DANGERS TOXIQUES DE QUELQUES SOLVANTS
Institut Universitaire de Médecine du Travail
de Rennes
mis à jour le 25 juin 1999
ABRÉVIATIONS
1.- LE BENZÈNE
Les benzols sont des mélanges de benzène,
toluène et xylènes.
(toluène = méthyl benzène, xylènes = diméthyl
benzène en ortho, méta ou para)
Les toluols contiennent essentiellement du toluène (moins de 2%
de benzène).
Les xylols ne renferment pas de benzène.
La benzine est constituée principalement d' hydrocarbures aliphatiques
donc à chaine droite (hexane et heptane), mais elle peut contenir 2 à
5% de benzène.
White spirit et kérosène, qui distillent au dessus de 135°C,
ne renferment pas de benzène.
Le terme de benzénisme concerne l'intoxication
par le benzène seul.
Le terme de benzolisme s'applique à l'intoxication provoquée
par le benzène mélangé à ses homologues supérieurs
: le toluène et les xylènes.
Propriétés physicochimiques
- formule : C6H6.
- liquide incolore, d'odeur agréable et caractéristique.
- volatile. (beaucoup plus que ses homologues supérieurs le toluène
et les xylènes), distille à 80°C.
- très inflammable, ses vapeurs sont explosives.
Utilisations :
L'industrie du caoutchouc, des peintures, vernis, matières plastiques
et en métallurgie. Il reste encore un solvant couramment employé
non seulement en industrie, mais aussi dans les laboratoires de recherche et
d'analyse. Il est d'utilisation très large dans les pays du tiers-monde
(dégraissage à sec des ãpressingä locaux, par exemple).
-
Pénétration
L'inhalation est la voie de pénétration principale. Le passage
percutané est loin d'être négligeable. Le passage digestif
est accidentel ou suicidaire.
-
Distribution
Du fait de sa lipophilie, il se distribue ensuite rapidement dans les organes
riches en lipides : foie, système nerveux, moelle osseuse, surrénales·
-
Transformations métaboliques
Elle a surtout lieu dans le foie, mais aussi dans la moelle osseuse.
La toxicité médullaire spécifique du benzène s'expliquerait
par l'action de monooxygénases, responsables de la formation d'intermédiaires
radicalaires (dérivés époxybenzène, phénoxy,
semiquinones·) extrêmement réactifs, capables de se combiner irréversiblement
avec les protéines et acides nucléiques cellulaires.
-
Elimination par deux voies :
- respiratoire (la mesure du benzène dans l'air expiré est
préconisée comme indicateur d'exposition récente au
benzène).
- urinaire sous forme de phénol (ou hydroxy-benzène), mais
aussi de très nombreux autres métabolites dont l'acide trans-trans
muconique.
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C).- Tableau clinique de l'intoxicatication
C1).- Toxicité aiguë
(accidentelle)
- Inhalation : état d'ivresse, vomissements,
somnolence pouvant aller jusqu'au coma, convulsions si forte exposition.
- Ingestion : troubles digestifs, troubles neurologiques, pneumopathie d'inhalation
après fausse route.
C2-1).- Effets hématopoïétiques
- thrombopénie, anémie, leucopénie
portant sur les polynucléaires neutrophiles (<30%), souvent accompagnées
d'un syndrome nécrotique gingivobuccal.
- hyperleucocytose, parfois polyglobulie peuvent être notées.
Ces anomalies régressent à l'arrêt de l'exposition.
Mais lorsque l'intoxication se prolonge, ou lors d'une réexposition on
a pu décrire :
C2-2).- L'aplasie médullaire
Son délai d'apparition est variable. On observe
d'abord une thrombopénie et/ou une leucopénie modérées.
L'atteinte médullaire se généralise et atteint les trois
lignées. Dans un premier temps, le myélogramme peut être
normal, et même riche avec hyperplasie granuleuse, augmentation des éléments
jeunes. En fin d'évolution, il devient très pauvre, voire désertique.
C2-3).- Les leucémies benzéniques
Leurs délais d'apparition sont variables. La
variabilité individuelle est très importante.
Le pouvoir leucémogène se manifesterait pour des expositions supérieures
à 100 ppm.
Toutes les lignées peuvent être touchées ; la forme la plus
souvent rapportée est la leucémie aiguë myéloblastique
(LAM) mais des leucémies aiguës lymphoblastiques (LAL) ou monoblastiques,
des leucémies myéloïdes chroniques (LMC) ou lymphoïdes
(LLC), des proliférations de la lignée rouge, des thrombocytoses
ont également été décrites.
