Picornaviridae

Pr. Colimon

Département de Virologie

CHU de Rennes, 2 rue Henri Le Guilloux, 35033 Rennes Cedex


mis à jour le 27 novembre 2001


1. Biologie des picornaviridae
1.1. Classification
1.2. Structure
1.3. Réplication

2. Infection à Picornaviridae chez l’homme
2.1. Rhinovirus A et B
2.2. Entérovirus et Parechovirus


 

1. Biologie des picornaviridae

Pico = pet.it et RNA = ARN

1.1. Classification

Ils appartiennent au groupe IV. Ce sont des virus à ARN de polarité positive

Famille

Genre

Espèce-type:

Picornaviridae 

- Entérovirus
- Rhinovirus
- Hépatovirus
- Parechovirus
- Cardiovirus
- Aphtovirus 

- Poliovirus
- Rhinovirus hurnain A
- Virus de l'hépatite A
- Parechovirus humain
- Encéphalomyocarditites virus
- Foot and mouth disease virus

 

Le cardiovirus est pathogène chez la souris, mais il montre que le virus peut atteindre muscle cardiaque. L'aphtovirus peut être pathogène chez l'homme

• Le genre entérovirus comprend:

- les poliovirus
- les coxsackievirus A
- les coxsackievi.rus B
- les echovirus
- les entérovirus non groupés

Ceci était la classification jusqu'en 2000, les 71 sérotypes étaient classés en 5 groupes biologiques, mais une nouvelle classification tient mieux compte des similitudes cliniques et s'appuie sur des bases génétiques. Elle comprend 7 espèces :

- poliovirus, avec 3 sérotypes
- entérovirus humain A, avec 10 sérotypes
- entérovirus humain B, avec 36 sérotypes
- entérovirus humain C, avec 11 sérotypes
- entérovirus humain D, avec 2 sérotypes
- entérovirus humain non classés, n sérotypes (un certain nombre)

La septième espèce est constituée par !es entérovirus animaux et elle ne nous intéresse pas ici.

• Le genre rhinovirus comprend plus de 110 sérotypes divisés en deux groupes sur des bases biologiques :

- rhinovirus A
- rhinovirus B

• Le genre parechovirus avec 2 sérotypes humains connus

1.2. Structure

Il est parmi les plus petits avec 32 nm de diamètre. C'est un virus nu. Sa capside est à symétrie icosaédrique. C’est un virus à ARN simple brin.

1.3. Réplication

Il y a adsorption du virus par un récepteur spécifique enchassé dans la membrane cellulaire. C’est une glycoprotéine à trois domaines transmembranaires qui ressemble à une glycoprotéine de surface.

Il se produit une multiplication cytoplasmique dont le mécanisme est le suivant :

L' ARN génomique est simple brin et de polarité positive, il va donc pouvoir servir directement d'ARNm fonctionnel traduit par des ribosomes en une polyproteine qui sera clivée par la suite en :
- protéase
- ARN polymérase ARN dépendante qui va permettre !a réplication
- protéines de structures qui formeront la capside
Puis il y a libération par lyse cellulaire.

2. Infection à picornaviridae chez l’homme

2.1. Rhinovirus A et B

2.1.1. Épidémiologie

Virus non retrouvé dans l’environnement, il existe 110 immunotypes et le réservoir est strictement humain. L'infection est très fréquente en particulier pendant la saison froide.

2.1.2. Physiopathologie et clinique

2.1.2.1. Physiopathologie

• Mode de contamination : voies aériennes.

• Type d'infection : atteinte des voies aeriennes supérieures. Le virus se réplique au niveau de la muqueuse rhinopharyngée et des sinus. Il est dégradé par l'acidité gastrique et de ce  fait ne peut pas gagner !e tube digestif contrairement aux entérovirus.

