Hippocrate et Galien connaissaient
déjà l'intoxication saturnine. Décrite au Moyen-Age par
Ellemborg, puis au XVIIème siècle par Ramazzini qui fait la relation
entre la colique de plomb et le métier de peintre, le nombre des publications
sur cette intoxication ne se compte plus dans la seconde moitié du XXème
siècle. Les recherches de ces 20 dernières années ont fait
nettement progresser nos connaissances en physiopathologie, notamment sur trois
plans :
- les anomalies du métabolisme des porphyrines,
- l'origine des granulations basophiles des hématies,
- les troubles du métabolisme du fer.
Pendant de nombreuses années, cette intoxication a été considérée comme étant essentiellement d'origine professionnelle. C'est d'ailleurs la première maladie professionnelle qui a ouvert droit à indemnisation par décret du 25 Octobre 1919. Mais la pathologie toxique professionnelle dans ce domaine subit une régression notable, les préventions technique et médicale entreprises depuis 40 ans sur une grande échelle ayant porté leurs fruits.
L'intoxication par le plomb conserve, dans les revues scientifiques destinées aux médecins du travail, une notoriété que la réalité ne justifie plus entièrement ; par contre, le médecin praticien de médecine générale, moins informé, laisse souvent échapper ce diagnostic, n'ayant pas toujours présents à l'esprit les étiologies, la symptomatologie et les moyens récents de diagnostic.
1.- CONDITIONS ET CIRCONSTANCES D'APPARITION
Le plomb est un métal si répandu et si utilisé que les occasions d'intoxications sont innombrables. L'intoxication professionnelle comme l'intoxication médicamenteuse sont devenues rares. L'origine criminelle est exceptionnelle, l'intoxication accidentelle est fréquente et trop souvent méconnue.
Les principaux produits nocifs sont :
ð les oxydes de plomb (litharge, massicot, minium, oxyde puce);
ð les sels de plomb qui sont le plus souvent colorés : chlorure ou jaune
de Turner, antimoniate ou jaune de Naples, chromate ou jaune de chrome, sulfate
blanc ou blanc de Mulhouse, sous-carbonate ou céruse;
ð d'autres sels, les arséniates, les stéarates, les acétates
(eau blanche) ont des emplois divers en agriculture, en industrie chimique ou
pharmaceutique; les alliages ont de multiples applications, principalement du
fait de l'abaissement du point de fusion du plomb et de la dureté plus
grande, par élévation de l'indice Brinell (alliages avec l'étain,
l'antimoine, le cuivre, le bismuth, le cadmium).
La toxicité de chacun de ces composés est fonction de leur solubilité; on doit donc envisager cette toxicité en fonction du degré de solubilisation par les milieux biologiques de l'organisme dans lequel il a été introduit.
C1-1).- L'utilisation d'eau de boisson
ou d'eau de cuisson d'aliments peut être à l'origine d'intoxications
accidentelles lorsqu'elle contient du plomb. Les eaux naturelles agissent sur
ce métal selon leur teneur en oxygène et en sels minéraux
:
ð "pures" et très aérées, elles tendent à la formation
d'un oxyde soluble facilement entraînable et l'action se poursuit; c'est
ainsi que les tuyauteries de plomb doivent être prohibées pour
les eaux de pluie ou de source destinées à l'alimentation.
ð Si l'eau, au contraire, est chargée de sels de calcium (sulfate ou
carbonate acide) il se forme relativement rapidement sur la paroi une couche
adhérente de sel insoluble, et le métal est alors protégé
contre les attaques ultérieures.
C1-2).- Les ustensiles de cuisine
ont été également à l'origine d'intoxications accidentelles;
tels les couverts, les récipients type saladier en étain, les
récipients de faïence recouverts d'émaux mal cuits ou mal
vitrifiés, les bouchons verseurs de vinaigriers dont la bille d'arrêt
est en plomb, les récipients contenant des vins un peu acides. (Le contact
d'acides faibles solubilise le plomb d'un alliage ou d'une peinture).
Le stéarate de plomb est utilisé comme stabilisateur dans certaines
matières plastiques. Utilisées pour la conservation de produits
acides, elles peuvent donner lieu à la formation de sels solubles, toxiques.
