Ce texte concerne les travailleurs de moins de 18 ans et de plus de 16 ans (sauf préapprentissage).
C'est la période de la fin de la croissance et de la puberté. C'est le moment de la rencontre avec un monde d'adultes, souvent ressenti comme un monde hostile, non adapté à leur résistance physique, à leur taille (trop petit avant le fin de la croissance, et souvent plus grand que leurs aînés). Il y a un changement de rythme par rapport à l'école ou le LEP ou n'existe pas la notion de cadence.
- Durée du travail inférieure
à 8h par jour et à 40 h par semaine sans dérogation,
- Le travail est interdit de 22 heures à 8 heures du matin,
- Le repos doit être de 12 h consécutives au minimum.
De nombreux travaux leur sont interdits : dans les débits de boissons, travaux dangereux, insalubres, étalage extérieur en dessous de 14 ans...
- Surmenage : il peut être lié
à la durée des transports et donc au manque de sommeil d'autant
que les loisirs ne sont pas toujours réparateurs (certains sports, boites
de nuit), à la station debout prolongée à laquelle la vie
scolaire n'a pas préparé. On décrit des arrêts du
développement pondéral et statural.
- Éréthisme cardiaque et tachycardie.
- Baisse de l'acuité visuelle (fatigue, défaut d'éclairage).
- Déformations vertébrales : effet bénéfique du
sport.
- Mauvaise hygiène alimentaire.
- Accidents du travail (et de la circulation) dus au manque de discipline, zèle
excessif, excès de confiance en soi.
- Perturbations psychologiques :
Plus de 40 % des femmes occupent un emploi, 2/3 dans le secteur tertiaire et moins de 1/3 dans l'industrie.
Malgré l'évidente hétérogénéité
de la population et les vigoureuses transformations acquises depuis 20 ans,
signalons quelques traits particuliers :
- Manque de formation professionnelle adaptée (on a souvent dénoncé
le C.A.P. de couture qui ne sert plus à rien).
- Elles occupent les emplois les plus répétitifs, nécessitant
plus d'habileté et de rapidité que de force, souvent des emplois
peu gratifiants (ex. : travail à la chaîne, alimentation, abattages
des volailles etc., ...)
- Manque de motivation autre que d'apporter un deuxième salaire,
- Carrières plus courtes que celles des hommes ou des femmes célibataires,
- Une femme sur six travaille à temps partiel (elles sont les 4/5 des
travailleurs à temps partiel),
- Les femmes sont les 3/4 des travailleurs à domicile,
- 3/4 sont payées au taux du SMIC (NB : bien que la loi impose le principe
: à travail égal - salaire égal),
- Leur chômage est plus important, la durée du chômage plus
longue,
-Absentéisme plus important (surtout avant 20 ans) (maternité,
maladies des enfants).
- pas plus de 10 heures de travail par
jour,
- pas de travail entre 22 heures et 5 heures - sauf exceptions - nombreuses
! (La législation européenne n'en tient pas compte),
- surveillance médicale spéciale pour les femmes enceintes et
les mères d'enfants de moins de 2 ans,
- protection particulière de la femme enceinte par le Droit du Travail.
- Fatigue :
- Grossesse : aggravation de la fatigue
Le poste de travail doit être
aménagé, les horaires réduits, certains toxiques écartés
par le médecin du travail.
NB : Il n'existe pas de risque de prématurité plus fort car la
surveillance d'une femme enceinte qui travaille est meilleure
- Cycle menstruel : il peut devenir irrégulier lors du travail à l'obscurité, l'absentéisme cataménial est faible.
- Difficultés psychologiques : d'autant plus fortes que le travail intéresse moins, (angoisse, céphalées, tension nerveuse due aux cadences
- Exposition aux toxiques ou certaines conditions de travail :
- Difficultés dues aux postures :
Le vieillissement général
de la population gonfle les classes d'âges des plus de 45 ans. Le phénomène
sera durable.
Le chômage est plus long car l'âge optimum d'embauche est dépassé
: 25 à 40 ans selon les emplois. De plus, la mobilité géographique
est réduite, le temps d'adaptation ou de formation à un nouveau
métier est plus long.
Le type de travail influe sur l'espérance de vie de façon nette,
même si des données culturelles ont beaucoup d'importance (mais
elles sont souvent connexes)
- L'appareil locomoteur perd de sa force
et de sa souplesse, (l'arthrose se manifeste, surtout chez ceux qui ont été
exposés durablement aux vibrations).
