Les complications trophiques
sont exceptionnelles.
Le diagnostic positif est d'abord clinique par la recherche des signes caractéristiques
des attaques ischémiques. Le test de provocation au froid par immersion
des mains dans l'eau froide permet d'objectiver l'acrosyndrome paroxystique.
- Modification du seuil de la douleur
: quoique tous les objets vibrants puissent les provoquer, c'est à
ces fréquences que le phénomène est le plus net.
Il s'agit d'une "anesthésie vibratoire" transitoire qui retarde
la perception des stimuli nociceptifs d'alerte et amène à
des prises de risques.
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2.3 Fréquences
supérieures à 300 Hz
Elles se traduisent par des déplacements
de quelques centièmes de millimètres.
Elles sont dues à tous les engins tournant à haute vitesse (polisseuses
et ébarbeuses). Il s'agit souvent d'outils de petite dimension, tenus
très serrés par la main de l'opérateur.
Très rapidement après le début de l'exposition (quelques
semaines peuvent suffire) le tableau suivant s'installe :
- Paresthésies, sensations de brûlure
de la main qui lentement remonteront jusqu'à l'épaule,
- Hypertonie musculaire,
- Erythrocyanose des mains, ždème (mains
succulentes).
Les crises sont assez durables et donc très
pénibles.
3 Affections dues
aux chocs répétés (Tableau 69 du RG)
Certains travaux nécessitent
l'utilisation répétée du talon de la main comme outil
de percussion directe. Les mécaniciens, par exemple, débloquent
les écrous récalcitrants en percutant ainsi leur clef. Ce geste
professionnel peut être à l'origine du syndrome du marteau hypothénar.
Il s'agit d'un accès d'ischémie
distale limité au territoire de l'artère cubitale ou ulnaire,
souvent unilatéral. Le choc se situe au niveau de l'éminence
hypothénar, au-dessous de l'apophyse de l'os crochu.
La lésion habituellement retrouvée
est un anévrysme de l'artère cubitale ou ulnaire à
ce niveau, avec thrombose plus ou moins complète des artères
digitales des deux derniers doigts.
Le test d'Allen
permet de faire le diagnostic clinique : après avoir comprimé
les artères radiale et cubitale, poing fermé, on fait ouvrir
la main. Le test est positif si la coloration des téguments dans le
territoire cubital est très retardée. Le diagnostic peut aussi
être établi par le doppler ou l'artériographie.
4 Prévention
- diminuer l'importance des vibrations (travail
des ingénieurs et concepteurs des outils),
- travailler au-dessous du niveau de l'épaule,
- réduire le temps des postes, varier les travaux,
- éviter les facteurs déclenchants, tels le froid lorsque
les lésions sont apparues.
5 Réparation
Elle est prévue au tableau
69 des maladies professionnelles.