C1-3).- Les autres sources alimentaires
sont variées et ont fait l'objet d'observations originales :
- aliments végétaux traités par des insecticides à
base d'arséniate de plomb,
- farine provenant de blé écrasé par des meules ou les
trous avaient été réparés par du plomb fondu,
- aliments grillés au feu de bois dont le bois provient de démolitions,
peint avec des peintures à base de sels de plomb;
ingestion de gibiers contenant de nombreux plombs de chasse qui, dans l'estomac,
se solubilisent progressivement.
- Les autres sources accidentelles sont connues par des enquêtes qui ont
montré, surtout chez les enfants aux U.S.A., à l'âge de
la "main à la bouche", c'est-à-dire chez les enfants de moins
de trois ans, des intoxications parfois graves, tenant à l'habitude de
grignoter, de mâcher la peinture écaillée des lits, des
meubles, des jouets, ou encore assez souvent des rebords de fenêtres lorsqu'ils
regardent dans la rue; l'inhalation de poussières provenant de vieilles
tapisseries; la manipulation de craies colorées, de crayons de couleurs
jaunes ou oranges au chromate de plomb; de produits cosmétiques fards,
poudre de riz; le port de chaussures en cuir verni blanc; l'utilisation de protège-mamelons
en plomb chez la mère ou la nourrice qui intoxiquent le nourrisson....
La vie moderne enfin fait inhaler à l'homme, parmi les multiples polluants auxquels il ne peut se soustraire, du plomb provenant du gaz d'échappement des automobiles à essence, essence dans laquelle on mélange un antidétonant (plomb tétra-méthyle ou tétra-éthyle); on estime que chaque automobile émet 1 kg. de plomb par an dans l'atmosphère; on peut trouver dans l'air des villes 1 à 5 µg de plomb / m3 d 'air.
- Poussières. Elles sont
d'autant plus dangereuses qu'elles sont plus fines :
travaux de récupération du vieux plomb, tréfileries en
plomb, fabrication d'accumulateurs (lors du limage et de la soudure d'éléments),
limage des soudures de carrosseries automobiles, polissage d'objets en plomb
par brosse métallique rotative, ponçage à sec, destruction
à la flamme de peintures à base de plomb. L'utilisation
d'huiles de coupe dont la teneur en plomb est élevée est capable,
par introduction cutanée, de provoquer de telles intoxications.
Du fait des améliorations techniques, les travaux d'imprimerie n' exposent
plus à un risque de saturnisme, contrairement à l'opinion bien
classique (sauf à certains postes de travail, tels les compositeurs à
main).
C3).- L'intoxication criminelle et l'intoxication médicamenteuse ne se rencontrent quasi-plus.
Les connaissances récentes du mécanisme d'action de ce toxique expliquent bien la genèse des troubles pathologiques infra-cliniques et cliniques et donnent les principes essentiels pour une thérapeutique bien dirigée.
Dans les conditions normales, un état d'équilibre dynamique semble exister entre les quantités absorbées, les quantités transportées, celles fixées dans les tissus et les quantités éliminées. Tout élément susceptible de rompre cet équilibre, par apport excédentaire ou défaut d'élimination, peut être à l'origine d'un effet toxique par suite de l'augmentation du taux de plomb au niveau des récepteurs cellulaires.
Du point de vue toxicologique, et dans l'interprétation physiopathologique, on doit tenir compte du fait que les manifestations cliniques n'apparaissent qu'au delà d'une dose seuil, difficile à estimer, en dessous de laquelle la présence du plomb pourrait être considérée comme physiologique.
Elle se fait par les principaux émonctoires naturels; les matières fécales en excrètent une quantité considérable, directement ou par voie biliaire; la desquamation cutanée, des cheveux, des ongles peut également servir à l'élimination d'une petite quantité; la voie salivaire présente une importance diagnostique; la voie d'élimination la plus intéressante demeure l'excrétion urinaire qui dépend directement de la fonction rénale. L'excrétion du plomb semble répondre à un mécanisme physiologique semblable à celui du calcium, ce qui explique que l'excrétion soit sensible à toute réduction de la fonction rénale. Une lésion rénale, même minime, tendra à favoriser une accumulation tissulaire du toxique alors même que la plomburie reste normale ou sub-normale.