Le benzène est classé cancérogène - catégorie
1 - selon la classification de l'IARC (International Agency for Research on
Cancer).
-
Prévention technique :
- Remplacer le benzène par un autre solvant dans tous les cas possibles.
- Recherche du benzène clandestin dans les solvants par chromatographie
en phase gazeuse. C'est l'étape essentielle de la prévention technique.
- Aspiration per descendum des vapeurs émises (densité
de vapeur élevée : 2,7 (air = 1), travailler en vase clos.
- Procéder à des dosages dans l'atmosphère : ne pas dépasser
la Valeur Moyenne d'Exposition (pour une journée de travail de 8 heures)
: VME = 5 ppm (16mg/m3)
- Port de vêtements protecteurs et port de masques à cartouche
filtrante si un risque subsiste.
- Prévention médicale :
- Information des sujets exposés sur les risques encourus et sur l'hygiène
individuelle.
- Ecarter les sujets âgés de moins de 18 ans, les femmes enceintes
ou allaitantes, les sujets atteints antérieurement d'une hémopathie
ou ayant une numération-formule sangine anormale.
- Rythme plus fréquent des visites de médecine du travail : tous
les 6 mois, comportant un examen hématologique. En cas d'anomalie, le
rythme des visites s'accélère : tous les 2 mois jusqu'à
l'arrêt des troubles.
- Surveillance de la qualité des mesures de protection par :
Dosage du phénol urinaire : sur recueil à la fin de la
journée de travail
(Un taux supérieur à 20 mg/l = exposition significative ; malheureusement,
l'excrétion urinaire des phénols est influencée par l'alimentation,
les traitements médicamenteux et les infections intestinales, aussi propose-t'on
maintenant le dosage d'un autre métabolite : l'acide trans-trans-muconique)
Dosage du benzène dans le sang : c'est un test peu facile à
instaurer en routine.
Dosage du benzène dans l'air expiré : il est parfois utilisé
pour le contrôle de l'exposition professionnelle au moment du travail
lui-même.
Elle est prévue de longue date, depuis 1931, aux tableaux 4 (concerne
le benzène seul) et 4 bis (concerne le benzène et ses homologues
supérieurs)
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2.- HOMOLOGUES SUPÉRIEURS
DU BENZÈNE
Les principaux homologues supérieurs
du benzène sont le toluène ou méthyl benzène,
les xylènes ou diméthyl benzène, l'éthylbenzène.
Absence d'activité myélotoxique.
Utilisation : solvants des graisses, du caoutchouc, des vernis, peintures
et laques. Ils sont massivement utilisés dans l'industrie.
L'oxydation concerne la chaîne latérale
attachée au noyau aromatique. L'oxydation en phénols est très
secondaire sinon minime, contrairement au métabolisme du benzène.
Le toluène est métabolisé sous forme d'acide hippurique
(75%) dosable dans les urines.
Les xylènes sont métabolisés sous forme d'acide
méthylhippurique dosable dans les urines.
Ce sont des irritants de la peau et des muqueuses (oculaires
et respiratoires) en raison de leur pouvoir délipidant.
Troubles ébrionarcotiques, de conscience.
Troubles de l'excitabilité cardiaque.
Des atteintes hépatiques et rénales ont été décrites
chez les toxicomanes inhalant du toluène et des xylènes.
Le vériable danger à long terme dépend de leur teneur résiduelle
en benzène.
Tableau 4 bis
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3.-
SOLVANTS CHLORÉS
- Massivement utilisés depuis une trentaine d'années, ils ont
remplacé en grande partie le benzène.
- Ils ont le gros avantage d'être peu inflammables et d'être assez
inertes chimiquement.
- Mais ils ont des inconvénients :
- Prix élevé.
- Instabilité au contact des métaux et de la lumière
(libération de chlore) d'où obligation de leur adjoindre des
stabilisants (plus de 50 substances peuvent jouer ce rôle).
- Leur présentation "technique" laisse une part aux impuretés
(qui apportent chacune leurs risques).
- Peuvent être dégradés par la chaleur avec apparition
d'HCl et de phosgène (COCl2).
La pénétration se fait par voie respiratoire ou par voie cutanée.
Le métabolisme est différent selon les substances, mais aboutit
parfois aux mêmes produits d'élimination.