- L'adaptation à l'effort est moins facile : le rythme cardiaque augmente
sans que se modifie le débit systolique. La capacité vitale et
les volumes de réserve pulmonaire se réduisent - d'autant plus
que le sujet a été exposé à un empoussièrement
professionnel.
- La presbytie, le rétrécissement du champ visuel, la lenteur
de réaction de la pupille diminuent le confort de travail.
- La baisse de l'acuité auditive est d'autant plus marquée que
le travailleur a subi des traumatismes sonores.
- Les performances intellectuelles, de mémorisation à court terme
expliquent une lenteur d'adaptation à des tâches nouvelles. Ceci
explique parfois un refus larvé d'adaptation.
- Faire le bilan de santé du patient pour évaluer son aptitude
et tenter de prévoir son aptitude future. (țil, oreille, cțur, appareil
respiratoire, tenir compte de l'asthénie).
- Penser que le "tour de main" camoufle, au début, la perte de performance.
- Proposer des mesures individuelles comme une mutation ou une transformation
de poste, (ce qui n'est guère faisable que dans des entreprises de
grande taille).
- Ne plus prévoir de poste de travail pour individu idéal, mais
au contraire adaptable aux particularités anthropométriques
de chaque travailleur (ergonomie de conception) et adapter les postes existants
à l'individu (ergonomie d'adaptation).
Le migrant est un individu en déplacement :
1 500 000 salariés étrangers
en 1971, 1 900 000 en 1977.
Ils font partie d'une population de 2 280 000 personnes hors CEE et 1 300 000
personnes originaires de pays de la CEE (chiffres de 1990).
Une forte majorité est d'origine méditerranéenne, les autres
sont d'origine africaine. Le reste du monde est faiblement représenté
(travailleurs frontaliers, exilés politiques).
Leurs emplois :
Le dépistage, orienté par l'origine géographique, doit être systématique à l'embauche.
- Thalassémie ( Maghreb, Sud-est
asiatique) : éviter le travail exposant au plomb.
- Hémoglobinose S (Antilles, Afrique noire) : éviter l'hypoxie
responsables de thrombose (altitude, efforts, froid, chaleur).
- Autres hémoglobinoses (E : Sud-est asiatique, C : Afrique noire).
Recouvrent toute la parasitologie. Citons
:
- Amibiase : attention aux manipulations de produits alimentaires.
- Bilharziose : risque plus élevé de cancérisation des
lésions vésicales s'il y a manipulation d'amines aromatiques.
- Ankylostomose : le travail dans les mines ne peut être autorisé
qu'après guérison.
- Onchocercose : à craindre en cas de baisse de l'acuité visuelle
ou de trouble brutal de la vision (filaire dans chambre antérieure de
l'țil). Un avis OPH s'impose au plus vite.
On rencontre chez ces patients des maladies exceptionnelles en France. Il ne faut écarter aucun diagnostic a priori, tel est le cas de la lèpre (50 cas par an).
Pour le diagnostic de syphilis, les tests sérologiques sont d'interprétation délicate en raison de tréponématoses voisines (Pian, Bejel)
Il faut être particulièrement vigilant à quelques maladies particulières.
- Tuberculose :
- Dyspepsies, ulcères, alcoolisme.
- Gale et dermatoses professionnelles.
- Maladies vénériennes (SIDA).
- Pathologie psychiatrique à thème de persécution fréquent.
On décrit aussi des bouffées délirantes, des états
dépressifs masqués ou inhabituels, des réactions paranoïaques.
C'est pendant la période d'adaptation de la première année
ou à la suite d'un accident réduisant leur aptitude professionnelle
que cela se produit.
Ils surviennent souvent pendant les premiers mois de présence (inexpérience, illettrisme, mauvaise compréhension des consignes de sécurité, extrême confiance en soi et en la destinée). Les accidents graves sont alors plus fréquents.
- Reconnaître la difficile adaptation :
- Être vigilant à leurs
types particuliers de maladies et leur expression culturellement différente
: à l'embauche, aux visites de reprise.
La loi institue pour eux une surveillance médicale spéciale de
18 mois.
Leur reclassement professionnel, après accident, est très délicat.
Pour le faciliter, il convient très tôt de les inciter à
demander une formation professionnelle, des cours d'alphabétisation (contact
avec les assistants sociaux des migrants, peu nombreux)
- Inciter à suivre les campagnes contre l'alcoolisme, le tabagisme, pour la prévention du sida.