INTOXICATION PAR L'OXYDE DE CARBONE - CO

Institut Universitaire de Médecine du Travail de Rennes

mis à jour le 25 juin 1999

1.- Circonstances de survenue 2.- Propriétés physico-chimiques 3.- Physiopathologie
4.- Clinique 
5.- Dosage du toxique
6.- Traitement
7.- Evolution
8.- Prévention 
9.- Réparation
 
ABRÉVIATIONS



Cette intoxication reste fréquente. Elle est responsable de nombreux décès chaque année. On estime les erreurs diagnostiques à un tiers des cas. Il faut l'évoquer par principe devant les signes, parfois banals, qui vont être énumérés.

 

1.- CIRCONSTANCES DE SURVENUE

Fréquence variable d'une année à l'autre - beaucoup plus fréquentes lors des vagues de froid, 1/4 des intoxications par le CO touche des enfants.
Très souvent, il s'agit d'intoxications collectives. De nombreuses activités professionnelles exposent à l'inhalation de ce gaz. Il conviendra d'en tenir compte pour l'interprétation d'éventuels dosages de ce gaz dans le sang.

ð Production du pétrole : lors du forage (traversée de poches de CO). ð Productions de CO par les marais.
ð Exploitations agricoles : fermentation des végétaux, champignonnières, cuves à vin, silos.
ð Travaux dans les égouts lors de leur débouchage (après de longues fermentations). Le CO apparaît lors de toute combustion incomplète des subtances organiques ; (la combustion complète donne H2O + CO2)
ð Instruments de chauffage des chantiers mobiles : brasero (dans les cabanes de chantier, aux postes de garde en plein air), radiateurs à essence dans les abris fermés.
ð Chauffe-eau (+ de 50% des cas d'intoxication en France), inadapté à la taille de la pièce et au débit qui lui est demandé, de plus de 10 ans, encrassé, installé en dehors des normes de sécurité (absence de ventilation, d'aération) ; le coût du chauffage incite à obstruer les bouches d'aération par du carton ou du plâtre.
ð Décollage de papier peint : l'eau est transformée en vapeur par un brûleur à gaz; elle ramollira le papier et la colle. Si la pièce à décaper est calfeutrée, il y a production de CO par le brûleur.
ð Chaudières en fonte devenues poreuses, ou fendues, ou reliées à un conduit non ramoné.
ð Poêles et chaudières à charbon, lorsque le vent contrarie la montée des gaz de combustion dans le conduit de cheminée et modifie le type de combustion.
ð Appareils de chauffage de fortune : cuisinière dont la porte reste ouverte, appareils de cuisson chauffant des galets ou des pots de fleurs, appareils de cuisson de camping fonctionnant dans des lieux clos.
ð Feux mal éteints, avec trop peu d'eau (cheminées d'appartements ; barbecues utilisés en lieux clos).
ð Surfaceuses de patinoires : ces machines réchauffent une couche très fine de glace qui se reforme immédiatement très lisse. Le propane brûlé pour cette utilisation peut, si le brûleur est mal réglé, dégager du CO. Malgré la grande taille des bâtiments, les joueurs et même les spectateurs peuvent être incommodés.

- Incendies
ð Incendies de tous types : 7% des intoxications par le CO
Ne pas oublier que le cyanure, l'ammoniac, le chlore et d'innombrables autres substances peuvent alors se dégager.
ð Incendie de joints de dilatation séparant des bâtiments et qui se consument après des travaux au chalumeau sur les toitures. Le CO diffuse ensuite dans les appartements.

- Moteurs mal réglés
ð Moteurs à explosions : ceux des motoculteurs, bétonneuses, compresseurs de marteaux-piqueurs, tronçonneuses pour les bois, des véhicules automobiles surtout.
ð Personnes exposées : Réparateurs d'automobiles, gardiens de parkings souterrains ou de péages d'autoroute, douaniers et policiers réglant la circulation, spectateurs de moto-cross, stock-car, courses automobiles ou courses de kart en intérieur, utilisateurs de crics gonflables branchés sur le pot d'échappement, personnes surprises par le froid qui dorment dans leur automobile avec le moteur tournant au ralenti, ·

- Explosions
ð Les éruptions volcaniques,
ð Tirs d'explosifs dans les mines et carrières : par raréfaction de l'oxygène disponible dans ces lieux confinés ,
ð Coup de grisou dans les charbonnages (le grisou est du méthane pour l'essentiel),
ð Craquage dans les raffineries.