L'action toxique exercée par le plomb au niveau moléculaire est encore un domaine plein d'hypothèses. Le problème se complique du fait que le plomb est un constituant habituellement rencontré dans les tissus et dont la toxicité ne se manifeste qu'au delà d'un seuil ne laissant qu'une marge de sécurité assez étroite.On peut envisager l'action du plomb à
trois niveaux :
- au niveau de certaines enzymes, notamment celles possédant des fonctions
sulfhydriles (SH),
- au niveau des acides nucléiques;
- au niveau des mitochondries et des membranes cellulaires.
Si le premier point est assez bien établi, les deux autres sont encore
hypothétiques.
De nombreux travaux montrent que le plomb exerce une action inhibitrice à différents niveaux lors de la synthèse de l'hémoglobine. Il s'agit d'un syndrome biochimique voisin, mais différent de celui des porphyries.
Tableau représentant la synthèse de l'hème et les
effets de l'exposition au plomb :
En italiques : étapes mitochondriales, en caractères
normaux : étapes cytoplasmiques, en gras : paramètres
perturbés par l'action du plomb.
Deux inhibitions ont été
particulièrement étudiées :
le blocage de la delta ALA - deshydratase a pour conséquence une
augmentation de l'excrétion urinaire du substrat non transformé,
le blocage de l'hème-synthétase se manifeste par une élévation
du taux de protoporphyrine érythrocytaire et une excrétion urinaire
accrue des intermédiaires situés en amont (les coproporphyrines
III), et par un trouble important du métabolisme du fer qui est dévié
de sa voie normale.
D'autres systèmes enzymatiques de cette chaîne sont vraisemblablement
perturbés, mais on ne possède pas de certitude à cet égard.
Le blocage des fonctions sulfhydriles ne semble pas pouvoir constituer l'explication
biochimique exclusive des lésions du saturnisme. L'action sur des enzymes
des tissus non hématopoïétiques est encore hypothétique.
Le plomb exerce une action au niveau des membranes érythrocytaires, et des arguments suggèrent actuellement une action sur les mitochondries de plusieurs organes (foie notamment).
ð Perturbations du métabolisme du fer. Elles
se traduisent par l'augmentation du fer sérique, l'accumulation
d'hémosidérine dans certains organes. Le fer s'accumule en liaison
avec les protéines, les polysaccharides et l'ARN autour des ribosomes
pour donner des granulations basophiles caractéristiques dans les
globules rouges.
Le comptage de ces hématies granuleuses peut se faire par rapport
à 100 leucocytes, (méthode habituelle en France qui paraît
plus exacte en raison de l'anémie fréquente), soit par rapport
aux globules rouges (10.000, 100.000 ou 1.000.000). Selon les normes françaises,
on admet qu'un taux de 10 hématies granuleuses pour 100 leucocytes correspond
au stade de l'imprégnation; à partir de 30 hématies granuleuses
pour 100 leucocytes, 1'intoxication clinique est proche. Ce test est relativement
spécifique car il y a bien peu de cause d'erreurs en dehors de la thalassémie
mineure.
ð Atteintes des globules rouges. Les globules rouges sont plus fragiles
et plus rapidement détruits. L'hyper-hémolyse entraîne un
état d'anémie modérée et une réaction
hyperplasique médullaire avec passage de formes jeunes dans le
sang circulant : réticulocytose supérieure à 2 %
des hématies.
Les tests d'exposition directe sont fournis par la présence du toxique
dans le sang et dans l'urine. Le dosage du plomb ne peut faire préjuger
à lui seul de l'ampleur des troubles métaboliques. Il ne signe
que l'imprégnation de l'organisme par le toxique et ne donne guère
d'indications sur la réaction de cet organisme, variable selon la sensibilité
individuelle.
ð La plombémie. Une plombémie inférieure
à 30 µg /100 ml de sang correspond à une absence totale
d'exposition au risque, donc à un taux "physiologique". La limite se
situe entre 60 et 80 µg / 100 ml ; au delà de 80 µg /100
ml, on peut considérer qu'il y a imprégnation pathologique ou
exposition dangereuse.
Le plomb sanguin est inégalement réparti entre le plasma et les
hématies qui en fixent, selon les auteurs, de 80 à 95 % dans le
stroma globulaire; pour cette raison, on propose de tenir compte du facteur
hématocrite et de calculer la teneur en plomb par ml d'hématie,
ce qui donnerait une valeur corrigée plus précise de la plombémie.