2.1.2.2. Clinique

I!s sont (les rhinovirus) responsables des rhinopharyngites ou « rhumes de cerveau ».II y a exceptionnellement une atteinte des voies aériennes inférieures et une atteinte méningée. En fait, l'affection est essentiellement bénigne mais fréquente en particulier l'hiver. En effet, il existe plus de cent sérotypes ne présentant pas d'immunité croisée entre eux (notre immunité se fait contre un sérotype) et donc il n'est pas rare d'attraper plusieurs rhumes au cours d'une vie et même au cours d'un hiver.

2.1.3. Diagnostic virologique

Diagnostic spécifique non fait : on procède à une détection du virus ou de ses constituants.

2.2. Entérovirus et Parechovirus

Epidémiologie et clinique sont différentes toutes les deux selon le genre et le virus. On a établit une séparation comme suit:

Entérovirus:

- Poliovirus
- Coxsackievirus A
- Coxsackievirus B
- Echovirus
- Entérovirus non groupés

Parechovirus

2.2.1. Poliovirus

2.2.1.1. Épidémiologie

Tout d'abord un rappel historique : la première description de la polio a été faite il y a environ 4000 ans en Egypte à Memphis sur des bas reliefs représentants des sujets atteints. Le virion est résistant dans le milieu extérieur et on le retrouve dans les eaux usées, les fruits de mer, zones de baignade et autres eaux d'irri6ation (schéma épidémiologique classique du péril fécal à transmission hydrique). Les épidémies sont particulièrement fréquentes pendant les saisons chaudes et chez les enfants.

L'introduction de la vaccination en France date de 1958. Elle a fait chuter le nombre de polio de manière très importante. La Bretagne a été l'une des régions les plus touchées en France en raison de la profusion des fosses communes et de l'habitude de boire à 1'eæu du puits.

Dans le monde, l'objectif de l'OMS était d'éradiquer la polio dans le monde d'ici l'an 9000 mais malheureusement il subsiste des cas en Afrique Centrale, Asie, Ex-Yougoslavie et Roumanie.

2.2.1.2. Physiopathologie et clinique

2.2.1.2.1. Physiopathologie

• Mode de contamination

Par voie oro-fécale, c'est-à-dire que le virus peut être transmis directement par voie aérienne à partir de l'oropharynx du sujet porteur ou indirectement. Le virus étant excrété dans les matières fécales) par l'intermédiaire des mains sales, eaux souillées...

• Primo-infection

Il y a plusieurs phases.

1) Phase digestive : le virus se réplique au niveau des muqueuses pharyngée et du tube digestif. Il résiste au pH acide de l'estomac ( pH = 2 ).

2) Phase lymphatique : le virus est dans !es plaques de Peyer du tube digestif puis il rejoint les ganglions lymphatiques.

3) Phase virémique : on a une virémie primaire. Le virus passe des ganglions lyrnphatiques vers le canal thoracique et de là se déverse dans la circulation générale. Cette virémie est à l'origine de manifestations cutanéo-muqueuses; il apparait des éruptions cutanées de type rubéolliforme maculo-papuleuses).

4) Phase neurologique : à partir du sang, on a une atteinte de l’encéphale (encéphalomyélite), et de la moelle épinière (myélite). Polio = gris en grec et donc on comprend que la polio est une atteinte de la corne antérieure de la moelle ( par dégradation des motoneurones ). On a également une atteinte du tronc cérébral, du noyau du III, du thalamus et de l'aire corticale motrice ( circonvolution paracentrale ). Les nerfs crâniens ne sont pas épargnés, !es noyaux somatiques moteurs sont touchés  et donc il faut connaître leur fonction,), ainsi que les noyaux viscéro-moteurs relevant du système para-sympatique (ex: noyau d'Edinger Westpal du III qui commande l’innervation de l’iris).

Il y a une progression du virus dans les neurones par voie axonale pour atteindre le corps de la cellule neuronale.

2.2.1.2.2. Clinique

1- Infection asymptomatique dans 90 à 95% des cas.

2- Infection avec symptôme mineur (4 à 8% des cas): fièvres modérées, malaises, anorexie, maux de gorge.

3- Méningite aseptique (poliomyélite non paralytique): signes méningés.