ð Production de gaz domestique : ancienne technique du gaz à l'eau (20 à 40 % de CO), gaz de cokerie par distillation de la houille.
ð Production industrielle d'oxyde de carbone qui sera utilisé dans les fours à ciment et à porcelaine, dans les fonderies.
ð Coulée de métal dans les aciéries (le CO est en partie restitué).
ð Industrie chimique : Le CO est utilisé lors de la synthèse de dérivés carbonylés, du carbure de calcium, de l'alcool méthylique, de l'acide formique, de l'acide acétique, des explosifs. ð Photodissociation en altitude.
ð Soudage utilisant du CO2, qui se décomposera partiellement en CO au niveau de l'arc.

Terminons par la circonstance de loin la plus fréquente et la plus insidieuse :  le tabagisme actif et passif.

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2.- PROPRIÉTÉS PHYSICO-CHIMIQUES DU CO

Gaz incolore, inodore, sans saveur, très diffusible (traverse les parois à peine poreuses), de même poids que l'air (donc autant en hauteur qu'au sol).
C'est un puissant réducteur, explosif en mélange avec l'air, dans de larges variétés de concentation.
Il n'est pas fixé par les masques à cartouche de charbon. Il faut des cartouches d'opcalite (oxydes métalliques).

 

3.- PHYSIOPATHOLOGIE

ð Au moment de l'ouverture du cyle de l'hème, il y a production physiologique de CO  (c'est la seule source endogène). Cela explique un taux physiologique de carboxy-hémoglobine de 1%.

ð L'hémoglobine a une affinité 230 fois plus forte pour le CO que pour l'oxygène. (Donc, en cas de compétition, il y a formation préférentielle de carboxy-hémoglobine.)

ð L'absorption est très rapide, favorisée par un rythme respiratoire rapide : enfants, adultes développant un effort, petits animaux (autrefois, on emportait des oiseaux en cage au fond des mines, cela permettait aussi de détecter le CO2, plus lourd que l'air. En cas de dégagement gazeux l'oiseau restait silencieux puis mourrait). Lors du traitement par l'oxygène, la défixation sera, elle aussi, plus rapide pour l'enfant que pour l'adulte.

ð Fixation sur les stuctures héminiques :

ð Élimination

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 4.- CLINIQUE

Le tableau clinique dépendra bien-entendu du degré de l'intoxication, c'est-à-dire de la quantité de toxique inhalé, de l'activité de la victime, de sa sensibilité individuelle.
Les signes de début sont des :

Si le médecin n'est pas attentif, il diagnostiquera une intoxication alimentaire.

Puis, viennent des signes plus évocateurs :
Troubles neurologiques :  Coma (hypertonique le plus souvent, trismus, convulsions = 10%)

Troubles végétatifs :   Hyperthermie souvent.
Troubles cardio-vasculaires : Troubles respiratoires : Signes cutanés : Troubles biologiques :  Signes EEG : 5.- DOSAGE DU TOXIQUE

Il est réalisé sur 3 ml de sang hépariné, conservé au froid, si possible avant toute oxygénothérapie.
Le résultat du dosage peut être exprimé de deux façons différentes :

Formule pour convertir une expression en l'autre :
Sachant  qu'une mole d'Hb fixe une mole de CO et donc que 16 700 g d'HbO2 fixent 22400 ml de CO :
Le résultat sera sans doute plus faible qu'au moment du pic du toxique (en raison de l'O2 nasal administré par les pompiers). Ne pas attacher une valeur magique au chiffre donné par le laboratoire dont les techniques, ici,  ne sont pas toujours reproductibles ni sensibles.