ð Le dosage du plomb dans les urines des 24 heures permet d'apprécier
le degré d'imprégnation. L'interprétation de la plomburie
doit tenir compte du rythme nycthéméral et de l'importance de
la diurèse; c'est pourquoi seul le dosage effectué sur les urines
des 24 heures peut avoir une valeur indiscutable. Le taux limite admis par la
plupart des auteurs est de 80 µg /24 heures; au delà de ce taux,
il y a suspicion d'imprégnation pathologique; à partir de 150
µg /24 heures il y a imminence de manifestations cliniques.
Le test de plomburie provoquée constitue l'élément
majeur du diagnostic lorsque l'intoxication est installée de longue date
et que les stigmates biologiques précoces cités précédemment
se sont estompés.
Après évacuation de la vessie et absorption de 250 à 300
ml d'eau, on injecte en intraveineux 0,50 g ou le plus souvent 1 g de chélateur
du plomb (l'E.D.T.A. calcique = éthylène diamine tétra-acétique).
On recueille séparément les urines des 5 premières heures
et les urines des 19 heures suivantes. Les témoins normaux éliminent
généralement de 500 à 700 µg de plomb dans les 24
heures qui suivent l'injection intraveineuse. La flèche de plomburie
des 5 premières heures est déjà significative. Des excrétions
supérieures à 700 ou 800 µg /litre sont suspectes.
Il apparaît donc nécessaire d'avoir recours à une batterie
de tests biologiques et d'interpréter les résultats avec discernement
pour différencier l'imprégnation "physiologique" de l'imprégnation
qui peut devenir pathologique.
Tableau présentant les différents tests proposés
pour le dépistage et le diagnostic du saturnisme.
(En gras, les méthodes communément utilisées)
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Test spécifique, sensible pour les expositions récentes uniquement. Il reflète une exposition dès les premiers jours et diminue en un mois après son arrêt. | Prélèvement délicat, facilement contaminé
par le plomb (peau sale, air, aiguille, verre, etc·), coûteux, difficile, pas de méthode de référence, laboratoire très spécialisé. |
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Test facile, de principe dans la lecture d'une lame lors de la NFS, peu coûteux, de notoriété ancienne. Sa positivité attire l'attention du clinicien qui ne pensait pas au saturnisme. | Test peu sensible, et non spécifique, faux + : thalassémies, splénectomie, autres anémies. Inutilisable pour le dépistage et inutile au diagnostic et pour explorer les expositions anciennes. Positivité tardive. |
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Test moyennement sensible, facile, peu coûteux. Quelques gouttes de sang capillaire suffisent. Utilisable pour explorer les expositions anciennes. Utilisable pour le dépistage. | Test peu spécifique, faux + : nombreuses hépathopathies, hémopathies, infections aiguës fébriles,ulcères gastriques et duodénaux, cancers, alcoolisation. Il s'éleve en 3 mois. |
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porphobilinogène |
Test très (trop) sensible car l'enzyme est inhibée pour
des taux faibles de Pb, très précocément (4 à
5 jours). Utilisable pour explorer les expositions anciennes. |
Test peu spécifique, faux + : alcoolisme, alcoolisation,
grandes variations inter-individuelles Prélèvement sensible à la lumière et délicat car facilement contaminé , méthode de dosage délicate, inutilisable pour le dépistage. |
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Test peu sensible, mal corrélé à la plombémie.
Le taux s'éleve en 15 jours, se normalise rapidement à l'arrêt
de l'exposition. Bon test d'exposition brève en milieu professionnel. |
Test peu spécifique, faux + : différentes porphyries
et hépathopathies, anémies après gastrectomie.
Prélevement sensible à la lumière. |
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Test moyennement sensible. Le taux s'éleve en 15 jours. | Test peu spécifique, faux + : nombreuses hépathopathies,
hémopathies, infections, exposition au Hg, Bi. Test peu sensible, moins que l'ALA urinaire. |
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Test spécifique (si le recueil n'est pas contaminé). | Varie selon l'alimentation, la fonction rénale, la charge en plomb de l'environnement et de l'eau de boisson. |
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Test spécifique et sensible. Reflète l'imprégnation de l'organisme. |
Nécessite une hospitalisation d'une journée. Recueil rigoureux des urines. Ne peut servir qu'à confirmer un diagnostic, Inutilisable pour le dépistage. |

ð Mais ce sont les manifestations rénales et neurologiques qui retiennent actuellement l'attention et sont considérées comme des signes cliniques importants dont le dépistage doit être aussi précoce que possible, leur diagnostic étiologique permettant l'application d'un traitement qui peut éviter une évolution ultérieure grave.