4- Poliomyélite paralytique, (1 à 2% des cas) : paralysie flasque 9 à 12 jours après le comptage, début comme méningite aseptique puis apparition de paralysies asymétriques
- Atteinte spinale: paralysie des muscles du cou, du tronc, de l'abdomen, du thorax, des extrémités.
- Atteintes bulbaires, atteinte des nerfs crâniens: paralysie du diaphragme
- Atteinte des centres respiratoires et circulatoires.

5- Syndrome post-poliomyélite : faible nombre de cas. Plusieurs décennies après poliomyélite paralytique. Entraîne une atrophie avec des paralysies séquellaires définitives.

2.2.1.3. Diagnostic virologique

Méthode de diagnostique

1- Détection du virus ou de ses constituants:
Isolement : gorge, naso pharynx, LCR, sang

2- Détection des anticorps
Sérologie : anticorps par neutralisation (neutralisation de l'effet cytopathogène)

2.2.1.4. Traitement

Aucun traitement spécifique.
Il existe des traitements symptomatiques comme les poumons d'acier...

2.2.1.5. Prophylaxie - Vaccination

1- Mesures d'hygiène: contrôle des eaux usées et isolement malades.

2- Vaccination: 2 types de vaccins (important)

• Vaccin inactivé injectable trivalent :

3 injections à 1 mois d'intervalle + rappel à 1 an, et ensuite rappel tous les 5 ans.

Il induit une réponse immunitaire sérique (Ig M et Ig G), mais pas d'Ig A locale au niveau des muqueuses intestinales... Le virus peut donc se répliquer au niveau des muqueuses et on aura des porteurs sains et contaminant.

Vaccin trivalent dit « vivant atténué » :

Souches sabin ayant perdu leur neurovirulence.
Administration par voie orale, 3 prises à 1 mois d'intervalle + rappel à 1 ans et ensuite tous les 5 ans.

Effets secondaires: fièvre, éruptions cutanées.
Contre indications: femme enceinte et immunodéprimé.
Induit: réponse sérique (IgM et G) et locale (IgA)
On a pas de porteurs sains, et de plus, le Virus atténué est excrété en grande quantité dans les selles ce qui permet la vaccination d'autres sujets...

3- Couverture vaccinale anti-polio :

Elle varie beaucoup, pas parfaite, il existe des régions (comme la Bretagne) un peu en retard par rapport aux autres. 87% des gens ont eu la primo-vaccination, mais moins de gens font les rappels.

2.2.2. Autres entérovirus et Parechovirus

Autres entérovirus = Coxsackie A, Coxsackie B, Echovirus, Enterovirus non groupés

2.2.2.1. Épidémiologie

Ce sont des virus ubiquitaires

2.2.2.2. Physiopathologie et clinique

2.2.2.2.1. Physiopathologie

C'est la même que pour le poliovirus.

2.2.2.2.2. Clinique

• Coxsackie A :

Angine vésiculeuse (herpangine)
Syndrome « bouche-main-pied »
Atteintes du SNC : méningites lymphocytaires, paralysie transitoire rarement permanente.
Manifestations digestives : type diarrhées.
Manifestations cutanéo-muqueuses : éruptions cutanées de type rubéoliforme.
Manifestations respiratoires hautes.

• Coxsackie B:

Atteintes musculaire: myalgies épidémiques, « maladie de Bornholm »
Atteintes du SNC (cf A)
Atteintes cardio vasculaire: myocardites
Encéphalo-myocardique du nourisson : mortelle
Manifestations cutanéo-muqueuses (cf A)
Manifestations digestives (cf A)

• Echovrus :

Responsable de pathologies plus bénignes:
Syndrome méningé (jamais d'atteinte encéphalique)
Atteintes cutanéo muqueuses de type rubéoliforme.

• Parechovirus :

Idem que echovirus

 

Ce sont toujours les enfants qui sont atteints.

2.2.2.3. Traitement

Traitement spécifique : piéconaril (expérimental)
Traitement symptomatique.

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