Un fumeur a des taux de 3 à 4%, (N.B. : 1 cigarette fumée a libéré 25 ml de CO).
Un chauffeur de taxi ou un garagiste réglant des moteurs : 10%.
On affirme l'intoxication au delà de 15% , la maladie est déjà très grave à 30%.
Le taux maximal rencontré est de 66%.

 

6.- TRAITEMENT

ð Soustraire à l'atmosphère toxique, (les sauveteurs -- secouristes, pompiers, SAMU -- devront être prudents car eux-mêmes peuvent rapidement présenter un malaise).
ð Gestes de désobstruction, eventuellement ventilation assistée.
ð Oxygénothérapie :
    => au masque par principe
    => caisson hyperbare en cas de :

45 minutes à une heure sous 2 ou 3 atmosphères  avec paliers de décompression. Il faut parfois une nouvelle séance au décours de la première ; en tout cas, dans les six premières  heures.
    (chez l'enfant, traitement  par Valium 0,5 mg/kg pour éviter les convulsions dues à O2, parfois otite  barotraumatique)
ð Traitement symptomatique + repos strict + monitorage.

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7.- ÉVOLUTION

ð Mortalité : elle approche les 20% dans le cas de comas prolongés (dans les cas sévères, à découverte tardive).
ð Le syndrome post-intervallaire doit toujours être craint, et justifie de reconvoquer la patient pour un examen clinique neurologique soigneux : après une guérison apparente, entre le 3ème et le 15ème jour, réapparaissent des troubles de conscience, parfois profonds, ataxie, convulsions, syndrome pyramidal, chorée, athétose...L'évolution chez l'enfant est le plus souvent favorable en 2 à 8 semaines, mais chez l'adulte des sequelles neurologiques de tous types sont possibles.
ð La guérison est la règle grâce au traitement par oxygène bien conduit et précoce.

Cas de la femme enceinte
Le fþtus concentre le CO, d'autant plus qu'une femme enceinte en retient davantage qu'une femme sans grossesse (effet conjugué de la tachycardie et de l'augmentation du débit cardiaque).
Les morts in utéro sont plus nombreuses, comme sont plus fréquents les décès en période néo-natale. Le CO est cause d'anomalies congénitales si l'intoxication intervient en début de grossesse (microcéphalie, encéphalopathies). Rappelons que les bébés à petit poids de naissance sont plus fréquents chez les fumeuses.
Le caisson hyperbare s'impose donc toujours, (savoir que des accouchements prématurés sont observés au décours de la séance).

L'exposition au long cours serait responsable de troubles vasculaires de type athéromateux.

 

8.- PRÉVENTION

La liste des circontances d'exposition est assez longue pour expliquer que chacun d'entre nous présente, dans la vie de société moderne, un taux de carboxyhémoglobine supérieur au 1% que provoque l'hémolyse physiologique. La vie dans les grandes cités, aux activités multiples, à la circulation automobile intense, explique des taux de 7 à 12% sans qu'il faille obligatoirement penser à une nuisance professionnelle.
La demi-vie d'élimination du toxique est telle qu'un taux sanguin élevé témoigne des expositions de la demi-journée précédente. Ces dosages sanguins, toujours techniquement délicats, en particulier pour l'étalonnage, ne sont jamais suffisants. Aussi la connaissance du poste de travail et des différentes étapes polluantes du procédé de travail permet de décider des moments de mesure du CO dans l'atmosphère et de signaler l'anomalie au travailleur et à l'encadrement. Informer régulièrement le travailleur des dangers de ce gaz inodore, incolore, sans saveur, est un des devoirs du Médecin du Travail.

Mesure médico-sociale en cas d'intoxication domestique :
Prévenir obligatoirement la DDASS. Un prélèvement d'atmosphère sera réalisé qui écartera ou affirmera, dans les circonstances identiques à celles de la découverte des malades, la source du CO. Les réparations sont obligatoires avant toute remise en service des installations.


 
9.- RÉPARATION

Les intoxications aiguës sont prises en charge comme accident de travail, les intoxications subaiguës sont prises en charge au titre du Tableau 64 des maladies professionnelles, qui exige une concentration minimale de 50 ppm de CO et un taux sanguin supérieur ou égal à 1,5 ml de CO pour 100 ml de sang.


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