ð Le syndrome rénal et vasculaire
est précoce et relativement constant, extériorisé seulement
par l'étude biologique et la ponction-biopsie.
ð Le syndrome urinaire comprend une légère protéinurie,
une hématurie et une leucocyturie microscopiques, un abaissement des
clearances de l'urée et de la créatinine.
La ponction-biopsie rénale montre en microscopie optique et électronique
la présence de volumineuses inclusions intranucléaires dans les
tubes contournés proximaux, des dépôts ferrugineux dans
les cellules tubulaires, et une atteinte globale des glomérules, de l'interstitium
et des vaisseaux.
ð Le syndrome vasculaire est souvent franc avec une hypertension artérielle
et des à-coups hypertensifs au cours des coliques de plomb, parfois une
sclérose artérielle au fond de l'oeil.
Devant toute néphrite chronique hypertensive et azotémique qui
ne fait pas sa preuve, il faut penser à rechercher un saturnisme même
ancien.
ð Le système nerveux est
très sensible à l'action du toxique :
- Les manifestations centrales sont en général transitoires :
décrites sous le nom d'encéphalopathies saturnines, elles sont
marquées par une amaurose, une surdité ou une aphasie de quelques
jours, accidents assez bénins qui doivent attirer l'attention.
- La grande encéphalopathie saturnine est caractérisée
par de violents accès convulsifs, accompagnés parfois d'une composante
psychique avec délires polymorphes.
- Les manifestations périphériques sont plus tardives; ce sont
des atteintes névritiques motrices pures. La forme habituelle est la
paralysie pseudo-radiale avec atteinte élective de l'extenseur commun.
A sa phase d'état, elle est bilatérale et symétrique, la
main est tombante, l'extension des troisième et quatrième doigts
impossible, le malade "fait les cornes"; le long supinateur est respecté,
c'est là un signe caractéristique de l'atteinte saturnine. L'atteinte
des membres inférieur est beaucoup plus rare.
ð La goutte saturnine est devenue assez exceptionnelle. Elle est directement liée à l'atteinte rénale, sans que l'on puisse déterminer précisément s'il s'agit d'une aggravation d'une symptomatologie goutteuse sur un terrain prédisposé, ou si cette goutte est une complication d'une tubulopathie rénale.
Cette forme historique est exceptionnellement rencontrée, car le diagnostic
est souvent porté à une phase précoce et permet la mise
en þuvre de traitements efficaces.
On rencontre surtout des malades atteints de néphropathie chronique,
hyperazotémique et hypertensive, compliquée d'hyperuricémie
et de crises de goutte, dont l'évolution est fonction du traitement
conservateur ou de l'épuration extra-rénale.
Il est actuellement bien codifié, après avoir été longtemps purement empirique. Il doit comporter d'une part l'élimination du plomb de l'organisme et d'autre part, un traitement symptomatique destiné à atténuer ou à guérir les accidents déclarés.
Contre les douleurs abdominales, on peut utiliser l'injection intra-veineuse
lente de 2 mg d'atropine ou 25 mg de chlorpromazine par voie intra-musculaire,
ou de 100 mg dans une perfusion de 500 ml de soluté glucosé
isotonique.
Les accidents neurologiques sont justiciables, ainsi que les accidents rénaux,
de méthodes classiques qui ne sont pas particulières au saturnisme.
Même lorsque les signes cliniques auront disparu, la surveillance des
sujets intoxiqués restera impérative; elle sera prolongée,
tant sur le plan clinique que biologique.
La régression des cas de saturnisme professionnel tient aux mesures particulières d'hygiène applicables dans les établissements où le personnel est exposé à l'intoxication saturnine. Ces mesures réglementaires ont fait l'objet de décrets successifs; le texte actuellement en vigueur prévoit des examens cliniques et biologiques aboutissant à la délivrance d'une attestation médicale d'aptitude régulièrement renouvelée. En dehors des cas considérés comme maladies professionnelles, les prises en charge sont effectuées dans le régime de Sécurité Sociale au titre de l'assurance maladie.