B).- Dangers pour la santé
humaine
-
Symptômes neurologiques : altération
de la conscience jusqu'au coma. Certains ont été autrefois utilisés
par les anesthésistes.
-
Atteinte myocardique : souvent des troubles du rythme (extrasystoles,
fibrillation).
-
Atteinte cutanée : irritation, peau rouge, tendue, douloureuse,
parfois þdème sous-jacent.
Cette symptomatologie peut s'enrichir d'une autre atteinte viscérale
supplémentaire, la plupart du temps hépatique.
B2).- Exposition chronique
-
Atteinte de la peau : dégraissée,
affinée, favorisant l'eczéma.
-
Atteinte du SNC : psycho-syndrome des solvants.
C'est surtout dans les pays scandinaves que l'on a décrit ce syndrome.
On décrit 3 phases successives :
Phase 1 : asthénie physique, psychique
avec réactivité émotionnelle accrue.
Phase 2 : après quelques mois ou quelques années :
- Dysphorie
- Labilité émotionnelle
- Etat dépressif
- Irritabilité
- Troubles du sommeil
- Révélation des caractères névrotiques
- Tests psychométriques anormaux
Phase 3 : après exposition très
longue,
symptômes très variés,
phase irréversible proche d'un état démentiel.
Ce psycho-syndrome n'est pas indemnisé dans
de nombreux pays (tels la France)
- Atteinte cardiaque : insuffisances ventriculaires légères
par trouble de l'excitabilité.
- Atteinte hépatique : plus ils sont chlorés plus ils
sont toxiques.
- Spiromanie : c'est l'exposition croissante et involontaire à
des concentrations de vapeurs de plus en plus fortes. Les risques sont :
- l'ébriété avec ses risques
d'accidents de travail.
- les troubles du rythme cardiaque,
- le syndrome de sevrage (irritabilité, parfois
convulsions en fin de week-end ou au début des vacances)
-
Cancers : selon l'OMS trois sont classés cancérogénes
potentiels parmi les solvants chlorés :
(Tétrachlorure de carbone = CCl
4 , Chloroforme = CHCl
3,
Dichloréthane)
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C).- Présentation d'un
exemple : le trichloréthylène
Il est utilisé comme solvant (peinture, résine...)
détachant, dans les teintureries industrielles, dans la sidérurgie
comme décapant des métaux après leur usinage, dans la synthèse
des pesticides.
Il aboutit à l'acide trichloro-acétique
et au trichloroéthanol, facilement dosés dans les urines, en sachant
que le Trichloro-éthanol a une élimination importante et rapide
à la différence de l'acide Trichloroacétique qui s'élimine
plus lentement (5 à 7 jours)
- Si ingestion :
- Intervalle de latence court,
- puis apparition d'un coma souvent après vomissements très
caustiques,
- on peut avoir une cytolyse hépatique due aux impuretés.
- Si inhalation du produit :
- entraîne des troubles de conscience, ébriété,
- atteinte neurologique :
- plaintes subjectives fréquentes,
difficulté à fixer son attention,
- névrite optique rétrobulbaire,
- atteintes du goût et de l'odorat,
- atteinte du Trijumeau.
- expose aux troubles du rythme cardiaque.
D).- Dispositions juridiques
concernant ces substances (données à titre indicatif)
Etiquetage spécial : tableau A et C des
substances vénéneuses.
- Prévention des incendies et explosions : ( sécurité électrique,
interdiction de fumer, issues de secours, ventilation, étanchéité
des contenants...)
- Déchets et chiffons à enfermer dans des récipients métalliques
étanches.
- Dispositifs de protection individuelle mis à disposition.
- Information sur le toxique lors de l'embauche ; information réactualisée
régulièrement particulièrement pour les femmes pouvant
être enceintes.
- Pour le CCl
4, le tétrachloréthane et le
chlorure de méthyle, on ne peut faire appel à des travailleurs
temporaires sauf dérogation justifiée.
- Pour le CCl
4 et le tétrachloréthane, on
ne peut faire appel à des jeunes de moins de 18 ans.
- Prévention médicale : surveillance médicale spéciale
: 1 heure/mois/10 salariés.
- L'utilisatrice bénéficie d'une surveillance médicale
spéciale en cas de grossesse.
Tableaux des maladies professionnelles
3, 11, 12, 27
Toute anomalie n'y étant pas prévue doit être signalée
selon l'article D 461-1 (ancien Article L 500 du code de la Sécurité
sociale, qui concerne les maladies à caractère professionnel.
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